France Dimanche > Actualités > Arnaud Beltrame : Un héros guidé par le devoir et la foi

Actualités

Arnaud Beltrame : Un héros guidé par le devoir et la foi

Publié le 6 avril 2018

1522398829_beltrame-arnaud-20180330

En donnant sa vie pour sauver celle de Julie lors de l’attentat terroriste de Trèbes, Arnaud Beltrame a forcé l’admiration de toute la nation.

Vendredi 23 mars, vers 11 heures du matin, un homme armé d’un pistolet et d’un couteau fait irruption dans le Super U de Trèbes, dans l’Aude, en hurlant
« Allahou akbar ! » (Dieu est le plus grand).

Terrifiées, les cinquante personnes présentes dans le magasin l’entendent clamer son allégeance à l’État Islamique et demander la libération de « ses frères ».


L’homme ouvre alors le feu et abat à bout portant Christian Medves, le responsable du rayon boucherie, et Hervé Sosna, l’un de ses clients. Certains parviennent à prendre la fuite, d’autres à se cacher.

Seule Julie, 40 ans, hôtesse de caisse, demeure face à Radouane Lakdim, qui la prend en otage.

Admiration

Après la scène barbare à laquelle elle vient d’assister, cette maman d’une petite fille de 2 ans et demi ne donne pas cher de ses chances de survie.

Pourtant, au bout de quelques interminables minutes, un miracle se produit. L’un des gendarmes cernant le supermarché a demandé à prendre sa place.

Le terroriste accepte et la laisse sortir, saine, sauve et à jamais reconnaissante envers l’inconnu qui s’est sacrifié pour elle.

Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame demande à ses collègues de quitter l’hypermarché et se retrouve en tête à tête avec le terroriste, qui s’est retranché dans la salle des coffres. 

Trois heures plus tard, à 14 h 16, Laskdim tire à quatre reprises sur son prisonnier, avant de lui planter son couteau dans le cou.

Alerté par le téléphone portable que l’officier avait laissé allumé, le GIGN donne alors l’assaut et tue le forcené.

Transporté d’urgence à l’hôpital de Carcassonne, le valeureux soldat, âgé de 45 ans, succombe dans la nuit à ses blessures. L’autopsie établira que si les balles n’ont pas été létales, c’est la « plaie gravissime de la trachée et du larynx » causée par l’arme blanche qui lui a été fatale.

Son acte de bravoure, salué par la France entière, n’a guère surpris sa mère, Nicolle Beltrame, comme elle s’en est ouverte sur TF1 et sur RTL : « Dès que j’ai entendu les faits, qu’un lieutenant-colonel était grièvement blessé, j’ai su que c’était lui. Ça fait partie du personnage, de son engagement. » 

Engagé, cet homme de cœur, de foi et d’action l’a toujours été.

Tout petit déjà, il voulait servir son pays. Une vocation pas toujours évidente à vivre pour ses proches. « Il faisait passer la patrie avant sa famille, on l’avait accepté », raconte encore Nicolle.

Cet élève brillant, sorti major de sa promotion de l’école militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan, dans le Morbihan, puis de l’école des officiers de la Gendarmerie nationale, à Melun, force l’admiration de ses supérieurs. « Un militaire qui se bat jusqu’au bout et n’abandonne jamais », notent-ils.

En 2003, il intègre l’escadron parachutiste d’intervention du GIGN, l’unité d’élite de la Gendarmerie nationale. Envoyé en Irak, Arnaud Beltrame s’illustre lors d’une mission particulièrement délicate d’exfiltration, sortant du pays une ressortissante française menacée par un groupe terroriste.

Un acte de bravoure qui lui vaut d’être décoré, en 2007, de la Croix de la valeur militaire.

Quelques mois plus tard, ce soldat émérite découvre la foi, ainsi que l’a raconté le père Jean-Baptiste Solfier, chanoine de l’abbaye Sainte-Marie de Largesse, qui lui a administré les derniers sacrements. Comme dans tout ce qu’il entreprend, Arnaud s’engage alors de tout son être dans le catholicisme. Il reçoit la première communion et la confirmation après deux années de catéchuménat.

Servir Dieu et son pays, telle est désormais la quête du commandant Beltrame qui, depuis son retour en France, assure la protection du palais de l’Élysée, durant la présidence de Nicolas Sarkozy.

Août 2010, retour au terrain : Arnaud Beltrame prend la tête de la gendarmerie départementale d’Avancées dans la Manche où, une fois de plus, ses exceptionnelles qualités font mouche. « Il adorait l’action et ne laissait jamais ses hommes seuls sur le terrain », se souvient l’un d’eux. « C’était un homme très engagé, avec un sens du service hors du commun », témoigne Guénhaël Huet, l’ancien maire de la cité normande.

Sacrifice

Il y passe quatre ans et revient à Paris, où il est nommé conseiller au secrétariat général du ministère de l’Écologie. Après avoir suivi une formation à la prestigieuse École européenne d’intelligence économique, celui qui ambitionne de devenir colonel demande sa mutation dans l’Aude.

La raison ?

Au cours d’un pèlerinage à Sainte-Anne d’Aura en Bretagne, ce célibataire endurci qui rêve de fonder un foyer a demandé à la Vierge de lui faire rencontrer la femme de sa vie. Intercession divine ou hasard des rencontres, quelque temps plus tard, il fait la connaissance de Marielle, vétérinaire de la réserve africaine de Sigean, près de Carbone.

Partager le cœur et l’existence de cette jeune femme à la foi ardente, animée comme lui de valeurs humanistes et chrétiennes, est désormais le vœu le plus cher de ce soldat d’exception. Les amoureux se marient civilement en août 2016. Et c’est au père Jean-Baptiste Solfier qu’ils avaient confié le soin de les unir devant Dieu, une cérémonie programmée le 9 juin prochain.

« Nous avons passé de nombreuses heures à travailler les fondamentaux de la vie conjugale. Je venais de bénir leur maison, le 16 décembre, et nous finalisions leur dossier de mariage », a témoigné ce dernier dans une lettre postée sur Facebook.

Leur amour, cet engagement mutuel que représente le mariage, n’aurait-il pas dû retenir Arnaud Beltrame ?

En offrant son existence pour sauver Julie, a-t-il songé à son épouse ?

Pour le père Jean-Baptiste, cela ne fait aucun doute : « Comme nous l’a dit Jésus : “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.” Il savait que, si sa vie commençait d’appartenir à Marielle, elle était aussi à Dieu, à la France, à ses frères en danger de mort. Je crois que seule une foi chrétienne animée par la charité pouvait lui demander ce sacrifice surhumain. »

Noblesse

C’est aussi l’avis de Marielle : « Être gendarme, ça veut dire protéger. Mais on ne peut comprendre son sacrifice si on le sépare de sa foi personnelle », a-t-elle déclaré au journal La Vie.

Une foi que, par une cruelle ironie du sort, il avait pu éprouver tout juste une semaine avant le drame, le 16 mars, lors de l’inhumation de son père, porté disparu en mer en juillet 2017, mais dont le corps n’avait été découvert qu’en février dernier.

Son geste, d’une noblesse et d’un courage hors du commun, a bouleversé le pays tout entier, comme en témoignent les centaines de bouquets déposés à la mémoire du soldat disparu aux portes de nombreux commissariats de France.

Ce mercredi 28 mars, à 11 h 30 aux Invalides, devant une foule émue et silencieuse, un hommage national a été rendu à ce valeureux soldat « tombé en héros, qui a fait le don de sa vie pour sauver ses concitoyens », comme l’a rappelé le chef de l’État, Emmanuel Macron.

Au premier rang, les proches d’Arnaud Beltrame faisaient front. Unis dans la douleur, mais fiers de leur héros. Comme l’a écrit son frère Damien, dans une lettre bouleversante : « Tu t’es comporté dans tes derniers instants comme tu t’es comporté durant toute ta vie : en patriote, en homme de bien, en homme de cœur. »

Lili CHABLIS

À découvrir