France Dimanche > Actualités > Chantal Ladesou : “Je n’ai jamais joué 
 à la poupée !”

Actualités

Chantal Ladesou : “Je n’ai jamais joué 
 à la poupée !”

Publié le 24 décembre 2016

chantal-ladesou

La comique 
à la gouaille si parisienne pour une fille du Nord, Chantal Ladesou 
a repris le rôle 
créé par Sophie Desmarets en 1975. Rencontre avec une  drôle de dame.

Depuis septembre, dans Peau de vache, Chantal Ladesou fait salle comble au théâtre Antoine. La fantaisie, la drôlerie, l’inventivité de son interprétation suscitent des tonnerres d’applaudissements.

Pourtant, cette comique au débit de mitraillette a connu son lot de souffrances, avec la perte de sa mère, quand elle avait 18 ans, et la mort de son fils aîné, Alix, dans un accident de voiture. Mais ses larmes, elle préfère les verser en privé et offrir à son public ses répliques piquantes et réjouissantes.

Ladesou pièceFrance Dimanche (F.D.) : Chantal, quel est le sujet de la pièce Peau de vache ?

Chantal Ladesou (C.L.) : C’est l’histoire d’un couple avec ses violences et ses mesquineries, dont les habitudes sont sur le point d’être bouleversées. Marion, que j’interprète, est l’épouse d’un violoncelliste de renommée mondiale. Elle l’accompagne et le soutient dans sa carrière. C’est une femme qui a son franc-parler et qui ne ménage pas son entourage ni ses voisins. Grégoire Bonnet joue le rôle de mon mari et Anne Bouvier, récompensée par un Molière en 2016, la jeune journaliste qui va bouleverser leur quotidien. Ce sont des personnages en crise qui tracent leur route avec égoïsme dans une pièce cocasse.

F.D. : Où avez-vous appris à jouer autant avec le public ?

C.L. : C’est le fruit de mon esprit bateleur, une attitude naturelle, une manière d’être et de sentir les choses, plutôt qu’un véritable apprentissage. Dans le métier, il existe bien sûr des codes mais la chose la plus importante à mes yeux, c’est d’être en phase avec le public.

F.D. : Est-ce que c’est grâce à l’émission La classe que vous avez percé ?

C.L. : La classe m’a fait connaître du grand public. Mais j’ai décroché mon premier rôle dans une pièce de Jean Anouilh, au théâtre des Variétés avec Marthe Mercadier comme partenaire. Je jouais une prostituée myope qui tombait sur tout le monde. Après j’ai enchaîné, sur scène, comme au cinéma. Puis une pause, de quelques années, pour mon plus grand rôle, celui de mère.

->Voir aussi - Marthe Mercadier : "Merci mon "France Dimanche" !"

F.D. : Les gays sont très friands de vos pièces et de vos « one-woman-shows » ?

C.L. : C’est un public extra qui aime l’humour caustique et le franc-parler. Sylvie Joly était une icône gay et une grande prêtresse de l’humour.

F.D. : Avez-vous eu une enfance heureuse ?

C.L. : Oui, très heureuse, mais j’étais toujours habillée en garçon ! J’avais des amies filles, mais je préférais jouer avec mon frère et mes deux cousins. Je n’ai jamais eu de poupée. J’avais un ours, des billes, des petites voitures, et j’allais en classe pour rigoler. Adolescente, je ne me trouvais pas très jolie, alors pour mes copains, j’ai décidé d’être un peu « la pote à nichons », la fille drôle. J’avais déjà des mecs pour public. Il paraîtrait que je suis habitée par un homme… Ma mère était une passionnée de théâtre. Et je me suis dit que faire rire me rendrait plus intéressante. Ma meilleure amie était très belle, mais moi, j’étais plus drôle ! J’ai pensé : « Tiens, si je les fais rire, je vais les intéresser. »

F.D. : Votre père a bien pris votre choix de carrière ?

C.L. : Nous étions de Tourcoing. C’était un entrepreneur qui construisait des charpentes en métal et en bois. Il comptait sur moi pour reprendre l’entreprise familiale ou alors que je fasse des études. Mais quand il m’a vu pour la première fois sur scène, au théâtre, il était très heureux. Je lui ai aussi présenté mon futur mari. Et je sais qu’il est au ciel, là-haut, et que quand il me regarde jouer, il est content pour moi.

F.D. : L’une de vos dernières pièces prônait « l’amour longue durée ». C’est autobiographique ?

C.L. : Je dis parfois des horreurs à mon mari. Mais ça n’est pas grave, car l’amour est là. Mais les embouteillages, c’est toujours de sa faute. Quoi qu’il arrive ! J’aime l’idée de vieillir ensemble, on a tant de souvenirs en commun. Et on s’est habitués aux défauts de l’autre. Je suis mariée depuis quarante ans avec Michel, et je pense qu’on est capables de doubler la mise. Et je suis grand-mère, pour la première fois, d’un bébé forcément adorable !

Cédric Potiron

À découvrir