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 sa paire de lunettes !”

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Claude Véga : “Nana Mouskouri m’a donné
 sa paire de lunettes !”

Publié le 3 août 2017

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Claude Vega, 87 ans, chez lui a Paris © Jérôme Mars Le premier à avoir
 imité la voix des
 femmes célèbres, Claude Véga 
vient de publier 
ses souvenirs…
 Interview exclusive.Le premier à avoir
 imité la voix des
 femmes célèbres, Claude Véga 
vient de publier 
ses souvenirs…
 Interview exclusive.

«Il est petit par la taille (1,65 m), mais c’est un géant par la drôlerie », disait de lui la critique de L’Aurore en 1973, au temps où Claude Véga régnait en maître incontesté de l’imitation, premier homme à prendre une voix féminine. Il était irrésistible dans la peau des divas de la chanson, du cinéma et du théâtre.

Pendant trente ans, des années 60 à 90, ce comédien devenu imitateur « par accident » a fait le bonheur des téléspectateurs. Les Carpentier, Guy Lux et Danièle Gilbert se l’arrachaient.

Nous avons rencontré chez lui, ce grand petit homme qui vient de fêter ses 87 ans. Il est resté fidèle au quartier qui l’a vu naître, entre Pigalle et Trinité, celui du cinéaste François Truffaut, l’ami d’enfance avec lequel il a fréquenté l’école de la rue Milton, dans le 9e arrondissement de Paris.

->Voir aussi - Souviens-toi Barbara

Discret, toujours souriant, Claude Véga est un vrai gentil. D’ailleurs ses « cibles » l’adoraient, d’Edwige Feuillère à La Callas, en passant par Barbara, Delphine Seyrig, Annie Cordy, Jacqueline Maillan, Nana Mouskouri et Juliette Gréco. Toutes sont devenues ses amies parce qu’il ne se moquait pas d’elles avec méchanceté et les mettait en valeur. « Je les aimais tant ! Je les admirais toutes ! Je n’ai jamais pu imiter que les gens que j’aimais », nous a-t-il expliqué.

Diva

Claude Véga imitant Barbara
Claude Véga imitant Barbara

L’imitateur a partagé l’affiche de La tête de l’art avec Barbara en 1970 et en garde un souvenir indéfectible. « Elle m’a d’abord effrayé par sa raideur, son port de tête sévère, puis m’a bluffé, le premier soir, en s’interrompant au milieu d’une chanson. Je la revois encore tout habillée de noir, de profil à son piano, elle lève le bras droit et de sa main touche le plafond !

Surprise, elle se met alors debout et dit : “Je suis désolée, je vous adore mais ici, le plafond est trop bas ! Mon aigle ne peut pas voler […] Mon aigle. Dans ce petit endroit. […] Mais enfin vous avez vu mon profil ? Avec mon nez, je suis déjà l’aigle noir. Non je ne changerai pas de nez, je ne ferai aucun effort.” Elle a discuté avec le public pendant une demi-heure et tout le monde était mort de rire. Elle était drôle et pratiquait l’autodérision. Nous sommes devenus amis. »

Sa ressemblance avec ses victimes consentantes était saisissante. Sur scène, il devenait diva. « J’ai commencé par accident au Liberty’s en 1950, nous raconte l’artiste. J’ai débuté par des imitations pour subsister et me payer les cours au Conservatoire. Je voulais devenir comédien. Je récitais les fables de La Fontaine, comme Le chêne et le roseau en alternant une dizaine de voix. J’avais découvert ce talent pendant la guerre. À l’époque, j’allais au cinéma, au théâtre et au music-hall avec François Truffaut, où il fallait que je le traîne car il n’aimait pas Mistinguett. Quand je rentrais, je racontais ce que j’avais vu à mes tantes et ma mère Marguerite, en imitant les acteurs. J’ai pris l’habitude de noter les spectacles et je réalisais des croquis. »

Au Liberty’s, place Blanche, Claude Véga faisait un tabac auprès du public mais aussi des artistes qu’il imitait. « Un soir, Tonton, arrive dans ma loge et me dit : “Vous n’imitez pas La Callas ce soir, elle est dans la salle !” Il avait peur de lui déplaire. Mais pas question pour moi de lui obéir. Et Maria Callas a été la première à rire de mon numéro. En 1969, elle a imposé ma présence dans l’émission L’invité du dimanche. L’année précédente, Edwige Feuillère avait eu la même exigence.

Chez les Carpentier, Sacha Distel, Jacques Chazot, Jacqueline Maillan, Charles Aznavour, Dalida, Nana Mouskouri me réclamaient aussi. »Charles Trenet a été le premier en 1958 à le prendre en vedette américaine à l’Alhambra. En 1961, engagé pour une semaine à l’Olympia, il est resté trois mois avec Édith Piaf. Dix ans plus tôt, la Môme avait déjà été conquise par sa drôlerie.

Claude effectuait alors son service militaire et avait obtenu une permission pour participer au spectacle d’Édith Piaf. Ce soir-là, la vedette a voulu l’embarquer dans sa voiture… et dans sa tournée. Peu après, elle a été victime d’un grave accident dans ce même véhicule. Claude a donc sans doute eu la vie sauve parce qu’il devait regagner sa caserne.

Passion

Parmi ses « victimes » de prédilection figurait Nana Mouskouri : « Elle m’a donné sa paire de lunettes pour me permettre de mieux l’imiter. “Tu vas avoir du mal à trouver les mêmes”, a-t-elle ajouté. Un soir à Bobino, Juliette Gréco m’a fait une blague : elle s’est glissée derrière moi, sur scène, mimant mes gestes. » Quant à Charles Aznavour, il lui a recommandé son tailleur qui faisait des modèles uniques sur mesure à Marseille. « Le problème, c’est qu’il donnait l’adresse à toutes ses connaissances. Je me suis retrouvé très embarrassé en rencontrant Marlene Dietrich, elle portait le même costume blanc que moi ! »

->Voir aussi - Nana Mouskouri : "Mais qu'est que c'est que ces lunettes !"

Claude Véga et François Truffaut ont toujours été complices. Pendant l'Occupation, le cinéaste avait table ouverte chez Claude.
Claude Véga et François Truffaut ont toujours été complices. Pendant l'Occupation, le cinéaste avait table ouverte chez Claude.

Claude Véga était si doué qu’on le confondait avec ses modèles. Au Casino de Paris, alors qu’il descendait le grand escalier déguisé en Zizi Jeanmaire, Roland Petit a poussé un cri : « Depuis la salle il a cru que j’étais sa femme ! », s’amuse l’imitateur. Ce mimétisme parfait avait aussi des côtés bien pratiques : « Un soir, j’ai chanté à la place d’Odette Laure, aphone. » Bref, tous les artistes l’aimaient… Enfin, presque tous.

« J’ai fait un pastiche de la chanson d’Eddie Constantine L’homme et l’enfant, en prenant la voix de la petite fille. Il n’a pas apprécié, mais alors pas du tout. Par deux fois, il m’a coursé pour me corriger. Il ne m’a jamais rattrapé », nous a confié le comédien, qui rit encore au souvenir de ses facéties. « Je n’étais pourtant pas blessant, je crois qu’il n’a pas aimé que je dise que sa casquette cachait une grosse tête… »

Claude Véga a fait ses adieux à l’imitation en 1990, pour se consacrer à sa passion la comédie, tant au cinéma qu’au théâtre. En 1970 déjà, son vieux copain d’école François Truffaut lui avait fait endosser un rôle contre nature, celui d’un assassin dans Domicile conjugal. « En me promenant dans mon quartier, j’avais gardé ma tenue du tournage. J’ai fait peur à mes voisins pour la première fois de ma vie ! »

Pour en savoir plus, deux ouvrages : Carnets Buissonniers : cinéma-théâtre 1943-1946 et Couleurs, la mémoire des autres, de Claude Véga, publiés aux éditions Ovadia, illustrés 
avec les dessins de l’artiste. CD : Claude Véga : le best of 60’s-70’s, édité chez Marianne Mélodie.

Dominique Préhu
Photo : Jérôme Mars

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