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Commissaire Vénère : Un plan choc pour remettre la SNCF sur de bons rails

Publié le 15 mars 2018

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L'événement de la semaine : Le gouvernement veut réformer la SNCF 
par ordonnances malgré la menace 
d’une grève illimitée lancée par les syndicats.

Comme chaque semaine, Gilberte, une retraitée d’entrées-saint-denis, dans l’Oise, emprunte le TER Compiègne-Amiens pour aller voir sa sœur Huguette.

Un voyage en train qu’elle connaît par cœur, car elle ne conduit plus depuis plusieurs années à cause de sa vue défaillante. Sur cette ligne, onze gares sont desservies. Six dans la Somme et quatre dans l’Oise. Une liaison peu rentable mais nécessaire pour les usagers isolés.

Mais depuis que le « TGV Macron » a annoncé vouloir réformer la SNCF, le plus vite possible, en s’attaquant à son abyssal déficit, l’inquiétude a gagné les habitants de la commune, très attachés à ce train « qui les emmène à Compiègne pour faire leurs courses » ou qui « permet aux jeunes de rejoindre rapidement le lycée. »

Le gouvernement n’a toutefois pas l’intention de lâcher du lest et souhaite transformer la société ferroviaire en profondeur avant l’été.

Un vrai big-bang ferroviaire qui s’appuie sur le rapport Spinetta présenté il y a trois semaines.

Réaction

Outre la suppression des petites lignes régionales, l’exécutif veut aussi revenir sur le statut de cheminot, voire transformer la compagnie en société anonyme en vue de l’ouverture du rail à la concurrence en 2020.

Le tout par ordonnances, comme pour la réforme du Code du travail. Inutile de préciser que la réaction des syndicats a été immédiate et qu’une manifestation est d’ores et déjà actée pour le 22 mars…

Ce que disent les textes

• À combien s’élève la dette de la SNCF ?
La dette globale est d’environ 46 milliards d’euros et devrait atteindre à ce rythme 50 milliards en 2020. Il est vrai que le choix, ces dernières décennies, du « tout TGV » a impliqué des investissements énormes dont la rentabilité ne sera pas assurée avant très longtemps. Raison pour laquelle le coût des billets devient de plus en plus élevé.

• Les 9 000 kilomètres des petites lignes régionales seront-ils préservés ?
Le rapport Spinetta a ciblé un certain nombre de lignes qui ne sont pas rentables en se basant sur une simple logique économique, alors qu’elles représentent un tiers du réseau ferré français. Le Premier ministre Édouard Philippe a déclaré que l’on ne toucherait pas à ces petites lignes, mais il n’a pas dit comment elles seront financées. Il est presque certain que les régions devront être mises à contribution, car il s’agit de préserver la vie économique et sociale des villes et zones rurales.

• Quels sont les principales critiques des cheminots ?
Elles sont au nombre de quatre points : les nouveaux cheminots recrutés ne bénéficieront pas des avantages accordés aux cheminots actuels ; les petites lignes régionales dont le gouvernement a précisé qu’elles seraient maintenues seront, selon les syndicats, supprimées à terme ; la réforme de la SNCF devrait aboutir à une privatisation qui ne veut pas dire son nom ; le choix d’Emmanuel Macron de légiférer par ordonnances leur semble contraire au principe même du dialogue social.

• Les cheminots actuellement en poste sont-ils concernés par la réforme ?
Non, ils conserveront leur statut actuel avec ses avantages, dont les déplacements gratuits pour eux et leur famille et la possibilité d’un départ anticipé à la retraite à 50 ans (52 ans au terme de six ans). Ce statut confirmé en 1937 lors de la création de SNCF reprenait les avantages accordés par les sociétés de chemins de fer privés dès 1909. Il concerne 148 000 salariés (source Le Figaro économie).

• Une privatisation de la SNCF est-elle envisagée ?
Pas du tout. La SNCF est actuellement une société nationale industrielle et commerciale totalement contrôlée par l’État. Le gouvernement envisage de créer une société nationale à capitaux publics, mais relevant du droit privé. Les salariés seraient donc recrutés selon les règles figurant dans le Code du travail et n’auraient plus le statut de fonctionnaires ou assimilés.

• Peut-on s’attendre à une grève comme celle de 1995 ?
Pour les syndicats, qui ne représentent qu’une partie des salariés, la SNCF sera privatisée et il ne fait aucun doute qu’une grève aura lieu. Mais les conditions en 1995 étaient différentes : la grève avait duré un mois et le gouvernement Juppé avait renoncé à son plan. Aujourd’hui, l’opinion publique est majoritairement favorable à la réforme et une grève illimitée serait très mal perçue. En fait, les syndicats fondent leur contestation sur leur interprétation du projet et mettent en cause les déclarations du gouvernement. Une position contestable.

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Les cheminots ont le sentiment d’être mis à l’index

L’ouverture à la concurrence va modifier sérieusement la donne car la SNCF ne peut plus continuer à être déficitaire.

Il est vrai que les avantages consentis à tous ses salariés, ainsi qu’à leurs familles (jusqu’aux arrière-grands-parents) sont à l’évidence excessifs.

Toutefois, ne s’attaquer qu’au seul statut des cheminots, entendons le personnel roulant, me paraît être trop orienté pour ne pas mécontenter ces salariés.

La France est la championne du monde des statuts spéciaux pour ses fonctionnaires (environ une cinquantaine).

Selon moi, c’est à une étude d’ensemble qu’il faudrait se livrer pour que tous les fonctionnaires soient régis par le statut général de la fonction publique et évaluer la pénibilité des emplois pour redéfinir les compensations dues. C’est ce que l’on appelle les sujétions spéciales.

Même si cette réforme se justifie, les cheminots ont le sentiment d’être mis à l’index.

D’où leur réaction épidermique. Le gouvernement devra faire preuve de détermination pour la mener à bien.

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