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Desireless : “J’espère bien chanter jusqu’à ma mort !”

Publié le 15 avril 2018

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© Thomas Padilla Desireless

Desireless a connu la gloire en 1986 avec son tube “Voyage, Voyage”. Près de trente ans plus tard, elle nous accueille chez elle, dans la Drôme.

ll neigeait encore sur le mont Ventoux quand nous sommes allés la voir, à Buis-les-Baronnies, dans la Drôme, près de Carpentras.

C’est là que Desireless, de son vrai nom Claudie Fritsch, a élu domicile il y a une vingtaine d’années. Sa maison est en chantier, car elle va déménager à l’autre bout du village.

Elle préfère donc nous emmener, avec Thierry, son compagnon depuis dix ans, là où ils aiment se ressourcer, en pleine nature.

Et si, à 65 ans, Claudie s’aide d’une canne, c’est qu’elle s’apprête à subir une opération de la hanche dans quelques jours.

Assise à une terrasse de la place du village, elle a évoqué pour nous son actualité, mais aussi son passé et son tube indémodable, Voyage, voyage, vendu à plus de 5 millions d’exemplaires.

France Dimanche : Vous êtes née à Paris et avez grandi en Normandie. Comment avez-vous élu domicile dans la Drôme ?

Desireless : Par hasard ! En 1995, j’ai décidé de fuir le monde du show-­business. Je vivais en région parisienne et je n’en pouvais plus de tout ce stress que nous impose ce milieu. J’avais besoin de soleil ou de mer. Mais passé un certain âge, l’humidité ravage les articulations. Il me fallait donc une région sèche. La Côte d’Azur n’étant pas trop ma tasse de thé, j’ai découvert cet endroit grâce à des amis qui étaient venus s’y installer un an auparavant. Et je suis tombée sous le charme de Buis-les-Baronnies. J’adore cette ambiance de village où tout le monde se connaît. Je vais chaque mercredi au marché. Il y a toujours du monde à la maison. Je vis dans un petit paradis.

FD : Pour quelle raison allez-vous déménager ?

D : Cette bâtisse de 300 m2 sur trois niveaux commençait à être trop grande pour moi. Avec Titi [Thierry, son compagnon, ndlr], nous avons alors trouvé notre bonheur de l’autre côté du village, dans une maison plus petite et plus facile à entretenir, avec un joli jardin. Comme j’ai de l’arthrose, il me fallait éviter les escaliers. Et comme toutes les vieilles personnes, passé un certain âge, le ménage me devient insupportable. Je n’ai pas la chance de gagner assez d’argent pour qu’on le fasse à ma place.

FD : Malgré les millions de disques vendus, vous avez des soucis financiers ?

D : Si j’étais auteur et compositrice, je serais très riche. Mais je ne suis que l’interprète de Voyage, voyage, je ne touche donc « que » 2 000 euros par an grâce à cette chanson. J’en ai écrit plein d’autres depuis, mais elles ne me rapportent rien puisque je ne dépends plus d’une maison de disques. Je suis une artiste indépendante.

FD : Comment faites-vous pour vous en sortir ?

D : Je suis obligée d’aller travailler. Je multiplie les galas un peu partout dans le monde. Mais si je fais ce métier, c’est parce que j’aime ça. Pas pour gagner plein d’argent. Ce ne sont pas les quelques albums que je produis qui me nourrissent. Je survis en chantant Voyage, voyage dans mes concerts. Et je ne me plains pas, parce que je suis loin d’être au Smic.

FD : Est-ce pour vous un crève-cœur de quitter cette maison ?

D : Pas du tout, je ne suis pas du genre à m’accrocher au passé. Je préfère regarder devant moi, même au sujet de ma carrière. Mais je ne veux pas non plus cracher dans la soupe, car je vis en grande partie grâce aux tournées surfant sur la nostalgie, comme RFM Party 80, que j’ai faite pendant trois ans. J’adore toujours interpréter Voyage, voyage et John. Mais si je ne faisais que ça, ce serait d’un ennui ! J’arrive donc à placer dans mes tours de chant quelques nouvelles chansons. Quant au film Stars 80, j’ai participé au premier volet, et ça m’a suffi. Si j’ai accepté, c’était surtout pour le fric. Je suis contente de ne pas avoir joué dans le second. On va dire que je n’avais pas trop d’atomes crochus avec les gens de la production.

FD : À quoi ressemblent vos journées, au quotidien ?

D : Je me lève avec le sourire parce que je sais que je vais me faire plaisir grâce à la musique. J’ai toujours agi selon mes désirs. J’évite de côtoyer les gens qui me déplaisent. Voilà en grande partie pourquoi j’apparais de moins en moins à la télévision. Il y a des périodes où je suis tous les week-ends en déplacement. Et quand je reste à la maison, je bosse sur de nouvelles chansons avec Valfeu, un grand ami musicien. Je m’occupe aussi de mon site internet (www.desireless.net) et communique avec mes fans sur ma page Facebook. C’est important de garder des liens. Je passe beaucoup de temps devant mon ordinateur. Et puis je me couche en me disant que j’ai de la chance d’avoir fait ce que j’ai fait dans la journée. Bref je me sens libre en chantant. Et j’espère bien continuer jusqu’à ma mort ! Mais ces jours-ci, je n’ai pas trop la tête à ça. Je souffre de fortes douleurs à la hanche. Je passerai très bientôt sur le billard pour me faire poser une prothèse.

FD : Hormis ce problème de hanche, comment vous portez-vous ?

D : Comme toutes les vieilles personnes, j’ai mal un peu partout. Je ne fume plus du tout depuis ma pneumonie, que j’ai contractée il y a deux ans. Je me suis levée un matin, et je ne pouvais plus respirer. Avant, je fumais presque deux paquets par jour. Et j’ai commencé à 15 ans ! Je garde encore des séquelles de ma maladie, mais je me sens mieux depuis que j’ai arrêté, même si j’ai pris du poids.

FD : Vous avez sorti un livret musical, Médiate / relaxage. La méditation vous aide-t-elle à supporter les tracas quotidiens ?

D : Le titre est une référence à Voyage, voyage, car je trouve le terme « méditation » un peu trop grave. Pour moi, la sagesse ne doit pas être triste. En fait, je n’aime pas trop me prendre au sérieux. Je suis loin d’être un gourou. Je ne suis qu’une chanteuse, et je crois d’ailleurs être moins zen que ce que l’on pense. Si j’ai déjà fait de la méditation classique, je médite à ma manière en créant, en chantant. Par exemple, quand je suis sur scène, je m’oublie. C’est une sorte de méditation. Je ne suis absolument pas croyante. Je suis en revanche assez sensible à la philosophie bouddhiste.

FD : Où puisez-vous votre inspiration ? En Inde, où vous êtes allée dans votre jeunesse ?

D : Pas vraiment, je ne suis pas une voyageuse. Je m’évade surtout grâce à mon métier. Cela dit, je suis ravie de découvrir de nouveaux horizons. En ce moment, Voyage, voyage marche bien au Brésil. Je ne suis pas encore allée là-bas, mais ça me plairait de m’y rendre. On m’a en revanche beaucoup sollicitée pour aller me produire dans les pays de l’Est. En fait, cette chanson a marché et marche encore un peu partout dans le monde, en Europe, en Amérique du Sud. J’ai été classée à la cinquième place du hit-parade anglais ou encore numéro 1 en Russie. C’est incroyable !

FD : Comment expliquer le succès de ce titre ?

D : C’est tout simplement une belle chanson. Et je le dis d’autant plus volontiers que ce n’est pas moi qui l’ai écrite. Cela dit, je pense que je ne la chante pas trop mal [elle sourit, ndlr]. L’air de rien, mon personnage doit y être aussi pour quelque chose. Mon style vestimentaire et ma coiffure ont évidemment marqué les esprits. Mais je n’avais pas du tout calculé le coup. Le plus surprenant, c’est que j’ai rasé cette crête il y a plus de trente ans, et on continue toujours de m’en parler. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de tout quitter, à l’époque. Quand j’ai changé de look, ça n’a gêné personne à l’étranger. Il n’y a qu’en France où ça a posé un problème. Ma maison de disques voulait me dicter ce que je devais faire, et ça ne m’a pas plu. Alors j’ai repris ma liberté dans les années 90 en venant vivre ici, dans le Sud. Ça me permettait aussi de m’occuper de ma fille, Lili, qui venait de naître. Elle a aujourd’hui 28 ans et s’est installée à Londres. Avec son amoureux, ils ont le projet de faire bientôt le tour du monde. J’espère un jour devenir grand-mère, mais je ne veux pas leur mettre la pression. Ça viendra quand ça viendra. Je serais juste contente de dorloter un petit bout de chou avant de mourir…

Philippe CALLEWAERT

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