France Dimanche > Actualités > Isabelle Adjani : Victime d’un prédateur sexuel !

Actualités

Isabelle Adjani : Victime d’un prédateur sexuel !

Publié le 1 février 2018

adjani-isabelle-20180116

Encore mineure, Isabelle Adjani a été harcelée par un réalisateur italien.

Quand l’affaire Weinstein a explosé, Isabelle Adjani a accusé le coup. Car, comme bon nombre de ses consœurs, Asia Argento, Emma de Caunes, Rosanna Arquette, Angelina Jolie, Léa Seydoux, Judith Godrèche, Gwyneth Paltrow, pour ne citer qu’elles, la star a elle aussi été victime de ce fléau…

Elle, d’habitude si discrète, a cette fois décidé de briser un silence protecteur pour prendre la parole, avec force et courage. C’est dans les colonnes de Madame Figaro, paru le 3 novembre, qu’elle a choisi de s’exprimer. Et son témoignage est bouleversant.

Dans cet entretien vérité, la comédienne révèle en effet qu’elle n’avait pas encore 18 ans lorsqu’un homme, un prédateur sexuel, a tenté d’abuser de sa jeunesse : « Une fois, il y a très longtemps, je me suis rendue à Rome pour rencontrer un réalisateur italien dont j’ai oublié le nom. […] Là, on m’a apporté une nuisette transparente afin que je la passe pour un bout d’essai. J’étais mineure, je me sentais déshonorée. J’ai dû supplier pour qu’on me ramène à l’aéroport. »

Abus

Le choc est si violent et Isabelle se sent tellement désarmée qu’elle ira jusqu’à en garder un sentiment de honte, et rayera le nom de cet homme de sa mémoire ! Un oubli qui était pour elle la seule façon de survivre à ce traumatisme : « Je vous jure que c’est vrai, j’ai effacé son nom. Les black-out et le silence, ça marche la main dans la main », a-t-elle expliqué. Hélas, on le sait, les violences subies laissent des traces indélébiles, et sabotent rêves, envies et espoirs.


Pour Isabelle, après cette douloureuse expérience, c’est tout le cinéma italien qui a été comme rayé de sa carte ! Et elle a beau s’amuser, aujourd’hui, de ce rejet un peu abusif, et même trouver ça « idiot », il n’en demeure pas moins que ce traumatisme précoce a eu, entre autres conséquences, de priver Adjani d’une carrière de l’autre côté des Alpes.

Et si l’actrice pensait en avoir fini avec les abus de pouvoir, elle se trompait… Car quelques années plus tard, elle a à nouveau croisé le chemin d’un homme brutal. À l’extrême. « J’ai connu ça au théâtre, un acteur avec une vraie violence physique, a-t-elle encore confié à Madame Figaro. Il a même cassé le bras d’une actrice plus tard et s’est fait traîner en justice par une autre encore. Lui échapper était devenu tellement obsédant pour moi que je suis tombée malade. J’ai dû arrêter la pièce. »

On se souvient qu’en 1983, Adjani avait prématurément mis un terme à son rôle dans la pièce Mademoiselle Julie, de Strindberg, qu’elle jouait au théâtre Édouard-VII au côté de Niels Arestrup. Comme l’avait relaté la presse, les choses s’étaient très mal passées entre les deux comédiens. Dans Libération daté du 20 novembre 1996, il expliquait que sa partenaire « l’avait accusé de violences et avait renoncé au rôle ». Trois jours plus tard, Le Point publiait un article précisant qu’Adjani racontait que « l’acteur mettait des cendres de cigarette dans un verre que devait boire en scène Isabelle, ou cassait des verres à l’endroit où elle devait se mettre à genoux, ou encore la rouait de coups ».

On ne peut pas affirmer avec certitude que c’est bien de lui qu’Isabelle parle aujourd’hui. Mais il est de notoriété publique que Niels Arestrup a connu ce genre de problèmes avec d’autres actrices, comme Myriam Boyer, qui s’était plainte de « violences, nullement justifiées par la mise en scène », alors qu’ils jouaient Qui a peur de Virginia Woolf ? en 1996. Et Miou-Miou, qui, durant le tournage de La dérobade, en 1979, avait eu un tympan crevé à la suite d’une gifle donnée par son partenaire (lire Libération du 10 avril 2007)…

Pouvoir

Quel que soit l’auteur de ces violences, Adjani a aujourd’hui pris la parole. Et cette parole peut faire bouger les choses. Car les mots ont un réel pouvoir. Laissons ceux de la fin à Isabelle, en citant un extrait de sa tribune du 15 octobre dans Le Journal du dimanche : « Faisons savoir à ces messieurs les harceleurs que les actrices, tout comme les ouvrières, les agricultrices ou les ingénieures, les commerciales ou les institutrices, les mamans ou les putains, sont toutes libres de baiser, libres d’avorter. Et libres de parler ! » 

Laurence PARIS

À découvrir