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Jean-Luc Reichmann : “Ma vie est un combat pour le droit à la différence”

Publié le 7 février 2018

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Jean-Luc Reichmann, animateur 
et comédien, 
est aussi une personnalité engagée.

Du plateau des 12 coups de midi aux planches du théâtre de la Michodière, à Paris, pour Nuit d’ivresse, sans oublier deux épisodes inédits de Léo Matteï, brigade des mineurs, diffusés jeudi 1er février sur TF1, Jean-Luc a un début d’année bien chargé.

Ce touche-à-tout nous parle de ses bonheurs, de sa compagne, de leurs six enfants et aussi de ses grands combats. Avec un seul mot d’ordre : « Toujours chercher le petit coin de ciel bleu. »

France Dimanche : Vous faites partie des animateurs préférés des Français et votre émission Les 12 coups de midi est plébiscitée, comment expliquez-vous ce succès ?

Jean-Luc Reichmann : Je me suis rendu compte que je n’avais jamais rien caché aux téléspectateurs. Tous savent qui je suis, connaissent les valeurs pour lesquelles je me bats. Je peux être un peu cash de temps en temps, mais je suis vrai. Et ça, depuis mes débuts, lorsque je me suis battu pour qu’on laisse visible ma tache sur le nez. De là est donc née ma lutte pour la différence, le combat de toute ma vie. Contre l’intolérance envers les handicapés, les sourds [sa jeune sœur est atteinte de surdité, ndlr]… Les z’amours, que je présentais il y a vingt ans, a été le tout premier programme de divertissement à être sous-titré et à accueillir des couples homosexuels. Si vous saviez comme je me suis battu pour ça auprès de mes patrons de l’époque ! Et pour Nuit d’ivresse, j’ai proposé à Josiane Balasko de remanier la pièce avec un vrai animateur télé dans le rôle de Jacques Belin, dans une version avec deux hommes. Elle m’a dit : « Pourquoi pas ? », et deux jours plus tard, elle avait tout réécrit.


FD : Vous revenez aussi sur TF1, avec la saison 5 de Léo Matteï, brigade des mineurs…

J-LR : Oui, et je remercie TF1 qui m’a donné cette chance ! J’avais fait confiance à un producteur qui m’a causé de gros soucis. Je l’ai remplacé, mais à cause de cette déconvenue, il n’y a que deux nouveaux épisodes cette année, dans lesquels j’ai laissé tomber le flic pour laisser parler le père, meurtri, seul, qui a perdu sa fille depuis huit ans, mais qui va enfin trouver une piste. Un vrai message d’espoir. On a tourné en province, dans des décors magnifiques, aux alentours de Marseille, en Camargue. Et nous sommes au cœur de l’actualité, avec les problèmes des enfants et des réseaux sociaux qui les isolent. C’est pourquoi, à la maison, il y a quelques règles, comme dîner ensemble et mettre le portable de côté, afin d’échanger, partager.

FD : Dans cette série, vous inspirez-vous de votre vie de famille avec vos six enfants ?

J-LR : Bien sûr, c’est une belle famille recomposée. On apprend aux enfants ce qu’est la vraie vie, sans se voiler la face, mais en cherchant toujours le petit coin de ciel bleu.

FD : Votre compagne Nathalie a créé Léo Matteï avec vous et vous met en scène dans Nuit d’ivresse. C’est important pour votre couple de travailler ensemble ?

J-LR : Elle a d’abord travaillé avec des gens de théâtre, comme Yasmin Reza et Isabelle Huppert. Mais depuis qu’on a décidé de bosser ensemble, il y a cinq ou six ans maintenant, tout est merveilleux ! Pour Nuit d’ivresse, je trouvais important de mettre en valeur le travail extraordinaire qu’elle a effectué. Car elle a tout supervisé, le stylisme, les décors de Stéfanie Jarre, la mise en scène. On bosse vingt heures par jour ensemble, main dans la main, et c’est formidable ! Désormais, on a des choses à se raconter avant de s’endormir. On ne s’ennuie même plus le week-end ! [Rires] Quant à Léo Matteï, que nous avons créé ensemble, c’est comme notre septième bébé, et on en est très fiers !

FD : Comment le personnage est-il né ?

J-LR : Grâce à nos enfants. On nous appelle « Six à deux », six enfants à deux personnes. Notre question était : « Comment leur faire passer des messages ? » Directement, car ils nous voient travailler tous les jours, et indirectement, via les enquêtes de Matteï. C’est de la prévention pour toutes les générations. Une fois de plus, dans ces deux nouveaux épisodes, ce n’est plus le flic mais l’homme qui se met à nu. Vous allez me voir pleurer comme jamais, il y a vraiment des moments d’émotion intense. Et je vous jure que je pleure pour de vrai, sinon, ça le fait pas.

FD : D’où vient ce nom, Léo Matteï ?

J-LR : De mon amour pour la Corse et aussi parce que Matteï était le nom du personnage de Bourvil dans Le cercle rouge, de Jean-Pierre Melville. Il était déjà très malade et m’avait bouleversé.

FD : Avez-vous un rituel avant d’entrer en scène ?

J-LR : Oui, chaque soir, je fais le tour du décor et des costumes pour vérifier que tous les accessoires sont bien en place.

FD : Vos enfants ont de 9 à 28 ans. Êtes-vous déjà grand-père ?

J-LR : Non, mais si ça devait arriver, j’en serais évidemment ravi. « Welcome on board ! » Néanmoins, je ne suis pas du genre à me projeter dans l’avenir ni à être nostalgique. Je suis profondément ancré dans le présent et savoure chaque instant à 10 000 %. Sans vouloir tomber dans le pathos, ce sont sûrement les coups durs que j’ai dû affronter qui me poussent à profiter pleinement de la vie. Vous savez, j’ai eu ce terrible accident de moto, à 23 ans, et la première chose que j’ai entendue dans mon semi-coma était : « Il est mort ! » Puis ont suivi les mois d’hôpital, les opérations, les souffrances, la rééducation : tout ça vous aide à appréhender l’existence autrement.

FD : Comment vos enfants vivent-ils votre célébrité ?

J-LR : Très bien ! Ils me font répéter mes textes. Je les fais bosser, ils me font bosser, on s’accompagne. Parfois, je suis le père et parfois je suis l’élève. Ils me disent : « On te met un 9 sur 10 ! » En ce moment, ils nous voient travailler comme des fous tous les jours, mais savent qu’il y a beaucoup d’enjeux, que ce soit sur Léo Matteï ou Nuit d’ivresse. Ils sont venus le 25 janvier pour la première, tous les six, au premier rang, et étaient loin d’imaginer ce qui allait se passer !

FD : Ils s’entendent bien ?

J-LR : Oui, même s’il y a quelques chamailleries, comme dans toutes les familles. Mais ils respectent les choix de leurs parents. Nous souhaitons par-dessus tout leur transmettre des ondes positives, de la sagesse, un peu de cette éducation que nous avons reçue.

FD : Avez-vous des nouvelles du petit Gabin, qui a lui aussi un angiome et à qui vous aviez dédié votre livre ?

J-LR : Bien sûr, il va super bien ! Comme il habite dans le Sud, il est venu nous voir sur le tournage de Léo Matteï avec sa maman et son frère. On a passé la journée ensemble. Je ne lâche jamais une main, surtout une main d’enfant.

FD : Et si c’était à refaire ?

J-LR : Je ne changerais rien ! Même si, comme je suis un petit artisan, il est parfois compliqué de s’imposer. Mais l’argent n’est pas essentiel à mes yeux. L’important, c’est de faire passer les plus beaux messages.

FD : Vous avez longtemps fait les voix des Guignols de l’info, sur Canal +. Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez eu votre propre marionnette ?

J-LR : Ça m’a fait marrer ! C’était une vraie surprise, car lorsque je bossais là-bas, je n’imaginais pas une seconde avoir ma marionnette un jour !

FD : Que peut-on vous souhaiter pour la nouvelle année ?

J-LR : Pour Nuit d’ivresse, je dirais : « 2018, année de la cuite, alors venez tous au théâtre ! » Sinon, profitez de l’instant présent avec ceux que vous aimez, c’est le plus important.

Caroline BERGER

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