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Johnny Hallyday : 4 - Le temps de l'amour

Publié le 21 juin 2013

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Entre la jeune fille sage, Sylvie Vartan, et le séduisant fêtard, Johnny Hallyday, la fascination est immédiate. Leur amour durera quinze ans et marquera à jamais notre idole.

Il s'est fait tout petit devant Sylvie !

« Vous voulez que je vous dise le fond de ma pensée ? Eh bien, je crois que, d'une certaine manière, Johnny Hallyday n'a jamais tout à fait cessé d'être amoureux de Sylvie - même encore aujourd'hui... » Évidemment, cette phrase que m'assène Hugues Vassal a de quoi surprendre !

Comment ? Encore amoureux de Sylvie ? Malgré le temps passé depuis leur divorce, en 1980 ? En dépit des autres femmes aimées ensuite par Johnny, dont certaines lui ont même donné des enfants ? La réponse tient en une sentence : un premier grand amour ne meurt jamais complètement. Et c'est bien ce que fut leur histoire.

« Entre eux, c'était une authentique passion, confirme Vassal. Ça se voyait dès qu'ils étaient ensemble, à leurs regards, à leurs gestes : c'était presque palpable, tellement c'était intense. Encore aujourd'hui, quand je regarde les photos d'eux que j'ai faites à cette époque, je suis frappé par tout ce qui passe dans leurs yeux, lorsqu'ils se regardent l'un l'autre... Johnny et Sylvie, c'était les amoureux de Peynet ! »

L'affaire avait pourtant assez mal démarré, le premier contact ayant failli tourner à l'incident diplomatique. C'était en décembre 1961, dans les coulisses de l'Olympia, où Johnny Hallyday était venu applaudir l'un de ses modèles, le rocker britannique Vince Taylor.

Étincelles

Soudain, son œil avisé d'amateur de beauté féminine se pose sur la jeune blonde qui a timidement interprété trois chansons en première partie du spectacle. « Vraiment pas mal », juget-il... Il se tourne alors vers son copain Eddie Vartan et, sans détour, dans le langage direct qui est le sien, lui lance : « Tu vois, mon vieux, eh bien, cette fille, je me la ferais bien ! » Le visage du jeune producteur se ferme instantanément, et c'est d'une voix rogue qu'il répond à Johnny : « C'est ma sœur ! » On le voit, l'affaire s'engageait mal...

Et d'autant plus mal que Sylvie avait alors un chevalier servant qui n'était autre que Daniel Filipacchi, le producteur de Salut les copains, la fameuse émission d'Europe 1, et futur directeur du magazine du même nom ! Mais qui pourrait arrêter Johnny ? Tout de suite il a compris que, comme il le chantera un peu plus tard, « cette fille- là... elle est terrible ». Son instinct lui dit qu'il ne doit pas la laisser filer, et il va mettre tout en œuvre pour la conquérir.

Il en fait parfois un peu trop. Comme quand, au volant de sa Ferrari du moment, Johnny Hallyday déboule avenue du Général-Michel-Bizot, dans le XIIe arrondissement de Paris, où Sylvie habite encore chez ses parents, et qu'il fait rugir le moteur de son bolide italien, inondant de décibels tout le quartier pour signaler à sa belle qu'il est bien là !

Mais lorsqu'il s'agit enfin de déclarer « officiellement » sa flamme à sa future épouse, il se comporte en vrai jeune homme de bonne famille aux mœurs un peu désuètes : il envoie le dévoué Jean-Pierre Pierre-Bloch en ambassadeur de son amour auprès de sa belle ! Et Sylvie trouvera cela « très mignon »...

On s'étonnera peut-être de ce qu'une jeune fille, ayant un petit ami en titre, et non des moindres, déjà lancée dans la chanson, puisse vivre encore chez papa-maman. Hugues Vassal nous donne l'explication : « Il ne faut pas oublier que les Vartan étaient des Bulgares, arrivés en France depuis à peine une dizaine d'années, après des péripéties assez pénibles. Du coup, la famille s'était soudée pour mieux résister aux embûches de la vie en exil. De ce fait, les deux enfants avaient reçu une éducation très stricte, dont Sylvie gardera toujours la trace. Elle était d'un naturel posé et avait la tête sur les épaules, déjà à cet âge-là.

C'est sans doute pour cela qu'elle est tombée amoureuse de Johnny : parce qu'il était exactement son contraire. C'est l'éternelle histoire de la jeune fille sage et innocente, fascinée par le "mauvais garçon" et rêvant de s'encanailler avec lui ! » Le problème est que cette fascination va vite faire des étincelles entre les deux amoureux. Parce que, décidément, leurs modes de vie, leurs façons d'envisager la suite de leurs existences seront toujours peu compatibles.

« Johnny Hallyday, même après leur mariage, en 1965, aurait voulu continuer de vivre exactement comme avant, confirme Vassal. Il aurait sans doute souhaité que Sylvie le suive dans tous ses délires. Mais ce n'était pas du tout le cas ! Chaque fois qu'on se rendait chez eux, à Loconville, dans l'Oise, Noli et moi étions frappés de nous trouver face à une vraie petite femme d'intérieur, sérieuse, organisée, veillant à tout. Il n'y avait pas un grain de poussière dans toute la maison ! Et, ensuite, après la naissance de David, Sylvie s'est révélée une mère parfaite, ce qui ne nous a pas du tout surpris. » Mais nous n'en sommes pas encore à la naissance de David.

Pour le moment, Johnny et Sylvie tentent de donner des bases solides à leur amour tout neuf. Et ce n'est pas chose facile ! Car si la jeune femme espère bien détourner celui qu'elle a choisi de sa vie « de bâton de chaise », le chanteur, lui, a bien du mal à lâcher prise, à renoncer à ses démons : les nuits blanches, les noubas entre copains, les aventures d'un soir, etc.

Johnny et SylvieAngoisse

« En fait, continue Vassal, Sylvie avait une bonne influence sur lui. Quand elle était là, par exemple lorsqu'ils avaient des galas ensemble, tout allait bien : Johnny semblait apaisé, presque sage. Sylvie avait le don de le ramener à la raison, en quelque sorte. Mais dès qu'elle rentrait à Paris et qu'il se retrouvait seul en tournée, ça repartait de plus belle !

Le pire a sûrement été l'époque de Patricia Viterbo... » Patricia, actrice française de quatre ans plus âgée que Johnny, mais éperdument amoureuse de lui et jalouse comme une tigresse ! Sur les tournées, Sylvie et elle jouent un véritable vaudeville, mais sur le mode tourmenté.

« Dès que Sylvie repartait et laissait Johnny Hallyday seul, raconte Vassal, on pouvait être sûr de voir débarquer Patricia dans les heures qui suivaient. Alors c'était des scènes à n'en plus finir avec Johnny, qui supportait ça comme il pouvait, car je crois qu'il était assez "accro" tout en étant amoureux de Sylvie. Et quand cette dernière annonçait son arrivée, ici ou là sur la tournée, hop ! Patricia faisait sa valise et disparaissait de nouveau... Parfois, c'était si "ric-rac" que je me demande s'il ne leur est pas arrivé de se croiser dans l'escalier de l'hôtel ! »

Johnny finira par trouver la force de rompre avec cette jeune femme qui, malgré tout, le fascine. L'épilogue de l'histoire sera sombre et tragique : le 10 novembre 1966, alors qu'elle tourne un film à Paris, la voiture dans laquelle elle se trouve défonce le parapet du pont et bascule dans la Seine. Patricia Viterbo ne sait pas nager : elle meurt noyée, à 27 ans... Pour Johnny Hallyday, 1966 est une année noire. On a évoqué, la semaine dernière, sa plongée dans la drogue et sa tentative de suicide.

On a parlé de la tension, du stress, d'une extrême fatigue... Tout cela était exact, mais il y avait autre chose de plus profond : l'angoisse du chanteur à l'idée qu'il allait bientôt être père. Comment continuer à mener une vie de jeune chien fou, de rebelle, lorsqu'on se retrouve avec un enfant ? Est-ce qu'on imagine l'Idole des jeunes dans la peau d'un papa ? Johnny, à cette époque-là, en est incapable, ça lui « fout les chocottes », pour parler très familièrement. Le résultat est que les tensions entre la future mère et lui deviennent de plus en plus grandes, les disputes sans cesse plus violentes.

« La plus terrible a été celle qui a eu lieu une semaine avant l'accouchement de Sylvie, dit Vassal. Je crois pouvoir affirmer qu'à ce moment-là ils ont été à un doigt de la rupture. Finalement, comme il devait y donner un concert, il a filé à Milan. Et c'est pourquoi, le 14 août, Sylvie a accouché seule : Johnny Hallyday n'était pas à son côté pour la naissance de David, de son premier fils... »

C'est le fidèle Carlos qui lui annonce par télégramme la grande nouvelle, à la fin de son show. Johnny ne découvrira son fils que le lendemain, après un aller-retour éclair en Caravelle. Une découverte qu'il fera en même temps que deux autres personnes, qui arrivent à la clinique du Belvédère de Boulogne avec un immense bouquet de fleurs pour la mère et un petit lapin en peluche pour l'enfant : les fidèles Hugues Vassal et Jean Noli ! Ce n'est pas la première fois que le photographe de France Dimanche fréquente le Belvédère : c'est là qu'il est né, trente-trois ans plus tôt, alors que la clinique était flambant neuve !

Apaisé

Cette naissance, qui aurait pu renforcer le couple Johnny-Sylvie, va au contraire augmenter les distances entre eux. Car, du jour au lendemain, la jeune femme va se muer en une mère responsable et attentive, qui aimerait bien que le père de son enfant suive la même évolution. Mais son homme n'est pas prêt pour le rôle que Sylvie entend lui faire jouer : il le reconnaîtra très honnêtement lui-même, plus tard, après la naissance de Laura.

Le résultat est que David verra très peu son père durant son enfance. Et, comme si cela ne suffisait pas, il n'aura même pas la consolation d'être choyé par la marraine que sa mère lui a choisie, Mercedes Calmel Mendès, car il n'aura pas le temps de la connaître.

« Mercedes, pour Sylvie, c'était bien plus qu'une amie, écrira Jean Noli le 16 avril 1968 dans France Dimanche. C'était une véritable sœur. Cela faisait des années qu'elles ne se quittaient plus. Ensemble, elles avaient connu le pire et le meilleur... » Le pire est survenu cinq jours plus tôt, le 11, sur une départementale des Yvelines.

Les deux amies se dirigent vers Paris, Sylvie est au volant de son OSI jaune, une voiture d'avant-garde. Le choc avec la fourgonnette 404 qui vient de se jeter en travers de la route est effroyable. Sylvie sera sauvée par miracle. Mais sa passagère, Mercedes, sa « sœur », marraine de son fils, est morte. Elle avait 22 ans.

Sylvie ne s'en remettra jamais vraiment. Une autre personne est profondément affectée par cette mort injuste et brutale : Carlos, dont Vassal me dit qu'il était, secrètement, très amoureux de la jeune femme... Mais, pour Sylvie Vartan, c'est la fin d'une époque, la fin de l'insouciance. Et cela ne fera qu'élargir le fossé qui a commencé de se creuser entre son mari et elle.

Car Johnny, lui, reste cette espèce d'animal avide d'expériences nouvelles, ce fauve gourmand de plaisirs, de vitesse, de sensations fortes. Cet écart finira par briser définitivement leur mariage. Même si, comme le soutient Hugues Vassal, une certaine forme d'amour subsistera toujours entre eux.

Johnny Hallyday connaîtra d'autres amours : inutile de dresser une liste de prénoms que tout le monde connaît. Il vivra encore des aventures un peu folles, relèvera des défis qui auraient paru insensés à tout autre que lui, subira des revers, savourera des triomphes. Il affrontera la maladie, frôlera de nouveau la mort, perdra des amis et s'en fera d'autres.

Les décennies s'enfuyant, il verra de jeunes auteurs-compositeurs venir à lui pour mettre leur talent au service de son génie, grandira, mûrira, vieillira même, mais sans jamais renoncer tout à fait au jeune rebelle flamboyant qu'il fut, et dont les années 60 se sont trouvées tout embrasées. Petit à petit, il deviendra pleinement Johnny Hallyday.

Enfin, le 25 mars 1996, il touchera au port en épousant une jeune et radieuse Læticia de 21 ans. Guidé par son amour, il se transformera en patriarche apaisé, mais au fond il restera, là où le feu brûle, le Johnny insolent d'appétit et de jeunesse qui a jailli un jour de 1960 et a, en trois accords de guitare et deux couplets, transformé la France de manière irréversible.

C'est cet homme-là, Johnny Hallyday, qui a fêté son 70e anniversaire la semaine dernière. Ce qui, pour cette flèche toujours tendue vers demain, doit déjà être du passé. Et, donc, à ses yeux, sans grand intérêt.

Pierre-Marie Elstir

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