France Dimanche > Actualités > Liliane Bettencourt : Milliardaire et scandaleuse !

Actualités

Liliane Bettencourt : Milliardaire et scandaleuse !

Publié le 4 octobre 2017

liliane

Le 21 septembre dernier, l’héritière de L’Oréal tirait sa révérence à l’âge de 94 ans. Liliane Bettencourt était la femme la plus 
riche du monde mais ne rêvait que de liberté…

Sur les photos où elle apparaissait, plantée au milieu du décor opulent de son hôtel particulier de Neuilly, Liliane Bettencourt renvoyait l’image d’une grande bourgeoise raffinée : brushing impeccable, foulard autour du cou, rouge à lèvres mat, silhouette gracile soulignée par un tailleur-pantalon.

Mais pour qui savait regarder attentivement, ces instantanés un rien surannés donnaient matière à une tout autre interprétation. Dans ce joli regard d’un vert profond pointait une ironie qui donnait à penser que la dame des beaux quartiers dissimulait une personnalité bien moins lisse qu’il n’y paraissait. En réalité, l’héritière voulait jouir de la vie.

->Voir aussi - L'Affaire Bettencourt : Les clefs pour tout comprendre !

Quoi de plus normal, lorsqu’on est à la tête d’une fortune estimée à 40 milliards d’euros, me direz-vous ? Réfractaire à toute forme d’ennui, il lui importait, pour le dernier chapitre du roman de sa destinée, de savourer sa liberté. Elle voulait, disait-elle avec son franc-parler, « vivre selon ses envies », c’est-à-dire parcourir le monde et s’entourer d’artistes.

Pour son palais, elle avait des goûts très arrêtés. À quoi bon posséder des tableaux de De Chirico, Léger, Picasso, Matisse, Miró ou Braque, si c’est pour les cacher ? Dans les pièces en enfilade d’un luxe inouï, les meubles Art déco accueillaient des objets choisis d’une valeur inestimable et d’autres plus anecdotiques que la maîtresse des lieux s’amusait à laisser en évidence.

Sur une photo prise pour le magazine Capital en 2010, l’héritière de L’Oréal pose dans son bureau devant une table basse où trône une sculpture dorée représentant… un phallus ! Ce godemiché précieux avait été offert à son défunt mari par l’un de ses plus vieux amis. Ce cadeau faisait allusion à la vigueur du couple qui, malgré son âge avancé, n’en dédaignait pas pour autant ces plaisirs, selon un majordome peu avare de confidences. Le personnel avait eu pour consigne de le ranger lorsqu’il y avait des invités. Mais le jour J, la bonne avait oublié de le mettre au placard, et Liliane, espiègle, s’est amusée avec ce drôle de présent laissé dans le champ du photographe.

Née en 1922 à Paris, Liliane perd sa mère, professeur de solfège, à l’âge de 5 ans. Eugène Schueller, son père, l’envoie alors en pension chez les dominicaines à Lyon. Dix années d’internat plus tard, elle est devenue une jeune fille réservée qui voue un culte sans limites à son papa chimiste dont les affaires prospèrent. Trois ans avant sa naissance, ce fils de boulanger a élaboré dans sa cuisine une teinture pour les cheveux « inoffensive ». Sa société, l’Auréale, qui va devenir L’Oréal, connaît un succès fulgurant. Les salons de coiffure s’arrachent ses produits, et le shampoing Dop, lancé en 1934, fait un carton.

La jeune Liliane évolue dans un univers feutré auquel elle ne semble pas prêter attention. C’est une solitaire, qui aime lire et qui file au cinéma les samedis après-midi pour admirer les stars hollywoodiennes. Ces échappées loin de l’appartement familial du boulevard Suchet, dans le XVIe arrondissement de Paris, forgent son caractère fantasque.

Liliane et André Bettencourt
Liliane et André Bettencourt

À 27 ans, elle épouse André Bettencourt, fils de notables normands proches de son père, qui va faire carrière dans la politique. Tenant de la droite la plus conservatrice, il travaillera pourtant au cabinet de Pierre Mendès France avant d’être ministre sous Georges Pompidou. Quand ce père vénéré (auquel elle a pardonné d’avoir frayé avec le régime de Vichy) disparaît en 1957, elle a 35 ans et se retrouve propulsée à la tête d’un empire.

Mais Liliane ne s’installe pas dans le fauteuil de PDG de L’Oréal. Elle préfère céder sa place au plus proche collaborateur de son père, François Dalle. En tant que principale actionnaire du groupe, lui revient le rôle de gardienne du temple…

Scandale

Lorsqu’elle rencontre François-Marie Banier, elle a 65 ans. En proie à une certaine mélancolie, elle n’attend qu’une chose : qu’on la tire de l’isolement que lui confère son statut de milliardaire. Elle ne va pas être déçue.

Avec François-Marie Banier
Avec François-Marie Banier

À 40 ans, ce séducteur-né, homosexuel revendiqué, peut se targuer d’avoir eu parmi ses intimes Salvador Dalí, l’actrice Silvana Mangano et la décoratrice Madeleine Castaing. Il distrait autant qu’il envoûte et va vite devenir le centre du monde de Liliane. C’est Arielle Dombasle qui les présente. La comédienne est très proche du photographe et de son compagnon d’alors, l’acteur Pascal Greggory.

En 1987, elle souffle son nom au magazine Égoïste pour tirer le portrait de la patronne de L’Oréal chez elle, à Neuilly. Dans cette interview, elle ose parler d’argent avec désinvolture. « À partir d’un certain chiffre, les gens déraillent », lâche-t-elle, consciente de briser un tabou. Banier la met à l’aise, captant chez son modèle la beauté et la délicatesse d’une femme mature en pleine possession de sa séduction.

Tout de suite, cet histrion farfelu non dénué de talent – il a publié plusieurs romans – la fait rire. Habituée à être surtout entourée d’une horde de domestiques, elle apprécie sa liberté de ton. Grâce à cet ami flamboyant, Liliane va cesser de jouer les faire-valoir, rôle que son père lui a assigné dès sa naissance. Car la femme L’Oréal, c’était elle. En constante représentation, elle devait toujours être tirée à quatre épingles. Fille de, puis femme de, enfermée dans le carcan rigide de la haute bourgeoisie, elle n’a pas encore pu exprimer sa vraie personnalité et se désole de l’étiquette qu’on lui colle sur le dos : « Une femme riche est statufiée dans sa richesse. Elle est plombée », déclare-t-elle.

En s’affichant avec ce personnage bohème, l’héritière va suivre ses envies. Ensemble, ils vont courir les expos, voyager aux quatre coins du monde. Il n’aura de cesse de l’amuser. Un soir, il rentre à quatre pattes dans un restaurant en aboyant comme un chien. Le lendemain, il l’embarque pour Venise pour y valser place Saint-Marc. À presque 90 ans, elle porte des Nike blanches et lit Libération. Le dandy sait aussi la brusquer, et elle adore ça. Quand il l’appelle « ma grosse », Liliane ne s’en offusque pas, elle trouve juste qu’il est drôle.

Ce personnage loufoque détonne dans l’univers guindé de son hôtel particulier, où la maîtresse des lieux se sent seule depuis le décès de son époux en 2007. Grâce à son protégé, l’héritière est devenue impertinente, voire sulfureuse. Quand le scandale arrive, elle jubile. Elle lui a donné des millions d’euros (un milliard, dit-on), et alors ?

Liliane avec sa fille Françoise
Liliane avec sa fille Françoise

Vengeance

Quand Françoise Bettencourt Meyers, sa fille unique, l’apprend, elle décide de porter l’affaire devant les tribunaux, affirmant que sa mère n’a plus toute sa tête. « C’est grâce à lui que je ne suis pas restée enfermée dans le milieu conventionnel auquel me destinait ma situation de fortune », lui écrira l’héritière, pour justifier ses largesses.

Et si son seul but était d’exaspérer Françoise, qui vit comme une nonne et avec laquelle elle s’entend si peu ? « Je n’aime pas la fadeur, j’aime le sel », déclarait la femme la plus riche du monde. Le dernier chapitre de sa vie a fait d’elle une héroïne qui ose tout.

En 2010, elle fait la une des magazines. Des T-shirts à son effigie font un malheur, et Laurent Ruquier lui dédie une pièce de théâtre. C’est la consécration ! Ce vaudeville croustillant, Françoise ne le lui pardonnera jamais. Elle fera placer sa mère sous tutelle. « Ma fille me donne mal à la tête. Je préfère ne plus la voir », avouait Liliane Bettencourt.

À 94 ans, Mme L’Oréal a tiré sa révérence, sans doute avec le sentiment d’avoir joui de tous les plaisirs de la vie. Parce qu’elle le valait bien…

Sophie Marion

À découvrir