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Michael Schumacher : Sa femme est 
son ange gardien

Publié le 13 février 2018

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La discrète et silencieuse Corinna, épouse de Michael Schumacher, a placé son mari sous haute surveillance.

Que lui glisse-t-elle à l’oreille lors de ses visites quotidiennes dans sa chambre ? Lui remémore-t-elle leurs courses échevelées en kart, quand toute la famille se calait dans son sillage pour prendre la meilleure trajectoire dans les virages ? Leurs années de vie commune sans le moindre faux pas ? Impossible de le savoir. Ne rien lâcher. Garder le contrôle. Jusqu’au bout.

Malgré l’énorme pression des médias du monde entier depuis le drame du 29 décembre 2013, malgré les milliers de messages de soutien des fans du septuple champion du monde de F1, Corinna, 48 ans, reste murée dans le silence.

Pas un mot sur l’état de santé de son mari, son champion à elle, épousé en 1995 après leur coup de foudre, survenu quatre ans plus tôt sur les circuits.

A-t-il parlé, bougé ? Simplement cligné des yeux ? Elle ne dira rien. Pas même lorsque la rumeur, lancée par un journaliste italien en janvier 2015, évoque les larmes du champion au son des voix de sa femme ou de ses deux enfants…

Les secrets, ça la connaît. Elle les garde mieux que personne, et ce bien avant l’accident de son mari. Elle, la blonde aux yeux bleus, au visage un peu lourd, considérée par le milieu misogyne de la F1 comme une potiche, a toujours su où était sa place au cœur du système Schumacher. À Michael, la lumière et les obligations, à elle la protection de la vie privée.

« En apparence, on aurait pu penser qu’elle se laissait gentiment porter, confie une des rares personnes à l’avoir approchée à plusieurs reprises. Mais dès qu’on discutait avec elle, on comprenait vite qu’elle avait la tête sur les épaules et que toutes les décisions concernant la famille ne pouvaient être prises qu’avec son accord. »

De fait, Corinna ne s’est pas dérobée aux obstacles dressés devant elle. Médecins, infirmiers, personnels domestiques, la jeune femme a géré toute l’organisation autour de son mari, signé les chèques sans sourciller. Pas moins de quinze personnes se relayent chaque jour à son chevet, pour un coût estimé à 125 000 euros par semaine. Au total, près de 24 millions auraient été ainsi engloutis en soins ces trois dernières années. Il était le roi des réglages moteur, elle se révèle une logisticienne hors pair.

En toute discrétion. Depuis toujours. Le culte du secret n’avait pas seulement été instauré pour protéger Michael : « Leur plus grande crainte a toujours été que leurs enfants soient kidnappés. D’où cette quête permanente d’un environnement protecteur », révèle un proche. Résultat : une mécanique bien huilée autour du Michael Schumacher comateux, reclus dans leur maison de Gland sur les bords du lac Léman, avec ses 13 hectares et ses 55 pièces, surnommée « Schumaland » par les locaux, où, ironie du sort, le couple comptait couler une retraite heureuse.

Tout avait été prévu pour vivre à l’abri des regards. Assez d’espace pour autoriser des atterrissages d’hélicoptère sans gêner les voisins. Un aérodrome privé à proximité pour s’envoler à l’autre bout du monde sans que quiconque en soit averti. Leur jet Falcon gris métallisé, trop identifiable, ne s’y pose plus. Vendu 20 millions d’euros, pas pour des raisons financières (leur fortune est estimée à plus 700 millions d’euros), mais par souci de confidentialité.

« Pour sauvegarder l’anonymat de nos clients, explique un spécialiste de la sécurité, nous leur conseillons de louer un avion. Un jet personnel est très reconnaissable sur les tarmacs des aérodromes privés du monde entier. Les paparazzis bien informés connaissent la plupart des immatriculations et identifient immédiatement les propriétaires. Surtout son M-IKEL, référence au prénom du pilote. »

Interdit de visite

Las, la maison du bonheur est devenue un camp retranché. Patrouilles et caméras infrarouges sensibles aux mouvements quadrillent la zone. Tous, y compris les infirmiers, doivent montrer patte blanche pour accéder à la propriété. Les portables sont déposés à l’entrée, de très stricts contrats de confidentialité sont signés. Les visites se font plus rares.
Pas question qu’un « ami » révèle une quelconque information.

« Au début, quand les médecins ont donné leur autorisation pour venir voir Michael, de nombreuses personnes se sont succédées à son chevet, dévoile un ancien membre du personnel soignant. L’idée était de lui parler, de le faire revenir des limbes grâce à des voix familières… »

Puis les semaines et les mois ont passé, Corinna a fait un tri : « Tous ceux qui font des révélations sur l’état de santé du champion parlent à tort et à travers : ils n’ont plus accès à Michael, explique un proche agacé. Corinna a fait le ménage. Du coup, beaucoup disent n’importe quoi par frustration ou pour se donner de l’importance. » Même Willi Weber, l’ex-manager historique de Schumacher, l’un des hommes les plus importants dans sa vie, a été blacklisté. Un véritable affront pour cette figure de la F1. « Moi qui ai accompagné Michael dans sa réussite pendant trente ans, je me vois interdit de visite !, a-t-il tempêté dans un entretien accordé au magazine allemand Bunte. Nous n’avions pas qu’une relation professionnelle, nos liens étaient forts, amicaux. Dommage que Corinna ne me fasse plus confiance. »

Et de tempêter, amer : « On m’empêche de le voir ! On passait nos vacances ensemble. J’ai beau envoyer des fleurs, des cartes… J’ai beaucoup pleuré, c’est plus que douloureux. […] On nous cache la vérité. Il est peut-être temps de dire ce qui se passe, non ? »

Le propre frère de Schumi ne serait plus le bienvenu. « Corinna estime que son ex-femme Cora, impliquée dans un scandale financier, ne serait pas fiable », confie un journaliste allemand. Seuls sont désormais admis une poignée d’amis issus du monde de la F1, le professeur de médecine Gérard Saillant et l’ancien directeur de la Souderai Ferrari, Jean Todt.

Avec ces deux derniers, Schumacher avait fondé, autre triste ironie du sort, l’ICM, un institut de recherche sur le cerveau et la moelle épinière. « En réalité, Corinna ne supporte plus de voir débouler d’anciennes relations qui guettent le moindre signe de vie sur le visage de l’ex-champion, explique un autre proche. Comme rien ne se passe, les gens repartent abattus. Et cela la déprime encore plus. »

Jean Todt, le premier, avait compris très vite la gravité de la situation. Mais, attaché à Michael par un lien quasi filial, il a continué à venir presque chaque semaine pendant la première année. Même si ses visites se sont espacées, Todt passe toujours une fois par mois malgré son emploi du temps surchargé de président de la Fédération internationale de l’automobile (FIA). Par fidélité.

Stratégie

Corinna (et comment ne pas la comprendre ?) a mis plus de temps avant d’accepter la réalité. Son champion gagnait tout. Ce défi contre la maladie, il finirait aussi par le remporter. Encore jeune, doté d’une santé de fer et d’un mental d’acier, ce pilote d’exception ne manquait pas d’atouts pour surmonter cette épreuve. Elle y a cru pendant de nombreux mois, sans jamais perdre de vue son autre priorité : donner une vie « normale » à ses enfants, faire comme si tout allait bien. « Dans cette grande maison de 2 200 mètres carrés, une aile médicalisée et séparée des autres pièces est dévolue à Michael, raconte une source suisse. Ainsi, Corinna et les enfants peuvent aller quand bon leur semble à “l’hôpital” mais le personnel médical ne rentre pas chez eux. »

Une stratégie qui semble payante. Gina Maria, 20 ans, gagnée elle aussi par l’esprit de compétition, a décroché la médaille d’or aux championnats du monde de reining, épreuve d’équitation western, en août dernier. Elle a déjà engrangé plus de 200 000 euros de prix. Un excellent début dans cette discipline très physique où l’on accède au statut de star à partir du million de gains.

Avec sa mère, elle a lancé et gère XCS – CS pour Corinna Schumacher –, une ligne d’équipements pour chevaux que l’on peut trouver sur des sites internet spécialisés. Quant à Mick, 18 ans, il suit les traces de son père. Comme une revanche sur l’adversité. Il a été vice-champion du monde de kart en 2014, et les professionnels voient en lui un prodige. Après une saison étincelante en F4 en 2016 et une seconde place, il n’a certes fini que 12e du championnat d’Europe de Formule 3 l’année dernière.

Mais Ferrari, l’ancienne équipe de Michael, lui fait déjà les yeux doux. « Dès que Mick voudra bien nous rejoindre, s’enthousiasme Massimo Rivola, le patron de la Ferrari Driver Academy, nous lui déroulerons le tapis rouge. »

S’il rentre dans le grand cirque de la F1 – pas avant quatre ans selon les experts –, il devra évoquer son père, ne serait-ce que par obligation envers ses sponsors, et se retrouvera face à son histoire. Ce sera le temps de l’hommage.

Encourager

Depuis près de deux ans, Corinna s’est fait une raison. Son grand amour ne reviendra pas. L’homme de sa vie et de ses nuits, le père de ses enfants, celui auprès duquel elle se voyait vieillir. Mais comment faire son deuil alors qu’il est toujours vivant ? Juste avant Noël 2016, elle a lancé l’association Keep Fighting (Continuer à se battre), pour donner un peu d’espoir à d’autres familles en souffrance.

« Nous voulons encourager les gens à ne jamais abandonner, expliquait-elle dans un communiqué. J’ai toujours cru qu’il ne fallait jamais, jamais abandonner, et qu’il fallait toujours se battre, même quand il n’y a qu’une chance infime. »

Et Sabine Kehm, la très ferme directrice de la communication de Corinna, de préciser : « C’est la première étape d’un mouvement dont nous espérons qu’il puisse être bénéfique dans le futur. Le but du projet Keep Fighting est de répandre un message qui n’est pas valable qu’en sport automobile. Nous espérons ainsi faire d’un événement tragique, qui affecte toute la famille Schumacher, une chose positive. »

Cependant, certains observateurs ont noté que l’association avait été créée et médiatisée quelques jours à peine avant la date anniversaire de l’accident du pilote. De là à y voir une stratégie de communication savamment orchestrée pour faire diversion, il n’y a qu’un pas… Des critiques qui n’atteignent pas la discrète Corinna qui n’accorde toujours pas d’interview. Aux soirées de gala, où ses moindres faits et gestes seraient épiés et commentés, elle préfère la quiétude de son village. À Gland, personne ne la guette. Elle est une mère comme les autres, qui accompagne Gina Maria et Mick faire les courses au supermarché, ou sort de temps en temps avec eux au restaurant.

Et puis il y a ses voyages de plus en plus fréquents aux États-Unis. Rassurée par la prise en charge médicale de son mari, cette passionnée d’équitation depuis l’enfance prend le temps de souffler, loin de la Suisse, quotidien presque normal, en essayant de rester une jeune Squadra capable d’envisager l’avenir. Victime collatérale d’une injustice terrible, amoureuse blessée, maman devant s’occuper seule de ceux qui ont doublement besoin d’elle aujourd’hui, elle s’envole pour Gordonville au Texas, dans son ranch de 460 hectares, à une heure et demie de Dallas.

C’est sa seconde maison, son oasis à la décoration rustique, cadeau de Michael en 2011. Dans ce village de cent soixante-cinq âmes, elle peut profiter tranquillement d’un golf de dix-huit trous à un jet de pierre de chez elle ou aller déguster un burger au Pelican’s Landing sur les bords du lac Texoma. Là-bas, cette femme, issue d’une famille modeste, qui a gardé les pieds sur terre, échappe au regard des autres et se ressource dans la tranquillité d’une nature apaisée au milieu des quarter horse, une race prisée des cow-boys mais aussi de Michael, à qui elle avait transmis sa passion. Tous deux projetaient d’ailleurs d’élever des chevaux de compétition une fois à la retraite.

Un accident de ski sur les pentes de Méribel a bouleversé leurs plans. Michael serait toujours dans le même état depuis sa sortie de coma, le 16 juin 2014. En état végétatif, sa masse musculaire aurait fondu et son poids serait tombé à 50 kg pour 1,74 m. Ses yeux grand ouverts ne bougeraient pas. « On ne peut empêcher les gens de voir ce qu’ils veulent voir, dévoile un ami de l’un des visiteurs. Ils s’imaginent qu’il perçoit quelque chose lorsque sa famille est à ses côtés. La réalité est plus douloureuse. Il faut se faire à l’idée que nous ne reverrons plus jamais Michael. Il peut mourir dans dix ans ou demain. Il suffit d’un rien, qu’il soit infecté par un virus. Une réalité douloureuse. »

Celle que Corinna doit jour après jour commencer à accepter.

Gabriel LIBERT

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