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Michel Chevalet : “J’ai détesté l’Éducation nationale, mais adoré l’enseignement !”

Publié le 15 novembre 2016

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Dans son antre où il a conçu son dernier livre, le journaliste Michel Chevalet nous parle de ses passions et de son � combat � : épauler Fabrice, son fils devenu hémiplégique et aveugle après un accident de la route.

Cassettes VHS par dizaines, maquettes de trains, téléphones anciens… le bureau du consultant scientifique d’i-Télé a tout de la caverne d’Ali Baba !

À l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, Comment ça marche ? Mémoires spatiales d’un journaliste, Michel Chevalet a accepté de nous ouvrir sa malle aux souvenirs « astronautiques », pour nous parler de sciences, sa passion, mais aussi de son enfance et de ce qui est devenu, depuis le tragique accident de son fils en 2001, le combat de sa vie…

->Voir aussi - Michel Chevalet : Il a été dialysé à 10 ans !

Chevalet livreFrance Dimanche (F.D.) : Qu’est-ce qui vous a poussé à publier ce livre ?

Michel Chevalet (M.C.) : Après mon bouquin sur le drame de mon fils, je n’avais plus envie d’écrire. Mais, lorsque les éditions Paulsen m’ont proposé de faire partager les grandes découvertes astronautiques auxquelles j’ai eu la chance de participer, j’ai été séduit…

F.D. : Quelle a été votre enfance ?

M.C. : Je suis né pendant la guerre. Mon père avait déjà fait celle de 1914-18, blessé, gazé à Verdun, et il est reparti pour un tour ! Heureusement, nous vivions en banlieue parisienne, avec un jardin amoureusement cultivé pour nous nourrir. Habitant près d’une forêt, on avait aussi du bois pour se chauffer. Je me souviens du froid de cette époque, des tickets de rationnement et des queues interminables pour quelques patates. Je me rappelle aussi mes parents qui, pour pouvoir écouter la BBC, nous envoyaient enlever le linge qui séchait sur la corde à linge, un fil de fer qui, du coup, faisait office d’antenne radio.

F.D. : D’où vous vient cette passion pour les sciences ?

M.C. : Quand j’étais petit, mon père travaillait dans un cabinet comptable qui avait pour client la filiale française de la société Hornby, les fabricants des jeux de construction Meccano. C’était mon seul jouet. J’y ai passé des heures, c’était merveilleux pour l’imagination. Voilà comment est née cette soif de comprendre.

F.D. : Puis vous êtes devenu prof de maths…

M.C. : Après la guerre, il fallait tout rebâtir. Voulant participer à cette reconstruction, je me suis lancé dans des études d’ingénieur. Puis il y a eu le conflit en Algérie. Pour obtenir un sursis de service militaire jusqu’à 27 ans, il fallait que je fasse médecine, pharmacie, un doctorat ou une licence d’enseignement, ce que j’ai choisi. C’est ainsi que je suis devenu maître auxiliaire au collège de Nogent, sans aucune formation pédagogique, ce qui m’a valu quelques ennuis. J’ai détesté l’Éducation nationale, mais adoré l’enseignement. À l’époque, j’étais en blouson de cuir, pantalon pattes d’eph, rouflaquettes… J’emmenais mes élèves au bistrot d’en face, et on jouait au baby-foot en même temps que je leur faisais cours. Jusqu’au jour de mon inspection où l’examinatrice s’est retrouvée dans ma classe… vide ! On lui a dit : « Chevalet et ses élèves ? Ils sont au bistrot du coin ! » Dans son rapport, elle avait écrit : « a des aptitudes pédagogiques qui s’apparentent parfois à celles d’un camelot ! » Dégoûté, j’ai démissionné.

F.D. : Comment va votre fils Fabrice, qui a aujourd’hui 47 ans ?

M.C. : Écrasé entre deux camions il y a quinze ans, il en est resté aveugle et paralysé à vie. Quand j’ai montré la radio de mon fils au Pr Desgeorges, grand neurochirurgien du Val-de-Grâce, juste après l’accident, il m’a dit : « Tu m’as apporté un cerveau de mort ». Ça m’a marqué ! C’est pour lui que je me bats, que je continue à travailler, pour l’aider, donner un sens à sa vie. Je lui ai acheté un pavillon dont il est propriétaire. Il en occupe le rez-de-chaussée, l’étage étant réservé au personnel qui se relaie auprès de lui 24 heures sur 24.

F.D. : Comment grandit Nathan, son fils, âgé d’à peine un an au moment de l’accident ?

M.C. : C’est un ado super. Il vit avec sa maman et respecte beaucoup son père. Il vient parfois le week-end à la maison et je l’aide pour ses problèmes de maths. Ça n’a pas toujours été facile pour lui, et mon but est qu’il n’ait jamais honte de son père et ne l’abandonne pas quand je ne serai plus là.

F.D. : Votre aîné, Christophe, a lui aussi toujours été très présent…

M.C. : Il vit aujourd’hui en Italie, mais il sait qu’il devra prendre ma relève auprès de Fabrice. Je lui ai toujours dit : « Tu ne lâches pas ton frère. »

Caroline Berger