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Patrick Sébastien : Tabassé par une bande !

Publié le 4 décembre 2014

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Très dur d’être un enfant sans père, un bâtard dans un village français des années  50. L’humoriste Patrick Sébastien garde cette plaie à vif.

C’est presque un lieu commun que de le dire : les artistes sont des hommes et des femmes qui ont un grand besoin d’affection. « Tout le monde a envie d’être aimé ! », allez-vous m’objecter ; c’est vrai… Mais eux, davantage encore que le commun des mortels. Et c’est ce besoin qui les pousse à monter sur scène, malgré le trac, à s’avancer devant les caméras, à rechercher la lumière des projecteurs, comme si leur vie en dépendait. On pourrait prendre cela pour de la vanité : ça peut l’être en effet, chez certains, souvent les plus médiocres, mais en général le motif de cette soif d’amour jamais étanchée a des causes plus profondes, plus intimes, et parfois même fort douloureuses, comme c’est le cas pour Patrick Sébastien.

Sébastien livre 1Il revient sur cette blessure jamais cicatrisée dans son dernier livre, publié aux éditions XO, et intitulé Même que ça s’peut pas ! Il y raconte, sans pathos mais avec une grande émotion, comment, un jour, à force d’être rejeté par les autres, montré du doigt, détesté, méprisé, il a fini par être tout bonnement passé à tabac !

Rejet

Le drame ne date pas d’hier, puisque Patrick était encore enfant lorsqu’il est survenu. Mais comment pourrait-il jamais oublier que ceux qui l’ont sauvagement agressé auraient dû être son plus précieux réconfort, son meilleur soutien, à savoir ses petits camarades d’école ?

Écoutons Patrick Sébastien se confier à Paris Match : « À 10 ans, ils m’ont assis sur une chaise pour me mettre leur poing dans la gueule à tour de rôle. Avec cette ultime insulte : “Va te plaindre à ton père, t’en as pas !” Quelles marques indélébiles cela laisse sur un enfant… »

Finalement, on comprend que la plus grande souffrance, ce jour-là, n’a pas été provoquée par les coups de poing de ces gamins qui, sans doute, ne se rendaient même pas compte du mal qu’ils pouvaient faire à leur victime. Non, le pire a sûrement été cette cruauté inconsciente qui les a poussés à enfoncer le couteau dans une plaie ouverte dès la naissance de Patrick Sébastien, à tourner et retourner la lame dans les chairs à vif.

En concert © Steph Lecureuil
En concert © Steph Lecureuil

C’est bien la grande tragédie de l’existence du futur artiste, celle qui le pousse, comme nous le disions, à rechercher toujours plus l’amour et la tendresse des autres, de ce public qui lui est aussi indispensable que l’air qu’il respire : il a été, comme le soulignaient ses petits bourreaux, un «enfant sans père ».

Lui-même est d’ailleurs tout à fait conscient du lien étroit qui existe entre la tragédie de sa naissance et l’homme de spectacle qu’il est devenu : « Le prochain livre que j’écrirai traitera des “bâtards”, comme moi, révèle Patrick Sébastien, toujours dans Paris Match. De tous ceux qui font ce métier d’artiste mus par un besoin vital de reconnaissance. J’ai toujours recherché la reconnaissance et l’amour des gens de mon village, du peuple plutôt que des élites. »

Comment s’arrange-t-on quand, enfant, on est privé de la présence rassurante d’un père, alors que tous les autres, autour de vous, en ont un ? Il n’y a pas mille solutions : on reporte tout son amour et son besoin de sécurité sur sa mère. Mais alors, quelle source de blessures nouvelles, lorsque, en grandissant, on se rend compte que cette maman quasiment déifiée est traitée par les autres comme une moins que rien et fait l’objet des plus cruelles railleries !

Ce calvaire-là, Patrick Sébastien l’a enduré durant toutes les premières années de sa vie, celles où l’on est le plus fragile, le plus désarmé. Combien de fois a-t-il senti ses poings se serrer et les larmes lui venir aux yeux lorsqu’on lui crachait au visage : « Ta mère est une pute ! »

Le seul « avantage », si l’on peut dire, de ce rejet violent, c’est qu’il a tissé des liens plus forts que tous les autres entre la mère et l’enfant ; des liens dont Patrick parle aujourd’hui avec des mots d’une bouleversante pudeur : « Ma mère m’embrassait en cachette, parce que “embrasser les fils, ça ne fait pas des hommes”. Je l’appelais Dédée, je ne l’appelle maman que depuis qu’elle est morte. Mais, croyez-moi, l’amour était là. Incommensurable. Trois appels par jour, tous les jours d’une vie. Je disais : “Ma mère veille.” Aujourd’hui, elle est encore là, merveille sur mon épaule. Le corps disparaît, l’âme demeure. »

Patrick Sébastien © slate.fr
Patrick Sébastien © slate.fr

L’âme demeure, mais le gouffre de l’absence est tout de même immense, depuis que Dédée s’en est allée, comme Patrick Sébastien le reconnaît lui-même : « Le vide est colossal. Je me raccroche à ma femme et à ma fille. Je monte sur scène pour donner, mais aussi pour recevoir et tenir debout. […] Je n’ai que ça pour survivre : le partage, l’amour du public. »

Un amour qui, fort heureusement, lui est rendu au centuple, et depuis longtemps.

Pierre-Marie Elstir

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