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Vline Buggy : “Avec Claude, nos chagrins nous ont réunis !”

Publié le 15 avril 2018

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© Thomas Padilla Vline Buggy

A près de 89 ans, Vline Buggy l’une des plus grandes parolières de la chanson française, nous livre un témoignage unique sur Cloclo…

Avec sa sœur Évelyne, elles formaient un duo de prometteuses parolières, connu sous le nom de Vline Buggy.

Lorsque l’aînée meurt des suites d’une terrible maladie en 1962, Liliane garde ce pseudonyme et continue sa carrière. Elle deviendra par la suite l’auteure de tubes indémodables, signant les textes de chansons mythiques comme Le pénitencier pour Johnny, Ma biche, pour Frank Alamo, et écrivant aussi pour Herbert Léonard, Michel Fugain ou encore Michel Sardou.

Mais parmi toutes les stars avec lesquelles elle a travaillé, Vline garde une tendresse particulière pour celui qu’elle a connu à ses débuts et qu’elle a vu grandir…


Après un mois de février particulièrement humide et froid, le printemps se réveille…

Dans la capitale, ce 11 mars 1978, les températures dépassent même les 20 °C. Une chaleur presque estivale qui pousse Vline et sa tante à se réfugier dans une salle de cinéma. Le film commence, mais au bout de quelques minutes, aux alentours de 16 heures, un bulletin d’information spécial interrompt la séance : la mort accidentelle de Claude François est annoncée.

« Je me souviens m’être levée et j’ai hurlé de toutes mes forces : Claude ! Claude ! Je ne pouvais pas y croire… C’était impossible. Je me suis immédiatement mise en route et j’ai foncé en direction de son domicile parisien, au 46 boulevard Exelmans. Quand j’ai vu la foule agglutinée au pied de son immeuble, j’ai compris… Quelques minutes plus tard, je me suis trouvée mal. »

Quarante ans après la disparition de la star, Vline Buggy n’a rien oublié de cet après-midi tragique.

Car un lien très fort, presque unique, existait entre eux. Dans un livre intitulé Claude François, j’y pense et puis j’oublie, elle a enfin décidé de raconter son histoire.

Leur histoire. Elle se souvient que lors de leur première rencontre, le chanteur n’est encore qu’un jeune homme timide et complexé. « Nos chagrins nous ont immédiatement rapprochés, se souvient Vline. Je venais de perdre ma petite sœur, et lui son père… Nous sortions également tous deux d’une rupture amoureuse douloureuse. »

De là est née une relation de confiance, tant amicale que professionnelle. Parolière comme son célèbre papa, le grand Géo Koger, Vline est en effet à l’origine de plusieurs dizaines de chansons inscrites au répertoire de Claude François, dont les inoubliables Belles, belles, belles, Si j’avais un marteau ou encore J’y pense et puis j’oublie…

« Mais le pari n’était pourtant pas gagné d’avance, confie-t-elle, et je n’oublierai jamais ce jour d’automne 1962, quand il est arrivé chez moi avec son pull-over rouge et ses beaux yeux clairs. Il était tellement malheureux à cette époque… Car tout lui tombait dessus en même temps. La trahison de sa femme, le décès de son papa, mais aussi l’addiction au jeu de sa mère qui lui rendait la vie impossible ! »

Respect

Claude et Vline passent presque tout leur temps ensemble. Pour travailler, bien sûr, mais aussi pour échanger, se confier et rire, pour se consoler.

« Il ne pouvait pas supporter d’être seul, souligne la parolière, donc vu qu’il avait confiance en moi, il m’appelait tout le temps. C’est même arrivé un soir de Noël, et nous nous sommes retrouvés… »

Si leur relation ne souffre d’aucune hypocrisie, c’est aussi parce que Vline fait partie des rares personnes à avoir toujours su résister à ses humeurs et à ses colères légendaires.

« Moi, il m’a toujours respectée. Toujours ! Peut-être aussi parce qu’il ne me faisait pas peur et que j’étais capable de lui tenir tête. Je me souviens d’une fois où il m’avait tellement énervée que j’étais carrément allée chez lui pour tout casser ! Mais nous étions suffisamment proches pour que ces disputes ne déteignent pas sur notre amitié. »

Néanmoins leur proximité ne donne lieu à aucune ambiguïté, précise celle qui fêtera ses 89 ans en mai prochain.

«Entre nous, il n’y avait pas la moindre séduction ! Absolument aucune. Déjà j’avais dix ans de plus que lui, mais en plus j’étais mariée. Et puis pour être honnête, je n’avais pas vraiment un physique de mannequin. Il fallait voir la beauté des filles avec qui sortait Claude ! »

Concernant les rumeurs qui ont récemment écorné le mythe, Vline est sans ambiguïté : « Je ne l’ai jamais vu avec de très jeunes filles comme je le lis un peu partout ! La plus jeune, c’était France Gall… »

Jalousie

En amour, en amitié, mais aussi sur le plan professionnel, la star était réputée pour sa jalousie maladive.

Un trait de sa personnalité avec lequel la parolière a toujours dû composer : « Je me souviens qu’il ne supportait pas mon lien avec Hugues Aufray, raconte-t-elle. Je lui avais écrit Céline, et ça ne lui plaisait pas du tout. Il faut dire qu’Hugues était tellement beau… et ça, c’était un peu le drame de Claude. Physiquement, il ne s’est jamais vraiment plu. Il s’est toujours trouvé petit et pas très séduisant. Du coup, il a eu recours à la chirurgie esthétique. Je me souviens qu’il avait commencé par se faire refaire le nez, et qu’il l’a même plusieurs fois fait retoucher par la suite ! »

Claude aimait ce qui était moderne.

Il voulait être à la mode, dans le vent, avant-gardiste même. Et à en croire cette dernière anecdote, c’est peut-être ce qui lui coûta la vie : « Je me souviens qu’il avait choisi l’appartement du boulevard Exelmans pour une raison qui peut faire sourire aujourd’hui, mais qui lui ressemble tellement. Son immeuble était plutôt laid, mais il lui avait plu parce qu’il était l’un des seuls, à l’époque, à posséder un interphone ! Il trouvait ça super. Allez savoir ce qui se serait passé s’il en avait choisi un autre… », se souvient Vline, les yeux brillants.

Quarante ans plus tard, non sans ironie et la voix chargée d’émotion, elle continue à se poser cette question qui la hante : « Comment se fait-il qu’un homme qui était toujours aussi en retard ait pu être autant en avance pour mourir ? »

Florian ANSELME

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