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Yves Duteil : Il a frôlé la mort !

Publié le 12 février 2018

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À 68 ans, Yves Duteil sort enfin 
son dix-huitième album, accouché 
dans la douleur tant les drames 
ne l’ont pas épargné.

Les habitants de Précy-sur-Marne ne connaissent pas leur bonheur d’avoir eu parmi eux Yves Duteil et Barbara ! De 1973 à 1997, année de sa disparition, la Dame en noir avait trouvé refuge dans ce village de huit cents âmes, à 30 km de Paris. Dans sa Grange au loup, elle a écrit ses dernières chansons. Et chaque Noël, elle offrait des cadeaux aux enfants du village.

Le jour de ses obsèques, cela fait déjà huit ans qu’Yves est le premier magistrat de cette commune. À son initiative, chacun de ses administrés (ils étaient 436 à l’époque) dépose une rose sur le cercueil de l’inoubliable interprète de L’aigle noir. En sa mémoire, le maire inaugure même la rue de la Petite-cantate. La maison de la chanteuse est restée intacte. Sa gouvernante, Béa, y vit toujours.

Et Yves Duteil demeure l’ambassadeur de son charmant lieu de résidence au nord-est de Paris, bien qu’il se soit retiré des affaires locales. Mais pas de la musique : l’artiste est actuellement en pleine promotion de son nouvel album, Respect, sorti le 12 janvier, financé par ses soins. Le dix-huitième, quarante-six ans après la sortie de son premier 45 tours ! À 68 ans, l’auteur de Prendre un enfant par la main semble toujours aussi serein.

Détresse

Pourtant, les drames ne l’ont pas épargné. On se souvient qu’en 2001, il avait écrit un magnifique morceau pour Noëlle, sa femme, alors très malade : Pour que tu ne meures pas. Douze ans plus tard, c’est à son tour d’être touché par de gros ennuis de santé.


L’année de ses 64 ans, en 2013, le baladin connaît des problèmes cardiaques. Il doit alors subir une opération à cœur ouvert qui nécessite plusieurs mois d’hospitalisation et de rééducation. Aussi discret que pudique, il n’en a parlé à personne. Sauf sans doute à ses administrés qui ont compris pourquoi il a quitté la mairie en 2014 après quatre mandats.

Mais aujourd’hui, Yves se dit guéri : « Je renais, je vais même mieux qu’avant ! », a-t-il confié au Parisien. Cela se sent à l’écoute de ses dernières compositions, solaires. Là encore, il revêt sa casquette de citoyen avec quelques chansons engagées et d’autres emplies d’espoir, à l’instar de la très belle Minute de silence. Si, pour le plus grand plaisir de ses fans, il a de nouveau « la guitare qui le démange », l’artiste semble plus grave qu’à l’époque de La tarentelle (1977) ou du Petit pont de bois (1977).

On se dit que l’âge et les épreuves de la maladie sont passés par là.
Le compositeur s’en défend. C’est vrai qu’il est tout sauf un chanteur autobiographique. Il trouve son inspiration dans le regard d’un enfant, dans l’actualité ou la détresse de ses contemporains. D’ailleurs, c’est en arpentant les rues de Paris, un certain 11 janvier 2015, que lui est venu le besoin de s’exprimer de nouveau en chansons.

Ce jour-là, au milieu de millions de Français, lui aussi était « Charlie ». Il précise bien qu’au cours de toutes ces années où il a surtout écrit des livres, l’envie de revenir à ses premières amours ne l’a jamais quitté.

Mais là, il a ressenti « l’urgence d’écrire ».

Parmi ces douze chansons inédites, on retrouve un hommage à son modèle, Jacques Brel, dans Quarante ans plus tard, sorte de remake de La chanson des vieux amants. Mais avec Respect et Mohammed, Aïcha, Duteil s’inspire des attentats qui l’ont touché en plein cœur. Car le vendredi 13 novembre 2015, alors que policiers et pompiers tentent encore d’évacuer les victimes du Bataclan, il apprend qu’une amie se trouvait à la terrasse du café La belle équipe, dans ce même vie arrondissement de Paris. Elle prenait un verre. Le dernier.

On imagine la douleur du chanteur qui très vite a voulu « mettre des mots sur ces maux. » Comme pour mieux les panser. Sans trop y penser. Même si, Yves l’introverti semble aujourd’hui prêt à partager sa peine. Grâce à ses ballades mais aussi – et c’est plus nouveau – lors de ses interviews. Une confession publique en guise d’exutoire.

Une nouvelle forme de thérapie qu’il ne goûtait guère naguère. Comme si la maladie l’avait peut-être plus changé qu’il ne veut bien l’avouer. Entre-temps, il a trouvé en lui une nouvelle paix intérieure grâce à une certaine philosophie de la vie à laquelle il a consacré un ouvrage l’an dernier : Et si la clé était ailleurs ? (éd. Médiaspaul) : « La spiritualité guide ma vie, écrit-il. Elle ajoute une dimension d’altitude qui me manque sur le papier. »

Désormais, il a en poche son « kit de survie », « une petite boussole de voyage », comme il l’explique. Cet artiste complet, avant de repartir en tournée, semble avoir retrouvé une nouvelle profondeur… de chant. Et il nous inspire toujours autant de respect.

Pierre-Antoine BRIONNE

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