Je prends soin de mon intestin

Intestin

Souvent malmenée, notre flore intestinale serait pourtant la clé de notre système de santé. Alors, ne négligeons pas notre intestin.

 

Autrefois mal-aimé, voire honteux, l’intestin s’affiche désormais sans complexe en vitrine des librairies. En attestent deux livres vendus à plusieurs millions d’exemplaires en l’espace d’un an. Le pourquoi d’une telle fascination ? « C’est là que tout se joue », affirme le Dr David Perlmutter, médecin américain, dans son dernier ouvrage, L’intestin au secours du cerveau.

1.000 C’est le nombre d’espèces différentes de bactéries qui cohabitent dans notre intestin grêle et notre gros intestin

Le docteur américain David Perlmutter

Le docteur américain David Perlmutter

La doctorante allemande Giulia Enders

La doctorante allemande Giulia Enders

« Peuplée de billions de bactéries, notre flore intestinale [ou “microbiote”, ndlr] est aussi vitale pour notre bien-être que l’oxygène et l’eau », écrit-il. Elle nous aide à absorber les nutriments, neutralise les toxines de notre alimentation, produit des substances indispensables au fonctionnement de notre cerveau, notre cœur ou notre foie, régule notre sommeil et nous protège contre les bactéries pathogènes, virus et autres parasites. « Dans un intestin sain, les bonnes bactéries ne sont pas des envahisseurs qui se nourrissent et se logent gratuitement », écrit le médecin. D’après lui, celles-ci influeraient sur « le risque de développer des maladies mentales, mais également un cancer, de l’asthme, des allergies alimentaires, du diabète… »

Le spécialiste n’hésite d’ailleurs pas à comparer ces « créatures fascinantes » à des superhéros ! À l’inverse, les bactéries pathogènes nous conduiraient à libérer des molécules inflammatoires et des hormones de stress et auraient tendance à nous rendre plus sensibles à la douleur lorsqu’elles sont en surnombre.

Chouchouter son microbiote

Jugé capable de communiquer avec notre système nerveux et notre tête, notre intestin est maintenant qualifié par certains spécialistes de « deuxième cerveau ». D’ailleurs, il agit directement sur notre humeur puisqu’il produit notamment 80 à 90 % de notre sérotonine, également appelée l’hormone du bonheur ! Non content de jouer avec nos nerfs, il influerait aussi sur notre poids et renfermerait 80 % de notre système immunitaire. « Notre flore peut nous soigner comme nous empoisonner », résume Giulia Enders dans l’amusant Charme discret de l’intestin. Pour préserver sa santé, mieux vaudrait donc chouchouter les bonnes bactéries de notre microbiote. La clé ? Adapter son alimentation pour cultiver la diversité de ces invisibles locataires et les protéger des agressions extérieures.

Pas nés sous la même étoile

Plusieurs études l’attestent : les enfants nés par césarienne ou nourris avec du lait en poudre auraient plus de chances de développer des maladies au cours de leur vie (diabète, allergies, obésité…). Ces bébés sont en effet privés des bonnes bactéries transmises par la mère lors d’un accouchement par voie naturelle ou via le lait maternel (bourré de prébiotiques). Dès 7 ans, toutefois, cette différence de composition de la flore intestinale s’est estompée.

Probiotiques et prébiotiques, même combat

En la matière, une petite cure de probiotiques ne fait jamais de mal. Vendues en pharmacie sous forme de comprimés, ces bactéries amies se trouvent naturellement dans de nombreux aliments fermentés : yaourt, kéfir (au lait ou à l’eau de coco), choucroute, corned-beef, poisson ou légumes marinés dans une saumure (épicée ou non) ou, pour les plus aventuriers, œufs dits « de cent ans »…

Pour fidéliser cette clientèle au sein de notre intestin, ensuite, rien de tel qu’une alimentation riche en prébiotiques. Les bonnes bactéries en raffolent ! Leur péché mignon ? Les fibres alimentaires (qui augmentent le volume du bol alimentaire et facilitent le transit). Or nous autres Européens, n’en consommons que 15 grammes par jour, contre les 30 recommandés ! Parmi ces mets « tout bénef » qui n’intéressent pas les mauvaises bactéries : asperges, artichaut, poireau, topinambour, bananes vertes, ail, oignon, seigle, avoine, salsifis, endive ou encore pomme de terre et riz transformés en amidon résistant (salade de patates, sushis, makis…).

Eviter les glucides, favoriser les bonnes graisses

« Plus nous consommons de sucres, plus le microbiote devient malade », allègue par ailleurs le Dr Perlmutter qui plaide en faveur d’un régime pauvre en glucides ou en céréales et riche en oméga-3 (poisson, huile d’olive) qui, toujours selon lui, limiterait les risques d’inflammation (responsable de nombreuses pathologies). Inutile toutefois de verser dans le régime surprotéiné. « La viande et les produits animaux doivent être un accompagnement », tempère ce neurologue, véritable pape de l’antigluten outre-Atlantique. Son plat principal idéal ? « Une assiette surtout composée de fruits et de légumes poussant au-dessus du sol, accompagnée de protéines. »

Chocolat, vin, thé et café sont nos alliés

Bourrés de polyphénols, thé, vin, café et chocolat sont, quant à eux, « les meilleurs remèdes naturels pour la santé des bactéries intestinales », toujours selon le spécialiste américain, qui invite toutefois à consommer avec modération les trois derniers. Afin de préserver notre intestin du chlore et autres substances chimiques, il recommande par ailleurs d’équiper ses robinets de filtres à eau domestique.

Pédale douce sur antibio et les ménage

Halte enfin aux excès de zèle qui pourraient inutilement faire trépasser ces indispensables invités avant qu’ils ne sonnent à la porte de notre intestin. « La propreté ne consiste pas à exterminer toutes les bactéries, explique Giulia Enders. C’est un équilibre sain entre une quantité suffisante de bonnes bactéries et une petite dose de mauvaises. » Cette doctorante allemande est catégorique : « Plus les standards d’hygiène sont élevés dans un pays, plus il y a d’allergies et de maladies auto-immunes ».

Son conseil ? Bannir les produits désinfectants (sauf gros dégâts du chien sur le tapis, par exemple). Avec de l’eau et une goutte de nettoyant ménager, en effet, on élimine déjà « 90 % des bactéries au sol ».

Prudence également avec les antibiotiques. En détruisant des communautés entières de bactéries, ces derniers déséquilibrent notre flore intestinale. De plus, leur utilisation inconsidérée crée des résistances qui, à terme, nous mettent tous en danger. À n’utiliser donc que lorsque c’est nécessaire.

Des bactéries qui font grossir

Certains chercheurs en sont convaincus : une flore intestinale déséquilibrée augmenterait notre tour de taille. Tandis que certaines bactéries agiraient directement sur notre appétit, d’autres tireraient plus de substance d’une même quantité de nourriture. Enfin, d’autres encore ralentiraient notre métabolisme (nous faisant brûler moins de calories) et nous pousseraient à stocker la graisse.
À l’inverse, certaines bactéries augmenteraient notre « bon cholestérol » tandis que d’autres feraient baisser le « mauvais ».

Notre intestin héberge jusqu’à 2 kg de bactéries soit 500 g de plus que notre cerveau

À LIRE

livre 1livre 2« L’intestin au secours du cerveau »,
de David Perlmutter, aux éditions Marabout, 2016, 19,90 €.

« Le charme discret de l’intestin »,
de Giulia Enders, aux éditions Actes Sud, 2015, 21,80 €.

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