Christian Signol : “J’adore contempler la nature !”

Christian Signol

© Hannah Assouline / Albin Michel

Admirateur de Jean Giono et Jim Harrison, Christian Signol est, comme ces deux géants de la littérature, un homme qui contemple la nature.

 

Entretien avec un écrivain qui donne du bonheur à ceux qui ont la nostalgie de leur jeunesse.

 

France Dimanche (F.D.) : Comme d’habitude, vous tenez un best-seller avec Nos si beaux rêves de jeunesse

Christian Signol (C.S.): Mon livre est sorti en novembre et il est classé parmi les meilleures ventes, comme chacun de mes ouvrages depuis plus de trente ans. C’est miraculeux !

 

F.D. : Vous êtes modeste. Vos romans se vendent mieux que certains prix Goncourt !

C.S. : Ils ont le même succès que ceux de Bernard Clavel ou Robert Sabatier. La différence, c’est que pour moi, cela dure depuis plus longtemps. Une réussite qui me donne la liberté d’écrire. C’est mon luxe.

 

F.D. : Vous n’avez jamais reçu de prix littéraire…

C.S. : Les prix s’adressent à une élite, moi, au grand public. J’aime beaucoup Maurice Genevoix qui a obtenu le prix Goncourt, en 1925, avec Raboliot. Mais je suis surtout admirateur de Giono dont je partage la formule : « La terre n’appartient pas à ceux qui la possèdent, mais à ceux qui la contemplent. » J’habite en ville, à Brive-la-Gaillarde (Corrèze), et j’ai une maison de campagne dans les causses de Dordogne, derrière Martel, d’où j’adore contempler la nature. C’est de là que je vous appelle. J’écris chaque matin, et je vis le reste du temps.

 

F.D. : Comme Jim Harrison, l’écrivain américain qui écrit dans une cabane au bord du Lac Supérieur, vous aimez pêcher…

C.S. : Oui. Je l’ai rencontré une fois, boulevard du Montparnasse, je lui ai servi de guide. J’aime cet auteur et je suis un écrivain du groupe des Nature Writing [auteurs amoureux de la nature, ndlr]. En Corrèze, je suis chez moi, j’y suis né. C’est un monde naturel qui m’est naturel.

 

F.D. : Vous plantez des arbres… Êtes-vous écologiste ?

C.S. : L’écologie est trop politisée. Pour moi, il s’agit d’une pratique. Et j’ai en effet planté des chênes truffiers… qui ne donnent pas de truffes faute d’entretien.

 

F.D. : Vous avez écrit des scénarios…

C.S. : Oui, mais, comme Faulkner, mes scénarios ont rarement été jusqu’au bout, et quand ils ont été adaptés, ils n’ont pas ressemblé à ce que j’avais imaginé. L’idéal aurait été de les adapter moi-même à l’écran, comme l’ont fait Giono et Pagnol. À notre époque, ce n’est plus envisageable, il faudrait un million et demi d’euros !

 

F.D. : Josée Dayan a adapté votre trilogie La rivière espérance (1990) pour la télévision. Vous vous êtes senti trahi ?

C.S. : Ce n’est pas comme cela que j’avais imaginé mes personnages, bien sûr. C’est assez difficile d’adapter un livre en film, ce ne sont pas les mêmes écritures. Et cela ne tenait pas aux acteurs, Élisabeth Depardieu et Jean-Claude Drouot, qui étaient excellents.

 

F.D. : L’histoire de Mélina et Étienne, qui s’arrête en septembre 1939, aura-t-elle une suite ?NOS_PLUS_BEAUX_REVES_DE_JEUNESSE_SIGNOL

C.S. : Oui, Se souvenir des jours de fête sera en librairie dès le 7 avril prochain.

 

Exode rural et Front populaire

Avec Nos si beaux rêves de jeunesse, Christian Signol fait des infidélités à sa chère Corrèze.
L’action de son trente-cinquième roman se situe au bord de la Garonne.
Étienne et Mélina sont contraints de quitter leur petit village situé entre Agen et Castelsarrasin pour trouver du travail à Toulouse. L’époque choisie est celle du Front populaire, des premiers congés payés, de l’exode rural.

L’auteur nous livre une histoire d’amour entre un ouvrier imprimeur syndicaliste, nostalgique de son petit village, et « Lina », la vendeuse qui a rêvé de vivre en ville et fuir une existence étriquée, coincée entre une mère paralytique et un père odieux.

 

« Nos si beaux rêves de jeunesse », de Christian Signol, aux éditions Albin Michel, 21,50 €.

 

Dominique Préhu