« La renverse », d’Olivier Adam

Olivier Adam

David Ignaszewski / Koboy ©Flammarion

 

Comme souvent avec le romancier, Olivier Adam, la finesse de l’écriture nous fait découvrir l’existence glauque de personnages ordinaires, attachants ou révoltants, mais terriblement humains.

 

Antoine, le narrateur, est employé dans une librairie de bord de mer et apprend à la télévision le décès de Jean-François Laborde, maire de sa ville natale, l’homme par qui le scandale est arrivé.
Mi-DSK, mi-Georges Tron (premier magistrat de Draveil et accessoirement fétichiste des pieds), ce notable, un temps ministre, fut jadis poursuivi pour harcèlement sexuel par deux de ses employées. Un édile qui ne pouvait organiser ses petites sauteries sans son adjointe et maîtresse, qui n’est autre que la mère d’Antoine.

Grâce à leurs relations, les deux pervers bénéficieront d’un non-lieu, salissant au passage les victimes avec un cynisme total.
Un roman fort, grâce auquel nous vivons la déflagration familiale qui pulvérise la vie d’Antoine et de son jeune frère, victimes collatérales de ce scandale sexuel.
Car tel est bien le moteur de cette histoire, sordide mais fluide : comment survivre au regard des autres quand on est des enfants de salauds (et de salope !). Comment échapper à la culpabilité de ses parents et accepter l’injustice d’une impunité achetée ?

Camille, le jeune frère du héros, se réfugie chez une tante après être tombé à la renverse suite à une gifle de son père pour avoir accusé sa mère de leur « foutre la honte dans la ville entière ».

Antoine tente d’affronter le scandale. Ou de l’éviter. À 17 ans, il est abandonné par un père bafoué prêt à tout pour récupérer sa femme qui est devenue folle à la suite de la perte de son amant.

Entre dénis et non-dits, il finit par fuir, avant d’être rattrapé, dix ans plus tard, par la mort du « pourri » et de retourner sur les lieux du crime.

Pour laver cette salissure impossible à nettoyer, comme les tags injurieux sur le mur de leur pavillon de banlieue ? Reverra-t-il ses parents ? Sont-ils encore vivants ? Retrouvera-t-il Laetitia, sa compagne de fugue, fille du maire indigne, disparue un beau jour sans explications ?

 

Ressac

 

Nous retrouvons les amours impossibles chères à l’auteur : amours destructrices car à sens unique. Celui d’un mari trompé et humilié qui protège sa femme envers et contre tous, niant en public toute relation autre que purement professionnelle avec le sénateur-maire. Celui d’une femme aveuglée d’ambition et de dévotion pour une caricature de politique poujadiste. Celui d’Antoine pour Laetitia.
La renverse d'Olivier Adam
Et enfin, le plus terrible : le désamour de parents pour leurs enfants dans une banlieue triste et impersonnelle. Comment ne pas tomber à la renverse devant un tel tableau ?

 

Jouant à merveille du double sens, Adam nous donne en exergue une définition maritime de son titre La renverse, synonyme de mer étale. Pourtant, chaque paragraphe fait plutôt l’effet d’un ressac.

Entre fuites en avant et retours en arrière, aucune digue n’est assez solide pour empêcher la remontée d’un trauma d’adolescent conté par cet orfèvre de mots passants et renversants.

 

Yves Quitté

 

« La renverse », d’Olivier Adam, aux éditions Flammarion, 19 €.