« Les ailes du désespoir », de Roselyne Durand-Ruel

Roselyne Durand-Ruel

©Julien Chatelin

 

Avant de devenir romancière, l’auteure a vécu trente ans à Hongkong. Elle y a tenu quinze boutiques de vêtements qu’elle avait elle-même fondées, puis s’est spécialisée dans la vente de bijoux. Un métier auquel elle a renoncé après avoir été victime de cambrioleurs.

“J’ai longtemps eu la conviction d’être juive !”

 

 

« Comme je dépensais tout mon argent dans l’achat de meubles et d’objets anciens, je suis devenue antiquaire. » C’est donc tardivement qu’elle a décidé de prendre la plume. Ce qu’elle regrette : « J’ai toujours eu beaucoup d’imagination. J’aurais dû me mettre à écrire des romans plus tôt, cela m’aurait évité bien des mésaventures. »

 

Anxieuse

 

Mais qu’est-ce qui a bien pu l’inciter à sauter enfin le pas ? « Ce sont les événements du 11 septembre 2001 qui m’ont influencée, nous a confié Roselyne Durand-Ruel. Je me trouvais à New York peu après ce drame pour participer à un salon des antiquaires. L’Armory Show, où cet événement aurait dû se dérouler, avait été confisqué par l’armée américaine.
L’émotion, l’horreur étaient encore palpables. J’ai eu l’impression d’une fin du monde. Le jour des attentats, j’ai senti que mon univers s’était écroulé. Comme je suis en plus une anxieuse de nature, ma famille a tout fait pour me rassurer. […] J’ai élaboré la trame de ce roman à New York, huit ans après l’attentat du World Trade Center.
Je n’avais jamais imaginé que ce livre, qui a été rédigé avant le 7 janvier 2015, sortirait dans un contexte aussi sanglant. […] J’ai trouvé étrange qu’aucun des proches des 2.750 victimes n’ait été tenté de venger ses morts.
Les ailes du désespoir, Roselyne Durand-Ruel

Je me suis demandé ce que j’aurais fait. Et je me suis glissée dans la peau de David, mon personnage, d’autant plus facilement que j’ai longtemps eu la conviction d’être juive tant j’étais en empathie avec ce peuple et ses souffrances. Mon fils a même fait des recherches mais il ne nous a pas trouvé d’ancêtres juifs. »

 

Un sentiment qui explique en partie l’intrigue du roman. La vie de David se brise lorsqu’il perd sa femme, le 11 septembre 2001, dans l’attentat contre les tours jumelles de New York. Fou de chagrin, inconsolable, lui, le juif, décide de venger Alia, la musulmane, et va infiltrer les réseaux terroristes.

 

Et Roselyne ne cache pas son faible pour son personnage : « Mon héros n’a peur de rien, il va au bout de ses engagements. C’est un homme comme je n’en ai jamais rencontré. Je suis démodée, je suis contre la tiédeur. »

 

Dominique Préhu

 

« Les ailes du désespoir », de Roselyne Durand-Ruel, éditions Albin Michel, 21,50 €.