Philippe Claudel : A la vie, à la mort…

Philippe Claudel

© Hervé Thouroude

 

Il nous revient avec L’arbre du pays de Toraja, une très belle méditation sur la vieillesse, la force de vivre, de durer, sur la mort et cette capacité de survivre quand l’autre a disparu.

 

Nous avions rencontré l’auteur des âmes grises, lors de Livre Paris en mars dernier. Il nous avait fait partager ses joies et ses peines. Celle notamment causée par le décès de Jean-Marc Roberts, ami très cher et éditeur du romancier, qui du reste lui a inspiré le héros de son roman, Eugène, victime d’un cancer.

 

Pour Claudel, l’ami n’est plus mais demeure cependant, ainsi que tous les êtres aimés disparus, gravés dans son cœur, dans sa mémoire. Un regret : que la mort soit aujourd’hui un sujet tabou que l’on cherche à gommer car elle effraie. « Dans mon enfance, on apprivoisait la mort. On invitait des amis, on veillait les défunts pendant une semaine. Maintenant, on leur offre des funérailles expresses », déplore-t-il.

 

Très jeune, l’auteur a été confronté à la « grande faucheuse » : « J’ai grandi face à un cimetière. Et ça me plaît aujourd’hui de savoir que je reposerai face à ma maison et à mon enfance », confie-t-il malicieusement.

 

S’il ne redoute pas le moment où il devra tirer sa propre révérence, le romancier craint la mort de ceux qui lui sont proches. Il a accompagné, jusqu’à leur dernier souffle, trois membres de sa famille atteints d’Alzheimer. Une expérience qui nourrit sa réflexion sur « apprendre à mourir », « la force qu’ont les hommes à durer ».

L'abre du pays Toraja, Philippe Claudel

Depuis sa jeunesse, le romancier a beaucoup donné de son temps aux personnes âgées isolées et qui souffrent. « Jeune, j’allais dans les maisons de retraite pour faire des spectacles. à l’époque, ces vieux messieurs et ces vieilles dames étaient là car ils avaient envie de communiquer les uns avec les autres. Maintenant, ce sont des lieux de grand silence, qui n’est pas encore la mort », regrette-t-il.

 

Face à ces personnes en fin de vie, Philippe Claudel s’interroge sur sa propre vieillesse et sur les conséquences engendrées par un corps usé par les années. « Personne n’est constitué de pièces d’origine. On établit des stratégies pour gommer le temps qui passe. Si l’on vit mieux après s’être refait le visage, tant mieux ! », déclare-t-il.

 

Néanmoins pour l’écrivain, il est inutile d’avoir peur de vieillir : « à chaque âge, on est en droit de trouver un bonheur nouveau. J’avance dans la vie avec sérénité. Ce n’est pas la mort qui gagne, c’est le vivant », affirme-t-il, dans une belle leçon d’optimisme. Un bonheur qui, selon lui, passe avant tout par le besoin inné d’aimer et d’être aimé. « L’amour est la boussole de notre vie », conclut-il joliment.

 

Gwenaëlle Keskaven

 

L’arbre du pays de Toraja, de Philippe Claudel, éd. Stock, 18 €.