Pokémon Go : La Pokémania est arrivée en France !

Alban au Louvre. Photo : Jérôme Mars

Alban au Louvre. Photo : Jérôme Mars

 

Les drôles de créatures japonaises lancées par Nintendo il y a vingt ans, les Pokémon ont repris une nouvelle vie et, par la magie des smartphones, envahissent les rues et les forêts de notre pays.

 

 

Soudain, dans les allées des Tuileries, une créature à la crête rouge, aux yeux globuleux et au sourire sardonique se réfugie dans le giron généreux d’une statue aux courbes voluptueuses et lascives. C’est un Pokémon. Les touristes aux alentours, allongés sur l’herbe après avoir traqué La Joconde au musée du Louvre, tout proche, ne semblent pas conscients du danger qui les guette.

Mais un homme, lui, a repéré le petit monstre. Avec ses boucles d’oreilles, son short en jeans et sa chemise ouverte sur un tee-shirt, Alban, 30 ans, se fond dans la foule. Ne vous fiez cependant pas aux apparences, ce garçon mène une double vie. Photographe de profession, il se mue, le soir venu, en un chasseur impitoyable. D’un geste sûr, il cible sa proie avant de lui lancer une boule de feu qui atteint en plein cœur la créature démoniaque !

En lisant ces lignes certains doivent se demander si leur auteur n’a pas abusé de substances hallucinogènes. Pourtant, je vous jure sur la tête de Pikachu qu’il n’en est rien ! Nous suivons juste l’un des nombreux adeptes d’un jeu devenu un phénomène mondial : Pokémon Go. Et un smartphone suffit pour entrer dans la danse.

Manga

Pokémon« C’est très simple, explique Alban. Il faut juste télécharger une application gratuite, sur l’App Store si vous avez un iPhone ou sur la Play Store d’Android pour les autres modèles. Le jeu utilise les images de Google Street View, qui a en mémoire les rues du monde entier. »

L’application, conçue par la start-up américaine Niantic, transforme votre univers en associant le GPS, pour localiser les personnages, et la caméra de votre téléphone, avec le système de « réalité augmentée », qui intègre des êtres virtuels dans un monde bien réel. De fait, vous avez le sentiment de vous promener au sein d’un dessin animé !

Et le coup de génie de Nintendo, la marque japonaise qui exploite ces personnages issus d’un manga vieux de plus de vingt ans, a été de tabler sur la nostalgie de toute une génération. « Quand j’avais 10 ans, explique Alban, je jouais aux Pokémons sur ma console, je collectionnais les cartes. Et là, on me donne la chance de réaliser un rêve de gosse, de devenir Sacha [le héros du jeu, ndlr]. C’est vraiment sympa, mais j’avoue que ça m’a donné un coup de vieux. »

Pas question cependant pour lui de se battre pour devenir le meilleur lanceur de Pokéballs (les fameuses boules de feu que l’on lance en exerçant une simple pression sur un bouton). « Je joue en allant et en revenant du boulot, précise-t-il. Mais je ne vais pas passer mes week-ends à poursuivre les spécimens que l’on ne trouve que dans l’eau ou ceux qui traînent dans les forêts. »

Même son de cloche chez Gwenaëlle, 23 ans, assistante vétérinaire en banlieue parisienne : « Je ne suis pas accro aux consoles vidéo. Mais là, c’est toute ma jeunesse, je connaissais même la chanson du jeu par cœur, raconte-t-elle. Alors, dès que j’ai un moment, je sors mon téléphone. Par exemple, hier, je suis arrivée en avance au travail. Au lieu de poireauter jusqu’à l’ouverture, je suis partie chasser. Et le soir, plutôt que d’attendre mon compagnon affalée devant la télé, je sors. Cela m’oblige à faire de l’exercice. Je me suis même amusée à faire le calcul : j’ai parcouru 16 km avec l’application. En plus je n’ai plus l’impression de perdre mon temps. »

Les deux joueurs se retrouvent aussi pour vanter un autre mérite de Pokémon Go. « Cela permet de faire de rencontres, précise Alban. On s’entraide, on se donne des tuyaux. C’est vraiment sympa. » Gwenaëlle renchérit : « Deux de mes collègues et mon compagnon s’y sont mis aussi, du coup, on forme une petite communauté. » Preuve de cette solidarité, nombre de sites internet fournissent des cartes, actualisées en temps réel, pour aider les chasseurs à traquer leurs proies.

Alban à l'Arc de Triomphe. Photos : Jérôme Mars

Alban à l’Arc de Triomphe. Photos : Jérôme Mars

Si Alban et Gwenaëlle cherchent le plaisir et non la gloire, certains sont prêts à tout sacrifier à leur passion. Ainsi Nick Johnson, un New-Yorkais de 28 ans, a été le premier, en tout juste deux semaines, à capturer l’ensemble des 142 créatures lâchées dans la nature par Nintendo et a parcouru pas moins de 10 km par jour pour réaliser cette prouesse.

Pour gagner, le champion vous recommande de courir droit devant vous, de regarder sans cesse votre montre (car certains Pokémons rares n’apparaissent que toutes les demi-heures) et de prévoir une batterie de secours, le jeu étant très gourmand en énergie. Comme il ne s’agit pas seulement de chasser mais aussi de dresser vos petits monstres, ce cador vous conseille aussi d’acheter des incubateurs pour vos œufs ! Eh oui, devenir un pro de cette discipline est une activité à plein-temps.

Attraper les sous !

Vous devez dénicher des Pokéstops pour faire le plein d’encens (qui attirera à vous ces drôles de petites bêtes), de baies pour les amadouer, des couveuses pour les aider à grandir avant de les lancer dans des arènes virtuelles où elles affronteront les cheptels de vos adversaires. Pour progresser plus vite, certains paient, en argent bien réel, des Poképièces (100 pour 1 € et 14 500 pour 100 €), afin de s’offrir les outils nécessaires à leur triomphe. Un triomphe qui ne leur rapportera pas un sou. Tout juste gagneront-ils à être connus.

Mais Pokémon Go n’est pas qu’un jeu pour tout le monde. Chez Nintendo, il consiste surtout à attraper les (gros) sous ! Le jour du lancement, l’action de la société nipponne a gagné 120 %. Et devant le succès planétaire de cette initiative (au 24 juillet, plus de 30 millions de personnes avaient déjà téléchargé l’application), d’autres entreprises ont flairé le bon coup.

Un Pokémon s'est caché dans le Jardin des Tuileries

Un Pokémon s’est caché dans le Jardin des Tuileries

« McDonald’s a payé pour que l’on place des Pokémon dans 2 900 de leurs restaurants, explique Alban. La chaîne de yaourts glacés 16 Handles a suivi le mouvement. Et l’on peut imaginer qu’un petit commerçant verse une somme minime pour s’en offrir un ou deux et attirer ainsi des clients. »

Cette variante mondialisée et numérique des chasses au trésor que l’on faisait autrefois, à pied ou en voiture, résolvant des énigmes pour dépister le Graal, suscite l’inquiétude de certains. La Police nationale a diffusé des avertissements invitant les joueurs à lâcher leur smartphone en voiture. Dans l’Ain, une « dresseuse », qui zigzaguait sur l’autoroute A4, a déjà été arrêtée. Quant aux piétons, ils doivent regarder autour d’eux. Pour l’avoir oublié, un homme a fait une chute de trois mètres.

La charge de près d’un millier d’adeptes dans un parc bordelais, attirés par la présence de Pokémon « légendaires » dans un bosquet voisin, n’a en revanche fait aucun blessé. Alors certes, à l’étranger, des joueurs ont fini au QG madrilène de la garde civile espagnole. Deux Japonais ont emprunté à pied un des tunnels les plus dangereux de Barcelone. Et les militaires hongkongais ont dû interdire l’accès à leur caserne.

Reste que ceux d’entre vous qui craindraient de devenir le gibier d’une horde de fous furieux armés d’un téléphone peuvent dormir tranquilles. Les chasseurs ne sont pas obligés de tirer à bout portant pour neutraliser les Pokémon. Ces balles sont virtuelles. Vous n’aurez donc pas besoin d’assurer vos arrières…
Claude Leblanc