Adieu Jean-Claude Bouillon : L’inoubliable commissaire Valentin nous a quittés…

JC Bouillon

Devenu célèbre dans la France entière grâce à la série Les brigades du Tigre, le comédien Jean-Claude Bouillon a succombé à un cancer le 31 juillet dernier. Il avait 75 ans…

 

Il y a des mots dont la puissance évocatrice traverse intacte les années. Ainsi, Les brigades du Tigre évoquent-elles aux plus de 50 ans des hommes en col dur, et chapeau melon, arborant moustache cirée, assis au volant d’une De Dion-Bouton à bout de souffle ou d’une Panhard & Levassor pétaradante.

En dehors de ses intrigues palpitantes, l’un des grands charmes de cette série, diffusée à la télévision de 1974 à 1983, était justement ce côté « sépia », qui la faisait paraître tout à fait intemporelle et ses personnages, éternels.

Les héros l’étaient sans doute, éternels, mais hélas pas leurs interprètes. Lundi 31 juillet, presque en même temps que Jeanne Moreau, s’éteignait Jean-Claude Bouillon, à 75 ans, après une lutte acharnée contre le cancer qui le minait. Le fameux commissaire Valentin, des non moins fameuses Brigades du Tigre, n’était plus.

->Voir aussi – Jean-Claude Bouillon : Toujours au cinéma !

S’il a beaucoup tourné pour le cinéma, Jean-Claude Bouillon restera dans notre souvenir avant tout comme un formidable acteur de télévision. Ce n’est d’ailleurs que justice, puisque c’est le petit écran qui lui a transmis le virus de la comédie, comme il l’expliquait en 2011 dans Télé-Loisirs : « C’est en découvrant la télévision qu’est née ma vocation. C’était un soir de réveillon, dans les années 50. Pour être tranquilles, les adultes avaient collé les enfants devant le poste. En regardant pour la première fois Cyrano de Bergerac, j’ai su que je voulais être acteur ! »

Mais pas question de le dire à son père, boucher dans un village de l’Eure. « Alors, j’ai pris des cours et je suis monté sur les planches en douce, jusqu’au jour où le curé du village, de passage dans la capitale, m’a vu sur scène et a vendu la mèche ! » Les rôles étaient alors rares et les cachets minces : « Puis, un jour, quelqu’un d’autre m’a vu sur scène et m’a proposé de faire du cinéma. C’était un certain Jean-Luc Godard… »

Commencer devant la caméra de Godard, voilà qui aurait pu le conduire vers une carrière exclusivement cinématographique… et passablement « intello ». Mais, après quelques années durant lesquelles Jean-Claude galère un peu, sans jamais perdre la foi en son métier, la télévision va lui faire prendre un brusque virage, grâce aux Brigades. Pourtant, cette série qui va décider de tout son destin, il n’aurait jamais dû y participer : pour qu’il devienne l’inoubliable commissaire Valentin, il a fallu… que la femme du futur réalisateur ait un accident !

Les célèbres héros des "Brigades du Tigre" : Valentin, Pujol et Terrasson.

Les célèbres héros des « Brigades du Tigre » : Valentin,  Terrasson et Pujol.

« À cause d’une jambe cassée, elle était clouée dans une chambre, en Allemagne, sans autre distraction que la télé, a raconté l’acteur. C’est comme ça qu’elle m’a vu, dans une série que j’avais tournée là-bas, Alexander Zwo. Aussitôt, elle a appelé son mari, Victor Vicas, qui avait pourtant achevé la distribution des rôles pour Les brigades, afin de lui suggérer de me faire jouer Valentin. Et voilà ! »

La série durera neuf ans et s’étalera sur 36 épisodes, emballant des millions de téléspectateurs. Pour Jean-Claude Bouillon, ce sera aussi le début d’une très belle amitié, qui n’a pris fin qu’avec sa propre mort, lundi dernier : celle qui l’a lié à Jean-Paul Tribout, l’interprète de l’inspecteur Pujol dans Les brigades du Tigre.

Théâtre

Devenu directeur du Festival des jeux de théâtre de Sarlat, Jean-Paul Tribout, 76 ans, (alias Pujol) a été douloureusement frappé par la disparition de son vieil ami, comme il l’a confié au journal Sud-Ouest : « Nous sommes toujours restés proches. On s’appelait toutes les semaines. Je l’ai eu pour la dernière fois au téléphone il y a deux jours. […] Au bout de dix ans de tournage des Brigades, on était devenus presque une famille. On a vu nos enfants grandir ensemble… »

Des enfants, Jean-Claude Bouillon en a eu deux, à qui nous adressons nos plus sincères condoléances : Alexandre, qui a aujourd’hui 47 ans, et Bérénice, née en 1981 ; deux prénoms très raciniens choisis par un amoureux de théâtre. Car s’il devait sa célébrité à la télévision, s’il n’a pas été malheureux au cinéma, sa vraie passion, c’était les planches.

De fait, de Marivaux à Sartre, en passant par Tchekhov, Julien Green, Sacha Guitry et bien d’autres, cet acteur passionné aura joué la plupart des grands auteurs de théâtre, au fil des décennies.

Passion

Cette passion s’est trouvée encore renforcée, au milieu des années 80, lorsque Ghislaine a fait irruption dans la vie de Jean-Claude Bouillon.

« Nous nous sommes connus dès notre arrivée à Paris, se souvenait Jean-Claude dans Ciné-Revue, en 1999. Elle était marseillaise, moi normand, et nous avions en commun ce rêve de réussir dans la capitale. Nous nous sommes mariés chacun de son côté… et retrouvés quinze ans après ! À ce moment-là, Ghislaine travaillait dans l’immobilier. Pour se faire de l’argent, l’un des élèves de mon cours de théâtre bossait dans son agence. Il lui a parlé de moi et elle est venue m’attendre à la sortie du cours. C’est comme ça que le conte de fées a commencé. »

Un conte de fées qui s’est tristement terminé en même temps que ce mois de juillet, à Marseille, lorsque Ghislaine a fermé pour toujours les yeux de son « Valentin ».

Valérie Bergotte