Festival
 de Cannes : Des scandales à gogo !

Festival de Cannes
Alors que le festival de Cannes célèbre ses 70 ans, l’occasion est trop belle de revenir sur les nombreux  coups de théâtre  qui ont émaillé son histoire…

 

Le 70e Festival de Cannes n’est pas encore ouvert – l’inauguration aura lieu ce mercredi 17 mai –, qu’il bruisse déjà d’une méchante polémique. Cette dernière concerne l’affiche, sur laquelle on voit une Claudia Cardinale dansant sur les toits de Rome. Seulement voilà : l’image a été retravaillée par Photoshop interposé ! Pas seulement pour gommer les arrière-plans ou remonter une mèche de cheveux, mais aussi pour affiner la silhouette de la star, ce qui a déclenché la colère de nombreux internautes qui ont hurlé à la triche !

Mais l’actrice italienne a aussitôt et vertement répondu à leurs attaques : « Cette image a été retouchée pour accentuer cet effet de légèreté et me transposer dans un personnage rêvé, c’est une sublimation ! » Bon, bon, si c’est elle qui le dit…

De toute façon, il faut en prendre son parti : des polémiques, et même de véritables scandales, il y en a quasiment chaque année depuis la création du Festival de Cannes. C’est un peu – en plus petit, quand même… – comme la malédiction d’Adam et Ève, qui continue de peser sur nous autres. Si on voulait relater tous ces scandales, un numéro entier de votre magazine préféré y suffirait à peine ! Mais même en se limitant aux plus retentissants, il y a déjà de quoi faire, vous allez voir…

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D’abord, il y a scandale et scandale : entendez qu’ils ne sont pas tous de même nature. Nous pouvons par exemple commencer par ce que nous appellerons les « scandales artistiques », c’est-à-dire liés aux films eux-mêmes. Le plus récent date de 2015. Cette année-là était présenté à Cannes un film de Gaspar Noé intitulé Love. Le sulfureux réalisateur annonçait clairement la couleur, puisqu’il déclarait espérer que son film allait « faire bander les mecs et pleurer les filles. » Évidemment, l’inverse aurait été plus surprenant… Mais enfin, cette espèce de mélo porno a largement suffi à engendrer des tsunamis d’indignation et de rejet chez les internautes. Ce n’était d’ailleurs que le dernier d’une longue série.

Car dans le domaine obscène et ultraviolent, Cannes en a vu de toutes les couleurs (avec une nette préférence pour le rouge sang…) : depuis la jeunesse dévoyée et le sida (Kids, en 1995), le viol (Irréversible, 2002), jusqu’aux strangulations érotiques (L’empire des sens, 1976) et à l’automutilation aux ciseaux (Charlotte Gainsbourg dans Antichrist, de Lars von Trier, 2009), en passant par les copulations d’accidentés de la route (Crash, de David Cronenberg, 1996), le festival cannois a eu son compte de films gore !

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Sans parler du Viridiana de Luis Buñuel (1961), pour lequel le Vatican cria au sacrilège et au blasphème, ou de la célèbre Grande bouffe de Marco Ferreri (1973), qui fit vomir, au sens propre aussi bien qu’au figuré !, un certain nombre de malheureux spectateurs. La palme (si l’on peut dire…) revient peut-être, en 1986, au Diable au corps de Marco Bellochio, film durant lequel on pouvait voir la très belle Marushka Detmers se livrer « sans trucage » à une torride fellation.

Attentat à la pudeur

Ce qui soulevait l’indignation dans ces films, c’est que chacun à sa manière représentait une sorte d’attentat à la pudeur communément admise. Mais, à Cannes, il n’y a pas que sur les écrans que la pudeur est malmenée ! D’où un certain nombre de scandales, pour de vrai ! Le plus retentissant fut également le premier. Il fut également le plus triste dans ses suites.

En 1954, une jeune starlette, Simone Silva, croit avoir trouvé le moyen de lancer sa carrière. Sachant que Robert Mitchum doit revenir par bateau des îles de Lérins, elle le guette aux abords du port, vêtue d’un simple bikini. Et, dès que l’acteur américain apparaît, elle se dépêche d’enlever le haut et se précipite sur lui, son opulente poitrine offerte à tous les regards… et aux objectifs des photographes qui s’empressent de la mitrailler !

Pris de court, Robert Mitchum est bien tenté de plaquer ses deux mains sur les seins de cette pulpeuse inconnue, dans le but (dira-t-il ensuite) de les soustraire à la convoitise des uns et des autres. Dès le lendemain, la photo est dans tous les journaux, évidemment…Ce sera lui, Mitchum, la première victime de l’incident car, rentré aux États-Unis, il aura toutes les peines du monde à convaincre de sa bonne foi son épouse ivre de jalousie ! Mais l’épilogue est, lui, terrible. Car après avoir été célèbre durant quelques jours dans le monde entier, Simone Silva retombe dans l’anonymat dont elle avait cru sortir grâce à son coup d’éclat. Aucun producteur de cinéma ne veut entendre parler d’elle et, désespérée, elle finit par se suicider.

Évidemment, aujourd’hui, il ne suffit plus d’une paire de seins pour affoler la Croisette. Surtout depuis que, à deux pas du Festival, se tiennent les Hots d’or, c’est-à-dire son équivalent pour le cinéma X : là, ce qui choquerait sans doute, ce serait de rencontrer une « star habillée ».

Pourtant, il y eut encore un sein pour émouvoir le monde : celui que Sophie Marceau dévoila bien malgré elle en 2005, la bretelle de sa robe ayant lâché au moment où elle foulait le fameux tapis rouge. Il y eut des gens pour murmurer que ce n’était pas un accident, que ce dévoilement avait été minutieusement préparé : des mauvaises langues, sans doute !

En tout cas, la pauvre Sophie n’en avait pas fini avec les photographes cannois puisque, dix ans plus tard, en 2015, toujours sur le tapis rouge, un coup de vent coquin faisait voler sa robe fendue et dévoilait sa petite culotte ! L’avantage de ces deux exhibitions involontaires, c’est qu’elles ont permis de faire passer à l’arrière-plan un autre scandale, plus sérieux celui-là, provoqué en 1999 par l’héroïne de La boum.

Cette année-là, c’est à elle que revient le lourd honneur de remettre la précieuse Palme d’or, aux frères Dardenne en l’occurrence. C’est alors que Sophie, hagarde, se met à bredouiller un discours filandreux et incompréhensible, ponctué de petits rires sans objet, exactement comme si elle était plus qu’à moitié saoule ! Même les sifflets et les huées du public, de plus en plus nombreux, ne la font pas taire : il faudra que Kristin Scott Thomas, visiblement très gênée pour sa jeune consœur, lui coupe abruptement la parole pour mettre fin au scandale.

La pauvre Sophie mettra du temps à s’en remettre…Il faut admettre, à sa décharge, que le public cannois a traditionnellement la dent dure et le coup de sifflet facile. La plupart des cinéastes présents encaissent sans broncher… mais pas tous. Certains se rebiffent, ajoutant ainsi du scandale au scandale.

C’est le cas du talentueux mais irascible Maurice Pialat. Il y a tout juste trente ans, en 1987, il apparaît sur la scène afin d’y recevoir la Palme d’or pour son superbe Sous le soleil de Satan. Dans la salle, les sifflets fusent de partout, ça frise la révolte. Pialat va-t-il chercher à apaiser les mécontents ? Pas du tout ! Avec un petit sourire narquois, il lance au public : « Je sais que vous ne m’aimez pas. Rassurez-vous : je ne vous aime pas non plus ! » Là-dessus, il brandit le poing vers la salle, avant de quitter la scène.

Sept ans plus tard, c’est au tour de Quentin Tarantino de recevoir la fameuse Palme pour Pulp Fiction : quand une femme, dans la salle, a la mauvaise idée de le siffler, l’enfant terrible de Hollywood lui adresse carrément un superbe doigt d’honneur ! Pas très galant mais efficace… Efficace et surtout silencieux.

Un silence que le Danois Lars von Trier aurait mieux fait d’imiter. En 2011, c’est lui qui crée un tollé épouvantable à Cannes, en déclarant dans une interview qu’au fond il comprenait Hitler et qu’il éprouvait une certaine « empathie » pour lui ! Là, le scandale est vraiment terrible. Au point que, si son film Melancholia reste en compétition, le réalisateur, lui, se fait purement et simplement éjecter du festival !

Diva

L’affaire est moins grave pour Isabelle Adjani en 1983, mais on frôle tout de même l’insurrection : parce que la star les avait boudés le matin même, le soir, au moment de la montée de l’escalier, tous les photographes disposés en une double haie déposent leurs appareils sur les marches et tournent ostensiblement le dos à celle qui, à leurs yeux, avait un peu trop joué les divas.

Jouer les divas, il y en a d’autres qui s’y entendent très bien. C’est Meryl Streep, qui refuse de se présenter à une conférence de presse si on ne lui trouve pas immédiatement des lunettes de soleil roses ; c’est Faye Dunaway, qui met le Carlton sens dessus dessous parce qu’il lui faut tout de suite des bigoudis chauffants ; c’est Kim Novak, qui réclame dans la minute un manteau de vison blanc (à Cannes en plein mois de mai…) pour monter les marches ; on n’en finirait pas…

Caprices

Mais c’est tout de même Liz Taylor qui a fait le plus fort, le 13 mai 1987. Ce jour-là, Lady Di et le prince Charles sont venus spécialement de Londres pour assister à la projection d’un film anglais. Furieuse de se faire voler la vedette, Liz Taylor traîne exprès dans sa suite d’hôtel, faisant patienter tout le monde… y compris le couple royal, retardant le début de la soirée de plus d’une demi-heure pour, finalement, arriver telle une reine au beau milieu de la projection qu’on a commencée sans elle !

Tout le contraire de Greta Garbo qui, en 1947, membre du jury, réussira à voir tous les films en compétition sans que personne ne la reconnaisse jamais. Tous ces caprices, toutes ces excentricités peuvent sans doute être mis sur le compte de la tension nerveuse qu’engendre fatalement ce type de compétition internationale. Pour évacuer ce stress, beaucoup choisissent de faire la fête, lesquelles fêtes dégénèrent facilement en véritables orgies romaines.

On se souvient encore, à Cannes, de celle donnée le soir de la projection du film de Jules Dassin, Jamais le dimanche, en 1960 : après avoir sifflé 500 bouteilles d’ouzo, les 500 invités ont laissé la salle dans un état terrifiant, le sol jonché de 5.000 verres cassés !

Période d’austérité oblige, il y a peu de chance que de pareils débordements se produisent cette année, même s’il convient de célébrer fastueusement le 70e anniversaire du Festival. Mais patience : à Cannes, quand les stars débarquent, on n’est jamais totalement à l’abri d’une surprise !

Didier Balbec

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