Lætitia Casta : Soudain, elle a plongé dans l’horreur !

Lætitia Casta

En acceptant les responsabilités qu’on venait de lui confier, la belle comédienne 
Lætitia Casta ne savait pas qu’elle allait se retrouver confrontée au pire des cauchemars.

 

Il y a des choses si terribles que rien ne peut vraiment vous préparer à les affronter. Lorsqu’elles surviennent, elles agissent comme un révélateur : il y a ceux qui s’effondrent sous la violence du choc, et il y a ceux qui tiennent bon.

À l’évidence, Lætitia Casta fait partie de la seconde catégorie de personnes. Car c’est à une véritable horreur qu’elle a soudain dû faire face. Elle en restera probablement changée à jamais, mais elle ne s’est pas écroulée.

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Tout est parti d’une volonté que l’ex-mannequin avait, chevillée au cœur : celle d’aider les autres, de soulager les misères les plus insupportables avec un maximum d’efficacité. De mettre non seulement son nom et sa célébrité, mais aussi ses propres forces, au service de ce combat.

C’est pourquoi, quand l’Unicef lui a demandé de devenir sa nouvelle ambassadrice – comme l’avaient déjà été d’autres stars avant elle : Audrey Hepburn ou Emmanuelle Béart, entre autres –, Lætitia a dit oui tout de suite, sans hésiter.

Mais ce travail d’ambassadrice, si on entend le faire vraiment, ne se limite pas à jouer de son prestige personnel pour recueillir des fonds, même si, bien entendu, c’en est une part essentielle : il y a aussi des missions à accomplir, c’est-à-dire se rendre soi-même, physiquement, dans les pays où la misère et la guerre frappent de plein fouet des populations impuissantes.

Lætitia y était prête et, à la fin du mois de novembre, comme elle le racontait dans Elle (n° 3703), elle s’est envolée pour le Tchad, au cœur de cette Afrique déshéritée et, surtout, ravagée par la rage meurtrière des soldats déments de Boko Haram, ce mouvement terroriste d’obédience salafiste, né au Nigeria voisin.

Elle ne savait pas encore quel cauchemar l’attendait, sur les bords du lac Tchad. En effet, au centre de santé de Matafo affluent de nombreuses familles nigérianes, des femmes et des enfants principalement, que la folie sanguinaire de Boko Haram a chassées de leurs villages et de leur pays, où leurs vies ne pesaient plus rien.

La vision de ces enfants aux grands yeux fiévreux et au corps torturé par la malnutrition, tel est le premier choc que doit encaisser la comédienne française. Le cœur serré par ces flots de misère, Lætitia assiste à la pesée de bébés en voie de guérison de malnutrition, ainsi qu’à la distribution de Plumpy’Nut, cet aliment thérapeutique ultra-nourrissant à base d’arachide qui aidera l’enfant à retrouver un poids normal en quelques semaines.

À la fois proche et lointaine du personnel médical qui l’entoure, elle prend les enfants dans ses bras et flatte les épaules des mamans avec compassion, s’efforçant de leur communiquer un peu de réconfort, tout en se sentant totalement désarmée. Ce n’est là qu’un premier palier dans sa descente aux enfers.

Épouvante

L’après-midi de ce même jour, Lætitia va être confrontée à une véritable scène d’épouvante. Dans une cour, elle se retrouve face à une jeune Nigériane de 17 ans, qui a été amputée de ses deux jambes. Au traducteur qui accompagne la délégation, baissant les yeux, embarrassée face à la caméra, la malheureuse murmure par bribes son histoire : un soir, son mari, qui avait rejoint depuis peu les rangs de Boko Haram, lui a administré de force une sorte de sérum.

Le lendemain, droguée, on l’a fait embarquer sur une pirogue avec trois autres personnes : à partir de là, les souvenirs de la jeune martyre se brouillent totalement. Lorsqu’elle s’est enfin réveillée, on lui a seulement appris que la bombe qu’elle portait à la ceinture en montant dans la pirogue avait bien explosé, tuant sur le coup les trois autres passagers et lui arrachant, au passage, les deux jambes. Elle avait servi de kamikaze à son corps défendant, et à l’instigation de son propre mari…

Si Lætitia n’a pas craqué devant une telle horreur, racontée par celle-là même qui venait de la vivre, c’est peut-être parce que, en venant ici, dans cet enfer du Tchad, elle avait deux objectifs puissants, et qu’il n’était pas question pour elle de ne pas les remplir.

Le premier de ses objectifs, elle le définit elle-même dans les colonnes du magazine qui l’a accompagnée sur place : « Aider à lever davantage de fonds pour toutes ces personnes dont j’ai perçu la souffrance infinie. J’ai souhaité recueillir les témoignages des femmes réfugiées, ces jeunes filles et ces mères vaillantes qui sont en première ligne, et souvent abandonnées, dans une détresse totale avec leurs enfants. J’ai voulu montrer la situation dramatique des écoles et des hôpitaux, le manque criant de moyens, faire la lumière sur le travail formidable des missionnaires et des bénévoles de l’Unicef. En situation de guerre, les enfants sont menacés d’enrôlement, voire exploités sexuellement, et toujours en état de grande insécurité. Il faut ouvrir des écoles pour les protéger, former des professeurs. Le but de cette collecte ? Que l’argent récolté serve à bâtir davantage d’établissements. Je soutiens aussi la campagne de mobilisation Des écoles, pas des champs de bataille ! pour inciter la France à s’engager en faveur de l’éducation des enfants en zone de conflits. »

Drame

Quant au deuxième objectif de Lætitia, il est sans doute plus personnel, bien qu’étroitement lié au premier : « Je ne voulais pas faire un aller-retour express, mais y rester une bonne semaine, explique-t-elle. J’ai souhaité partir accompagnée d’un reporter de guerre, Christopher Morris, avec lequel je vais réaliser un documentaire pour témoigner sur ce drame. Je voulais moi aussi tenir la caméra, afin de me sentir active sur place. »

Car l’ambition actuelle de la comédienne, c’est de devenir réalisatrice ! Du reste, elle a déjà commencé puisque son premier court-métrage, En moi, a été présenté cette année, hors compétition, au Festival de Cannes. C’est pourquoi, quand l’Unicef lui a parlé de cette mission au Tchad, Lætitia leur a aussitôt proposé d’en faire un film, lequel aidera à sensibiliser encore davantage et mieux les Européens sur les drames atroces qui se jouent dans cette région d’Afrique.

Ce film, lorsqu’il sera achevé, elle a décidé qu’elle le montrerait à ses enfants. Pour qu’ils prennent conscience du monde dans lequel ils vivent. Un monde que leur mère Lætitia Casta s’est pris en plein visage, comme une énorme gifle : « Quant à moi, définitivement, je suis revenue différente. Comme si j’avais laissé une peau là-bas. » Une peau, oui : mais pas son âme.

Didier Balbec