Gilbert Montagné : L’incroyable énergie d’un miraculé !

Gilbert Montagné

De sa naissance prématurée et inattendue 
à son parcours en tant que handicapé, 
le chanteur Gilbert Montagné prouve, s’il était besoin, 
qu’il est un véritable battant  !

 

Il est des gens qui, au moindre coup du sort, ont du mal à panser leurs plaies, s’enfonçant inexorablement dans la noirceur la plus profonde. Et il en est d’autres qui, au contraire, ne se laisseraient abattre pour rien au monde, puisant dans les drames qui les touchent encore davantage de force et de résistance. Que l’on appartienne à la première ou à la seconde catégorie, on ne choisit pas vraiment son camp. Ou plutôt si… si l’on en croit le formidable parcours de l’homme heureux qu’est Gilbert Montagné !

Il est vrai que celui qui a été frappé de cécité dès sa naissance aurait pu se laisser envahir par les difficultés que son handicap a fait surgir sur sa route. Une réaction qui aurait été bien compréhensible… Mais le chanteur, dont le sourire semble perpétuellement accroché à ses lèvres, n’a rien d’un dépressif prêt à tomber dans les affres du spleen. C’est même tout le contraire !

Comme si ne pas voir le monde qui l’entoure n’était pas un manque mais un atout. Une bénédiction, même, qui lui a permis d’appréhender son existence avec encore plus d’intensité et de résilience. Et pourtant, le moins qu’on puisse dire, c’est que celui qui vient de sortir un album consacré à Gilbert Bécaud (EPM Musique) a connu le pire.

Disque Montagné->Voir aussi – Gilbert Montagné : Cette deuxième maman venue si tard !

Et ce depuis sa naissance, le 28 décembre 1951, à Paris : « Je suis né sur la table de la cuisine à 5 mois et demi, mes parents ne m’attendaient pas, ma mère pensait qu’elle avait un fibrome », a-t-il en effet confié dans Gala. Avouez que, pour ses débuts sur la scène de sa vie, le musicien a fait une entrée surprise !

Mais si le fait que sa maman n’avait pas suspecté sa grossesse est déjà en soi étonnant, le plus incroyable était à venir : « On m’avait transporté à l’hôpital dans un filet à provisions protégé par du coton », a-t-il raconté à notre confrère.

Surdosage

Dans des conditions pareilles, tel un oisillon tombé du nid qu’on apporte, sans grand espoir, chez le vétérinaire, le petit bout de chou avait peu de chances de s’accrocher à l’existence. Dans le service de néonatologie de Beaudelocque-Port-Royal, où il avait été confié, les pronostics des spécialistes n’étaient pas très encourageants. « Je suis resté en couveuse pendant trois mois et demi, a expliqué Gilbert. Les médecins pensaient que j’allais m’éteindre comme une petite bougie. »

Mais ce que ne savait pas l’équipe médicale, c’est que ce frêle nouveau-né, alors entre la vie et la mort, était fait d’acier trempé et n’avait pas du tout l’intention de priver le monde de sa présence ! Une petite bougie qu’on éteint d’un souffle ? Que 
nenni ! En réalité, le futur musicien était déjà animé d’une formidable flamme, celle-là même qui brûle depuis lors dans sa voix lorsqu’il chante…

D’ailleurs, Gilbert estime que, d’une 
certaine façon, c’est lui qui a choisi sa destinée : « J’ai voulu vivre », précise-t-il. Et l’on a tendance à le croire ! Malgré le surdosage en oxygène auquel il a été soumis, qui a 
brûlé ses nerfs optiques et l’a rendu aveugle à tout jamais, l’enfant résiste et, comme dans une chanson qui aurait pu être de lui, « prouve qu’il existe »… « Ce n’est pas un accident, affirme-t-il encore. C’était prévu que je ne voie pas. »

Prévu ou pas, ce handicap, tel un rideau baissé sur les beautés du monde, aurait pu lui fermer de nombreuses portes et le laisser emmuré dans son obscurité. Sans parler du fait que pour ses parents, qui ne s’attendaient pas à l’arrivée de ce petit bonhomme dans leur foyer, déjà peuplé de trois autres enfants, Jeanine, Michel et Claudine, il a fallu s’adapter à ce petit dernier si particulier.

Comment ne pas vouloir lui faciliter les choses, le défendre envers et contre tous les dangers ? Mais M. et Mme Montagné ont préféré l’élever au milieu de la fratrie sans faire de différence avec ses autres membres : « Mes parents ne m’ont jamais surprotégé, et mes sœurs et mon frère ne m’ont jamais mis à l’écart », a également confié 
l’auteur de The Fool. Une attitude qui a évidemment poussé Gilbert à aller de l’avant et à prendre la vie à bras-le-corps. Tandis que bien des enfants voyants restent sagement dans les jupes de leur mère, ce petit bonhomme plein de charme et au sourire grand comme ça est très vite devenu autonome, véritable conquérant du monde qui l’entoure, et qu’il ressent avec une acuité aiguë, parcourant les rues de la capitale…

« Je suis vite sorti de chez moi seul, j’étais le-petit-qui-voit-pas-clair, raconte-t-il, toujours dans Gala. Je prenais l’autobus, le receveur était mon ami, il me laissait tirer la chaîne pour donner le départ. Ça m’a donné un incroyable sens du devoir, et permis de croire au possible. » Et d’ajouter : « À 7 ans, j’allais au ciné, et à 8 ans, un commerçant me laissait tenir sa caisse. »

Et la musique, dans tout ça ? À quel moment et de quelle manière ce boulimique de sensations, ce gourmand de la vie a-t-il compris que le piano serait un jour son meilleur ami, son indispensable compagnon ? C’est à l’Institut de puériculture de Paris, boulevard Brune, où des enfants de 3 à 5 ans apprenaient à se servir de leurs mains, qu’il a reçu ses premières leçons. Devant le clavier, face à cet instrument imposant et mélodieux, le contact a été saisissant et inoubliable : « Ç’a été une évidence pour moi, j’y jouais des heures. »

Aujourd’hui, à 65 ans, Gilbert Montagné n’a rien perdu de son dynamisme, de son formidable appétit de vivre. Bien moins aveugle aux splendeurs du monde que bon nombre d’entre nous, l’artiste qui a commencé sa vie dans un filet à commissions avoue : 
« J’aime faire un bœuf musical avec les oiseaux et ressentir la luminosité du soleil, juste derrière les nuages. » Un bonheur que l’on souhaiterait partager…

Clara Margaux