Joséphine Baker : Espionne au service 
de la France !

Joséphine Baker

De 1939 à 1945, 
la “danseuse aux bananes”, Joséphine Baker, a joué de sa célébrité pour soutirer de précieux renseignements aux officiers ennemis. Parfois au risque 
de sa vie.

 

Pour la plupart des gens, il existe deux Joséphine Baker, de la même façon qu’elle avait deux amours : son pays et Paris. La première, c’est la fameuse danseuse qui, dans les années 20, avait séduit la France entière, en se déhanchant sur des rythmes endiablés, uniquement vêtue de sa fameuse ceinture de bananes. La seconde, c’est la star vieillissante, retirée du music-hall et s’efforçant de faire vivre sa très nombreuse « tribu arc-en-ciel », composée d’enfants adoptés aux quatre coins du monde.

Mais combien de personnes savent qu’il en a existé une troisième ? Une femme stupéfiante, intelligente, et surtout prête à prendre tous les risques pour défendre sa terre d’adoption.

->Voir aussi – Joséphine Baker : « 40 ans après sa mort, maman dérange toujours »

Clandestin

C’est dès septembre 1939 que Joséphine Baker s’engage dans le contre-espionnage français. Pour elle, la chose est évidente : « C’est la France qui m’a faite ce que je suis, je lui garderai une reconnaissance éternelle, confie alors la danseuse. La France est douce, il y fait bon vivre pour nous autres gens de couleur, parce qu’il n’y existe pas de préjugés racistes. Ne suis-je pas devenue l’enfant chérie des Parisiens ? Ils m’ont tout donné, en particulier leur cœur. Je leur ai donné le mien. Je suis prête, capitaine, à leur donner aujourd’hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l’entendez. »

Le capitaine à qui elle adresse cette profession de foi, c’est Maurice Abtey, officier de renseignements, qui a recruté la star. Petit homme d’apparence insignifiante, il devient le secrétaire de Joséphine, ce qui lui permet de franchir facilement les frontières, au gré des tournées de sa « patronne ». Mais Joséphine Baker ne se cantonne pas à ce rôle passif.

Au fil du temps, elle va devenir une véritable Mata Hari ! Officiellement, elle se contente, durant la drôle de guerre, d’aller chanter pour les troupes. De manière plus discrète, elle se sert de son charme et de sa gloire pour séduire les attachés militaires étrangers et leur soutirer des renseignements.

En juin 1940, tout s’effondre. Joséphine se replie en Dordogne, dans son château des Milandes, toujours escortée du discret Maurice Abtey. Tous deux cherchent à gagner Londres, où un «obscur» général vient d’appeler à le rejoindre pour continuer la lutte depuis le sol britannique. Mais le service de renseignements français clandestin, reconstitué sous la houlette du général De Gaulle, a une meilleure idée : utiliser la gloire de la vedette pour transmettre des informations, à l’occasion de tournées dans les pays neutres.

C’est ainsi qu’Abtey, à Lisbonne, peut transmettre, à un contact des services secrets anglais, la photo des péniches de débarquement que les Allemands ont conçues pour envahir l’Angleterre. En 1941, Joséphine Baker franchit la Méditerranée et passe en Afrique du Nord, où elle se retrouve sous la protection de Si Ahmed Belbachir Haskouri, chef du cabinet khalifien du Maroc espagnol.

Installée au Maroc entre 1941 et 1944, la chanteuse soutient les troupes américaines et coloniales, se lançant dans une longue tournée en jeep, de Marrakech au Caire, puis au Moyen-Orient, y glanant toutes les informations qu’elle peut auprès des officiels qu’elle rencontre. N’ayant pas peur de prendre des risques qui pourraient lui être fatals si jamais les Allemands éventaient son secret, elle prend l’habitude de se servir de ses partitions musicales pour faire passer des messages ultraconfidentiels d’une contrée à l’autre !

Un seul événement interrompra ses activités : la fausse couche qu’elle fait en 1941 à Casablanca, suivie d’une très grave infection qui la cloue durant des mois sur son lit d’hôpital et brise à jamais son rêve de devenir mère. En 1943, guérie, Joséphine Baker signe un « engagement définitif pour la durée de la guerre » au sein de l’armée de l’air de la France libre. L’agente clandestine est promue élève stagiaire rédactrice de 1re classe, mais aussi officier de propagande : de Tunis à Damas, en passant par Le Caire, Beyrouth, Tel-Aviv-Jaffa, elle continue d’user de son influence au service du général De Gaulle.

Joséphine Baker retrouve sa France chérie en octobre 1944, au moment où elle débarque à Marseille. Mais, pour elle, la guerre n’est pas finie : redevenant chanteuse, elle soutient le moral des combattants, suivant notamment la progression de la 1re Armée, celle que le général de Lattre de Tassigny va conduire jusqu’au cœur de l’Allemagne enfin vaincue.

Les immenses services rendus à la France par Joséphine Baker, parfois au péril de sa vie, ne seront pas oubliés. Dès 1946, en lui remettant la médaille de la Résistance, le général De Gaulle la félicite personnellement : « Chère Mademoiselle Joséphine Baker, c’est en toute connaissance de cause, et de tout cœur, que je vous adresse mes sincères félicitations pour la haute distinction de Résistance française qui vous a été attribuée. » Quelques années plus tard, Joséphine se verra attribuer les insignes de chevalier de la Légion d’honneur et la Croix de guerre 1939-1945 avec palme.

Vaillant petit soldat

Cet amour et ce dévouement dont elle a fait preuve envers cette France qui l’avait adoptée, Joséphine Baker se les verra rendre en partie, vingt ans plus tard, lorsqu’elle se retrouvera dans une situation financière catastrophique. Bouleversée par sa détresse, Brigitte Bardot participera immédiatement à son sauvetage en lui envoyant un chèque important. De son côté, la princesse Grace de Monaco, amie de la chanteuse d’origine américaine et artiste comme elle, lui offre alors un logement à Roquebrune pour le reste de sa vie et l’invite à la principauté pour des spectacles de charité.

Enfin, à sa mort, le 12 avril 1975, Joséphine Baker recevra les honneurs militaires. En mémoire du vaillant petit soldat qu’elle avait été aux heures les plus tragiques de son pays d’adoption.

Valérie Bergotte