Albert 
de Monaco : Tempête judiciaire sur le Rocher

Albert

Bien malgré lui, le souverain Albert de Monaco 
se retrouve mêlé à une affaire touchant son Garde des Sceaux.

 

Qu’est-il en train de se passer sur ce bout de terre de 2 kilomètres carrés qui attire comme un aimant les plus riches personnalités du monde entier ? Du haut de son prestigieux Rocher, la principauté de Monaco s’avère parfois le théâtre de grandes histoires, hélas pas toujours très belles, et qui ne se terminent pas par un happy end…

On sait pourtant que le prince Albert de Monaco désire montrer à tous que son pays est irréprochable, et continuer à le diriger dans un climat sain. Pourtant, en cette rentrée bousculée par les catastrophes climatiques et les attentats meurtriers, voilà que le monarque se retrouve bien malgré lui au cœur d’un scandale !

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Quelle est donc cette affaire qui pourrait mettre en cause l’intégrité du chef des Monégasques ? Eh bien, asseyez-vous confortablement, et ouvrez grand vos oreilles, car l’histoire que nous allons vous raconter n’a rien d’un album pour enfants dans lequel on reconnaît facilement les bons et les méchants !

Cette histoire, nous allons d’ailleurs la commencer par son dénouement, avec la publication, le 14 septembre dernier, d’un communiqué de Philippe Narmino, l’un des plus hauts fonctionnaires du pays. À la suite d’informations publiées par Le Monde, le directeur des services judiciaires de Monaco a en effet annoncé qu’il allait faire valoir ses droits à la retraite anticipée. Autrement dit : quitter ses fonctions, probablement contraint et forcé…

« Les mises en cause personnelles dont je fais l’objet, et les attaques répétées subies par l’institution judiciaire ne me permettent plus d’en assurer convenablement la charge », explique ce serviteur de l’État, âgé de 63 ans et père de deux enfants. Que reproche-t-on à cet homme, nommé directement par le prince, et qui occupait jusque-là une fonction équivalente à celle de notre ministre de la Justice ?

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Eh bien, selon notre confrère, celui qui était également président du Conseil d’État depuis le 3 janvier 2006 est soupçonné d’avoir eu, avec son épouse, des relations suivies avec le milliardaire Dmitri Rybolovlev, actuel propriétaire du club de foot local, l’AS Monaco.

Traquenard

Ses rapports personnels entretenus avec la 190e fortune mondiale, selon le classement 2017 du magazine Forbes, comprenaient des week-ends tous frais payés dans la résidence suisse de l’oligarque, à Gstaad, en Suisse, l’envoi de divers , des dîners fins, etc. Autant d’avantages en nature incompatibles avec sa fonction…

Pour ne rien arranger, selon l’article du Monde daté du 15 septembre 2017, plusieurs policiers de haut rang seraient impliqués dans ce vaste trafic d’influence qui s’est insinué au cœur des institutions du Rocher. Ce Monacogate aurait éclaté il y a deux mois, grâce à un DVD-Rom contenant des centaines de SMS échangés entre divers protagonistes d’une affaire judiciaire qui n’a au départ aucun lien direct avec le Rocher !

Ce dossier brûlant débute le 9 janvier 2015, alors que le richissime Russe porte plainte contre son marchand d’art suisse, Yves Bouvier, et sa compatriote, Tania Rappo, pour ce qui ressemble à une simple question de gros sous entre super riches : Rybolovlev reproche en effet à celui qui, depuis une dizaine d’années, se charge de lui procurer des œuvres de Picasso ou de Modigliani, de lui avoir soutiré un milliard d’euros de commissions. Ce que le spécialiste nie.

Pour gagner son procès, avec l’aide de son avocate, Me Tetiana Bersheda, le milliardaire va tendre des pièges à ses anciens intermédiaires. À l’insu de Rappo qui, invitée par Rybolovlev, s’est laissée aller à quelques confidences, la ravissante Tetiana enregistre ses propos sur son Smartphone et s’empresse de les fournir aux policiers. Deux jours plus tard, Bouvier est interpellé par neuf agents, alors qu’il se rend dans le luxueux appartement du Russe… à la demande de son propriétaire.

Mais le traquenard ne va pas tarder à se retourner contre l’homme d’affaires et son avocate. Car Bouvier, qui n’a pas apprécié de se faire coincer de cette manière, est bien décidé à se défendre. Il compte sur un faux pas de Rybolovlev et de son avocate, lequel survient le 3 février 2017. Ce jour-là, à la demande du juge Morgan Raymond, qui instruit la plainte du multimilliardaire, la belle avocate de 33 ans remet son téléphone portable à la justice.

Escroquerie

L’expertise de l’appareil se termine le 7 juillet et fait exploser le système politique monégasque : si trois policiers semblent bel et bien avoir été complices du piège tendu par la ravissante trentenaire helvéto-ukrainienne, les plus hautes instances de la principauté sont également visées. Parmi elles, le directeur de la Sûreté publique, Régis Asso, à la retraite depuis 2016, qui a reçu en cadeau un magnifique samovar de la part de Rybolovlev : « Merci beaucoup pour votre aide dans le dossier de mes amis suisses », lui écrit l’avocate.

Et le policier de répondre : « Merci pour votre envoi, Tetiana, qui a touché ma sensibilité forte pour la Russie, répond-il. Pouvez-vous adresser mes remerciements sincères à Dmitri Rybolovlev, je vous assure à tous deux de ma fidélité. »

Deux enquêteurs, Christophe Haget et Frédéric Fusari, vont également « coopérer » moyennant quelques faveurs, dont des places pour assister à des matchs de l’AS Monaco. Sans parler de Philippe Narmino que nous évoquions plus haut et qui entretient d’excellentes relations avec « Rybo » et ses proches…

Des pratiques dont s’indigne Francis Szpiner, conseil d’Yves Bouvier, avec François Baroin : « J’ai toujours dit que Rybolovlev avait privatisé la justice de Monaco à son profit. On a désormais la preuve que la police, le parquet et l’équivalent du ministre de la Justice ont tout fait pour constituer une association de malfaiteurs, afin de réaliser une escroquerie au jugement », a-t-il déclaré dans les colonnes du Monde.

Et l’avocat de conclure : « J’espère vivement que le prince saura tirer toutes les conclusions qui s’imposent. » Dans ce dossier, loin d’être clos, il est certain que le monarque Albert de Monaco prendra toutes les mesures nécessaires pour que l’un des plus petits États du monde soit le plus grand par l’intégrité…

Marie-Geneviève Roi