Adieu Patrick Macnee : Le plus british des comédiens était… américain !

 

Mort à 93 ans dans son ranch de Californie, Patrick Macnee restera à jamais l’élégant et flegmatique  John Steed  de “Chapeau melon et bottes de cuir”.

 

Patrick MacneeCertains personnages, réels ou fictifs, se reconnaissent au premier coup d’œil, grâce à un simple accessoire. Comptons la badine de Charlot, la moustache peinte de Groucho Marx, la pipe de Simenon, le cigare de Churchill… et le couvre-chef de Patrick Macnee, le John Steed de Chapeau melon et bottes de cuir.

Depuis jeudi dernier, 25 juin, il ne subsiste plus aucun vivant parmi ceux que nous venons d’évoquer : ce jour-là, en effet, Patrick Macnee a tiré sa révérence. Il l’a fait avec discrétion et élégance, fidèle au héros de télévision qui l’a rendu célèbre. De quoi est-il mort ? De rien. Ou bien, si on peut le dire ainsi, il est mort d’avoir 93 ans, cet acteur qui restera, aux yeux des Français, comme la quintessence même de l’esprit et de l’allure british.

Et voilà déjà la première bizarrerie de l’homme : lui que l’on imaginait volontiers attaché à son île comme une moule à son rocher vivait depuis quarante ans en Californie. Et attention : pas dans une villa sur la plage de Malibu ! Non, lui, c’est un ranch situé au beau milieu du désert brûlant qu’il a choisi d’habiter. Il faut croire qu’être natif des brouillards de Londres, en 1922, et faire ses études à Oxford et Eton peut donner de furieuses envies de soleil et de sécheresse…

Matelot

Elle fut curieuse et peu conformiste, la jeunesse de Patrick Macnee. D’abord, il se prénommait Daniel. Mais sa mère aimait tellement l’Irlande qu’elle préféra donner à son fils le prénom du saint patron de cette île. Ce n’était d’ailleurs pas la seule particularité de Dorothea qui, après avoir fait deux enfants avec un éleveur de chevaux nommé Daniel Macnee, le quittera pour aller se mettre en ménage avec… une femme !

Plus tard, Patrick avouera s’être fort mal entendu avec sa « belle-mère », qui exigeait de lui qu’il s’affuble d’une robe et qu’il l’appelle « mon oncle »…

Heureusement, si l’on peut dire, survient la guerre. Pas mécontent d’échapper à « mon oncle », le jeune Patrick s’engage comme matelot dans la marine royale britannique, en 1942. Il finira le conflit comme officier, une ­promotion éclair.

Beaucoup moins fulgurants sont les débuts au cinéma de ce garçon qui a tellement la comédie dans le sang qu’il a quitté l’Angleterre pour les États-Unis dès l’orée des années 50. En 1961, alors qu’il végète de petit rôle en petit rôle, la chaîne britannique ITV fait appel à lui pour incarner John Steed et devenir ainsi le symbole du charme anglais « vieille école ». Ironie du sort, c’est bien plus tard, en 1982, qu’il acquiert la citoyenneté américaine !

De la série "Chapeau melon et bottes de cuir" John Steed (Patrick Macnee) et Miss Emma Peel (Diana Rigg)

Série « Chapeau melon et bottes de cuir » John Steed (Patrick Macnee) et Miss Emma Peel (Diana Rigg)

Cela n’empêche nullement la série de connaître un énorme succès outre-Manche. Série archiconnue… mais qui recèle encore quelques petits secrets. Saviez-vous, par exemple, que lors des trois premières saisons, Diana Rigg, alias Emma Peel, était absente ? Non, vous ne pouviez pas le savoir, dans la mesure où, n’ayant jamais été doublées en français, ces saisons n’ont jamais été diffusées dans notre pays.

Pourquoi cela ? Simplement parce qu’au départ, John Steed n’était qu’un personnage très secondaire, n’apparaissant que de loin en loin au fil des épisodes ! Ce n’est qu’avec la saison 4 que se mettent en place tous les ingrédients du succès, que les Français découvriront, eux, en 1967 seulement.

C’est parti : le chapeau melon de John Steed devient le plus célèbre du monde… après celui de Charlot, tout de même !

En 1968, Patrick Macnee subit un véritable choc : beaucoup moins flegmatique que son personnage, il encaisse très mal le fait que Diana Rigg quitte Chapeau melon, et plonge à la fois dans la dépression et l’alcool. Dont il trouvera la force de sortir rapidement… pour redevenir John Steed, au côté cette fois de Linda Thorson, alias Tara King !

Mais il ne faudrait pas réduire Patrick à la série qui l’a rendu illustre. Car cet acteur de talent a joué dans de nombreux films au cinéma, y compris dans un James Bond, Dangereusement vôtre, où il venait donner un coup de main à son ami Roger Moore, autre Anglais expatrié aux Amériques.

Celui-ci a d’ailleurs été l’un des premiers à réagir à la mort de son confrère, sur son compte Twitter : « Tellement triste d’apprendre que Pat Macnee nous a quittés. Nous étions copains depuis les années 50 et j’ai tant de souvenirs heureux de tournages avec lui. C’était un vrai gentleman. »

Loup-garou

Le film dont « Pat » était le plus fier a pour titre Hurlements et date de 1980. Loin de son personnage légendaire, l’acteur y incarnait le chef d’une communauté de… vampires ! Mais rassurez-vous : si le film était plein de méchants aux dents longues, lui jouait un loup-garou tout ce qu’il y a de plus pacifique, un médecin qui tentait de persuader ses frères « de sang » de se nourrir autrement qu’en égorgeant les humains. Ce qui ne lui portait pas chance puisqu’il mourait à la fin.

Dans la vie réelle, Patrick Macnee n’égorgeait pas les belles jeunes femmes, et ne les assommait pas non plus à coup de melon doublé d’acier : il les épousait. Le comédien a été marié trois fois, mais a eu la tristesse de voir ses bien-aimées successives mourir toutes les trois avant lui.

De la première, Barbara Douglas, il a eu deux enfants, Rupert et Jennifer, aujourd’hui âgés de 68 et 65 ans. C’est sur le tournage de sa série fétiche qu’il rencontre Katherine Woodville, une actrice qu’il épouse en 1965. Il s’unit finalement à Baba Majos de Nagyzsenye, ancienne chanteuse d’opéra, en 1988.

Patrick Macnee avait trouvé sa vocation dès l’âge de 11 ans, en intégrant la troupe théâtrale de son école d’Oxford. Il y était devenu l’ami d’un gamin… qui s’appelait Christopher Lee (mort le 7 juin 2015) ! Ils n’auront pas été séparés bien longtemps.

Pierre-Marie Elstir

SA DERNIÈRE INTERVIEW

“Cette série était un OVNI télévisuel !”

Nous avons eu la chance de rencontrer l’acteur, incarnation du gentleman britannique, peu de temps avant sa disparition. Il n’avait rien perdu de son humour et ne gardait que de bons souvenirs de la série qui fit sa gloire.

France Dimanche (F.D.) : Comment expliquez-vous le succès de Chapeau melon et bottes de cuir ?

Patrick Macnee (P.M.) : Il faut bien comprendre que c’était une série avant-gardiste. Un OVNI télévisuel ! Il y avait un ton nouveau, des personnages haut en couleur et puis surtout mes partenaires féminines n’étaient en rien des faire-valoir ! Que ce soit dans les combats que nous menions ou dans les enquêtes, nous étions, tant d’un point de vue physique qu’intellectuel, sur un pied d’égalité !

F.D. : La série était unique en son genre…

P.M. : Exactement ! Steed et Peel ont bouleversé l’idée que l’on se faisait de l’Angleterre à travers le monde. Rappelons en effet que la série a été vendue dans plus de 120 pays !

F.D. : Avez-vous gardé le contact avec Madame Peel, alias Diana Rigg ?

P.M. : Oui ! Elle possède un château du côté de Bordeaux, et comme j’adore cette région, cela me donne aussi la possibilité de déguster en sa délicieuse compagnie les crus locaux ! Nous en profitons pour évoquer nos souvenirs communs autour d’une bonne bouteille ! Nous avons conscience de l’impact que Chapeau melon et bottes de cuir a eu dans nos vies respectives, mais nous ne sommes pas non plus des nostalgiques forcenés. Diana et moi avons toujours été de l’avant. Mais quand on nous pose des questions sur la série, nous y répondons volontiers !

La série AvengersF.D. : Comment vous êtes-vous retrouvé dans la peau de John Steed ?

P.M. : En 1960, le scénariste Leonard White m’a parlé d’un projet de série qui s’intitulerait : Police Surgeons, dont la vedette serait Ian Hendry, un séducteur du petit écran ! Il lui fallait un faire-valoir masculin, nommé John Steed. Quand Leonard m’a proposé ce job, je lui ai dit : « Pourquoi voudriez-vous que je signe pour ça ? Je viens de produire une série sur sir Winston Churchill qui m’a rapporté beaucoup d’argent. » Il m’a alors répondu : « Il y a une grève des acteurs en ce moment ! Quand elle sera terminée, seriez-vous d’accord pour étudier mon offre ? Nous vous paierons 100 livres par semaine (soit l’équivalent de 135 euros). » J’ai alors demandé : « Qu’est-ce que vous donnez en plus ? Franchement, vous voulez que je fasse ça pour ce montant-là ? Qui plus est dans un rôle de second couteau ! » J’étais prêt à décliner l’offre, quand la production a ajouté : « Je pense que nous allons intégrer une jolie fille dans la série ! » Là, pour le coup, cela devenait intéressant. Plus tard Police Surgeons fut rebaptisé The Avengers [Chapeau melon et bottes cuir, ndlr]. Le succès fut instantané…

F.D. : Est-il vrai que David Niven est votre cousin ?

P.M. : Oui ! C’était un homme charmant, toujours prêt à aider son prochain. En 1952, j’ai émigré au Canada. Je pensais que là-bas, l’herbe serait plus verte. En fait, pas du tout ! Je n’arrivais pas à percer. Je me suis donc rendu à Hollywood en 1954 en espérant décrocher un rôle majeur. Le problème, c’est que personne ne m’attendait, et que David ne pouvait rien pour moi ! Je pense que ce qu’il me manquait surtout c’était la pluie et le brouillard londoniens !

F.D. : Cela ne vous a pas empêché de vous installer à Rancho Mirage, aux portes du désert !

P.M. : C’est le paradoxe anglais ! En fait, quand vous vieillissez, l’air sec c’est beaucoup mieux que l’humidité ! Surtout pour les rhumatismes ! J’ai troqué en revanche le melon pour un grand chapeau de paille à larges bords et le parapluie a laissé la place à un parasol !

Recueilli à Los Angeles par Frank Rousseau