Bernard Hinault : “J’ai tout arrêté pour m’occuper 
de mes petits-enfants !”

Bernard Hinault

En 1985, celui que l’on surnommait “le blaireau” offrait à la France sa dernière victoire sur le Tour. Bernard Hinault souhaite désormais être le champion des grands-pères !

 

La 104e édition du Tour de France, qui démarre ce samedi 1er juillet à Düsseldorf, en Allemagne, sera marquée par un événement particulier. Bernard Hinault, le dernier Français à avoir remporté l’épreuve, en 1985, y brillera en effet par son absence.

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Le quintuple vainqueur de cette célèbre course officiait depuis une trentaine d’années, non plus dans le peloton, mais pour s’occuper des relations publiques et du protocole à chaque étape. Aujourd’hui, à 62 ans, c’est depuis son canapé, dans sa maison à Calorguen (Côtes-d’Armor), que « le blaireau » va suivre les coureurs…

France Dimanche (F.D.) : Vous avez annoncé votre retrait du Tour de France, et pourtant vous y serez lors de la première étape, à Düsseldorf. Est-ce si compliqué de tirer votre révérence ?

Bernard Hinault (B.H.) : J’y serai en effet pour la première étape, mais j’ai prévu de rentrer à la maison dès le lendemain matin. La dernière fois que j’ai eu un mois de juillet libre, c’était en 1980, lorsque mon problème au genou m’empêchait de rouler.

F.D. : Êtes-vous nostalgique de cette 
glorieuse époque ?

B.H. : Pas du tout. Cela fait plusieurs mois que je me prépare mentalement à ne plus me rendre sur le Tour. Donc je le vis assez bien pour l’instant. On verra si j’éprouve un manque durant l’été, mais ça m’étonnerait beaucoup. J’en garde néanmoins de très bons souvenirs. Ces dernières années, quand je travaillais dans le relationnel pour Amaury Sport Organisation (ASO), j’ai côtoyé de nombreuses personnalités. Je pense par exemple au prince Albert de Monaco qui, pendant deux ou trois étapes, était avec moi dans une voiture au sein du peloton. On a passé de bons moments ensemble. Il aime beaucoup le sport, et c’était donc très intéressant de discuter avec lui. J’ai découvert quelqu’un de simple, comme tout le monde.

F.D. : Vous n’êtes pourtant pas comme tout le monde…

B.H. : C’est faux. Je suis un être humain comme les autres qui a juste eu la chance d’être doté d’une capacité physique hors norme. Ce qui m’a permis de gagner des courses à vélo. À part ça, je n’ai rien de spécial.

F.D. : Savez-vous déjà comment vous allez désormais occuper votre temps ?

B.H. : Je veux juste profiter de la vie et rester en bonne santé. Je n’ai pas prévu de suivre toutes les étapes du Tour à la télévision, car certaines sont moins intéressantes que d’autres. Et puis je tiendrais difficilement cinq heures durant à regarder des paysages que j’ai déjà tellement vus. À part ça, j’ai quand même prévu de faire une apparition en marge de la course, lors de l’opération solidaire Un enfant, un vélo, avec un partenaire de l’épreuve, les 
6 et 7 juillet à Troyes. Je serai également présent pendant l’étape du Tour, pour encadrer une équipe amateur.

F.D. : Quelle est votre vision du cyclisme d’aujourd’hui ?

B.H. : Ces dernières années, le vélo a hélas beaucoup souffert des affaires de dopage. Mais comme je dis toujours, si on faisait des contrôles antidopage dans tous les sports, je suis sûr qu’on aurait de drôles de surprises. Heureusement, le cyclisme reste toujours très populaire, avec de grands champions. Et j’ai l’espoir qu’un jeune Français me succède avant ma mort. Ça fait plus de trente ans qu’on attend ça, il serait temps que ça se produise !

F.D. : Qu’est-ce qui vous a poussé à cesser de participer à cette grande fête annuelle ?

B.H. : À cause de mon métier, j’étais très souvent absent de chez moi. Je ne me suis donc malheureusement pas assez occupé de mes deux fils [Mickaël, 41 ans, et Alexandre, 36 ans, ndlr]. À l’époque, je ne m’en rendais même pas vraiment compte. Aujourd’hui, je ne veux pas recommencer avec mes petits-enfants [Armand, 2 ans, et Lucien, 6 mois, les deux fils d’Alexandre, ndlr]. Je vais donc faire avec eux ce que je n’ai pas pu faire avec mes enfants. Mon grand-père s’est beaucoup occupé de moi quand j’étais petit. J’aimerais à mon tour en faire autant avec Armand et Lucien. Ça tombe bien, ils ne vivent pas très loin de la maison, à une trentaine de kilomètres. On les prend avec nous dès que possible. Ce qui permet aussi de soulager leur maman. Quand Armand avait 1 an et demi, et qu’il a commencé à tourner autour de moi, à me réclamer, j’ai réalisé que j’avais un rôle à jouer auprès d’eux.

F.D. : Êtes-vous un papy gâteau ?

B.H. : Non, j’essaie juste d’être un papy présent, c’est tout. J’aime jouer avec eux, aller les chercher à la crèche, ou les emmener faire du vélo. Ils adorent ça ! J’aimerais bien qu’ils suivent ma trace. J’adorerais qu’ils deviennent un jour de grands champions cyclistes.

F.D. : Prenez-vous encore du plaisir à faire du vélo ?

B.H. : Oui, j’essaie de m’offrir encore deux ou trois sorties d’environ trois heures par semaine, soit près de 300 km. Je connais tous les cailloux de ma région ! Il m’arrive de partir seul, avec des amis, ou encore avec Martine, mon épouse, qui roule très bien, elle aussi. Elle fait d’ailleurs partie d’un club de cyclisme. Depuis qu’elle n’est plus maire de notre commune, nous passons vraiment beaucoup plus de temps ensemble. Quand j’étais coureur, on se voyait à peine trois mois par an. Ce qui n’a pas dû être facile tous les jours pour elle. Mais notre mariage a tenu le coup. Nous sommes ensemble depuis plus de quarante ans. Et nous sommes aujourd’hui deux retraités heureux !

Philippe Callewaert