Danièle Gilbert : “Mon papa a été un enfant abandonné”

Danièle Gilbert

De retour sur les planches avec une pièce et un grand spectacle musical, la célèbre animatrice Danièle Gilbert nous a fait une confession bouleversante…

 

Le rendez-vous est fixé à 17 heures, dans une brasserie du XVIe arrondissement de Paris où Danièle Gilbert a ses habitudes. Elle arrive au bras de son compagnon, Patrick Scemama, embrasse tout le monde, a un petit mot pour chacun… Elle s’installe à sa table habituelle, demande des nouvelles des journalistes qu’elle a rencontrés quand elle travaillait pour France Dimanche.

Danièle Gilbert est radieuse. C’est que, nous dit-elle, elle a retrouvé son public grâce à Lit d’embrouilles, une pièce de François Janvier qu’elle joue aux côtés de Loïse de Jadaut et d’Anthony Dupray, un comédien découvert dans la série Premiers baisers. « Je suis sa mère déjantée ! Déjantée, ça me va ! Un peu obsédée par sa coiffure », dit-elle en touchant ses mèches…

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Mais, dans la vraie vie, l’animatrice n’est pas très intéressée par sa chevelure… Ni, à vrai dire, beaucoup par sa personne. C’est plutôt des autres qu’elle a envie de parler. De l’homme qu’elle aime depuis vingt-cinq ans, et qui vient de faire une chanson pour Fiona Gélin. De son public, qui fait battre son cœur. De ses parents et du spectacle qu’elle prépare pour 2017 : un genre de « super Midi Première », avec l’orchestre Laurent Comtat, où elle présente les stars des années 70 imitées par de vrais artistes. Un show à l’image de ce qu’est Danièle Gilbert : un savant alliage d’énergie et de douceur, de pudeur et de liberté.

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Les IdolesFrance Dimanche (F.D.) : Comment allez-vous ?

Danièle Gilbert (D.G.) : Très bien ! Je suis heureuse d’être de retour sur les routes avec Lit d’embrouilles, et bientôt avec Danièle Gilbert et les idoles de Midi Première ! Je retrouve ce que j’adore faire, mettre les artistes en valeur…

F.D. : Quels souvenirs gardez-vous d’eux ?

D.G. : Dans la vraie vie, Mike Brant avait été amené sur le plateau par Sylvie Vartan et Carlos. Il était inconnu et chantait du rock. Alors j’ai eu l’idée de faire chanter du rock à son personnage…

F.D. : Et de Coluche en particulier ?

D.G. : Je l’adorais ! Un jour, avec Véronique Sanson, on avait fait une choucroute, Coluche est venu… Il en a pris une poignée, l’a mise sur sa tête, et a dit : « Je suis coiffé comme Danièle »… On riait tous aux éclats !

F.D. : Et Claude François ? Il avait l’image d’un homme très exigeant…

D.G. : Il était perfectionniste ! Mais c’était un amour ! Une fois, en Corse, des gens avaient fait sauter notre car, avec tout le matériel dedans. Les invités qu’on avait prévus ne pouvaient pas rester le temps qu’on répare. J’ai appelé Claude en lui disant : « Est-ce que tu peux nous dépanner ? » Eh bien il est venu, à ses frais, avec ses Clodettes… Un type formidable !

F.D. : Quelques mots sur Dalida, qui chante d’ailleurs Paroles sur scène, avec Coluche à la place d’Alain Delon…

D.G. : C’était une femme exceptionnelle ! On sait qu’elle était une amie de François Mitterrand. Eh bien, en 1981, quand on m’a fait quitter la télé sous prétexte que j’étais proche de Valéry Giscard d’Estaing, elle m’a appelée après l’élection et m’a dit : « J’aimerais venir chanter une chanson dans ton émission, pour prouver que tu es mon amie. » On n’oublie pas ce genre de choses. J’ai des frissons quand j’en parle. Moi, ce que j’aime, ce sont les échanges humains, le partage…

F.D. : D’où vous vient ce sourire inaltérable ?

D.G. : Je pense que je tiens ça de ma famille. Mon papa a été un enfant abandonné. Par sa mère, Suédoise, qui est rentrée dans son pays. Et par son père, un homme très riche… Il n’avait que 6 mois. Il s’est élevé tout seul après avoir été confié à sa grand-mère. C’est l’histoire du Petit Chose, mon père. À 6 ans, quand elle est morte, il a été recueilli par des bergers.

F.D. : Plus tard, pendant la guerre, votre père est entré dans la Résistance…

D.G. : Oui. C’est pour ça qu’il a été déporté à Dachau. Quand il en est revenu, à 30 ans, il ne pouvait plus travailler. Parmi les compagnons de mon père, ceux qui ont pu se sauver des camps, beaucoup sont revenus complètement détruits. Mais mon père non. Il était heureux, juste de respirer. Il souriait à la vie… Je pense que mon sourire, mon optimisme, je les tiens de lui. On a des coups durs, on les affronte, on les surmonte. Avec le sourire, on est fort. Maman aussi était comme ça. C’était une réfugiée d’Alsace. Je me destinais à être professeur, comme elle. Prof d’allemand…

F.D. : Il est étonnant, quand même, que vous ayez eu envie d’enseigner l’allemand, après ce qu’a vécu votre père…

D.G. : Oui. Tout ceci vous prouve que, vraiment, les Gilbert ne sont pas revanchards ! J’ai effectué plusieurs séjours en Allemagne. Je me souviens d’une fois, j’étais gamine, mon père avait voulu aller visiter Dachau. On y est allés, tous les quatre. À un moment, papa s’est éloigné de nous, et s’en est allé derrière des bâtiments, tout seul. Je me rappelle qu’avec mon frère, on s’était blottis contre maman. Et puis il est revenu. Il n’a rien dit. Ses grands yeux bleu clair étaient devenus rouges. Et il tenait deux petits bleuets à la main… [Silence] Depuis, les bleuets me bouleversent. Les deux jours qui ont suivi, j’ai eu 40 °C de fièvre. D’émotion. Mais malgré tout ça, mon père n’en voulait à personne. Je me retrouve vraiment en lui.

Laurence Paris