Pierre Bellemare : “J’ai eu 4 sur 20 au bac !”

Pierre Bellemare par Éric Fougère

Pierre Bellemare par Éric Fougère

Pas fait pour les études mais visiblement doté de multiples talents, Pierre Bellemare, le merveilleux conteur que l’on connaît, s’essaie aujourd’hui à la chanson.

 

À bientôt 88 ans, la dernière légende vivante de la télévision pourrait profiter d’une retraite plus que méritée. Mais notre fabuleux conteur ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et nous dévoile aujourd’hui ses talents de… chanteur !

Dans Ballades au fil du temps (Universal), Pierre Bellemare revisite, non sans nostalgie, poèmes et chansons d’après-guerre qui ont bercé sa jeunesse, tels Le déserteur, Il n’y a pas d’amour heureux, Comme un p’tit coquelicot ou encore Pigalle. Confidences d’un jeune interprète comblé.

->Voir aussi – Pierre Bellemare : La déchirante disparition de sa sœur !

France Dimanche (F.D.) : Qu’est-ce qui vous a donné envie de pousser la chansonnette ?

Pierre Bellemare (P.B.) : Mon beau-frère, Pierre Hiegel, était un grand musicologue. Mais je n’avais jamais pensé chanter. Et puis un jour, dans les couloirs de RTL, je fredonnais en attendant mon tour pour enregistrer une émission, lorsque quelqu’un, m’entendant au détour d’un couloir, me dit que je devrais essayer. Ce que j’ai fait et j’en suis ravi. Je ne sais pas si le public sera au rendez-vous, je l’espère, mais moi, en tout cas, j’ai pris du plaisir à faire ce disque. Tout ça sans travailler ma voix, elle est telle que vous m’entendez là.

->Voir aussi – Pierre Bellemare : Il ne reposera jamais en paix

Bellemare disqueF.D. : Que des succès d’après-guerre… Vous êtes nostalgique de cette époque ?

P.B. : Oui, c’était ma jeunesse. Nous avions 15 ans à la fin de guerre, mais étions déjà de jeunes adultes. On avait tout connu, les peurs dans la rue, les alertes à la bombe. Du coup, on faisait plus vieux que notre âge. Et puis j’ai commencé à travailler à 17 ans. Il faut dire qu’avec un 4/20 lamentablement décroché au bac, je n’étais pas fait pour les études, donc je n’ai pas insisté ! J’ai rapidement fait partie d’une petite société, Radio-services, qui fabriquait des émissions pour Radio Luxembourg en pleine renaissance. Voilà donc comment je me suis lancé sur les ondes, avant de passer à la télé.

F.D. : Votre âge vous donne-t-il le vertige ?

P.B. : Non, pas du tout. D’abord, parce que je n’en ai pas les stigmates. Je n’ai pas une voix de vieillard, Dieu merci ! Et même si on ne cesse de m’annoncer mort tous les deux matins sur Internet, je suis bien vivant. Néanmoins, je n’ai absolument pas peur de mourir, je n’y pense d’ailleurs jamais. ça viendra quand ça viendra.

F.D. : Quel souvenir aimeriez-vous que l’on garde de vous ?

P.B. : Le Bellemare conteur, bien sûr. Et puis, j’espère bien que lorsque Pierre Bellemare père aura disparu, Pierre Bellemare fils [Pierre Dhostel à l’antenne, ndlr], qui travaille déjà avec moi, continuera à faire vivre tout ça. Car n’oublions pas qu’il y a quatorze années d’histoires dans les archives d’Europe 1.

F.D. : Quelles relations avez-vous avec vos enfants ?

P.B. : Elles sont très bonnes. On ne se voit pas très souvent, car ils vivent à Paris, alors qu’avec mon épouse, nous sommes en Dordogne. Mais la traditionnelle réunion de Noël arrivant, nous allons tous nous retrouver à la maison, avec mes trois enfants, cinq petits-fils et filles et deux arrière-petits-enfants, qui sont encore dans leur berceau.

F.D. : L’un d’eux a-t-il suivi vos traces de conteur ?

P.B. : Pas du tout. Mais, pour tout vous avouer, je n’ai jamais lu ou raconté d’histoires à mes enfants. Tous m’ont donc connu conteur sur le tard, à la télé ou la radio.

F.D. : Vous vivez depuis pas mal de temps maintenant dans le Périgord. Paris ne vous manque pas ?

P.B. : Absolument pas ! J’adore y revenir, comme ça, pour faire de la promo, voir mes enfants, les copains. Mais à part ça, si vous saviez comme on est bien, avec mon épouse, dans notre maison au beau milieu de la forêt ! Là-bas, j’écris beaucoup et je me promène à travers bois à bord d’un engin merveilleux, tout-terrain, qui m’emmène partout, même dans l’eau. Quatre roues motrices et un treuil au cas où je m’enliserais, et ça marche du feu de Dieu ! Seul petit défaut, avec son échappement libre, cette machine fait un bruit de pétrolette. Disons que je ne passe pas inaperçu… Lapins, chevreuils et sangliers m’entendent arriver !

F.D. : Il y a quelques années, vous avez été victime d’un gros pépin de santé. Comment allez-vous aujourd’hui ?

P.B. : Heureusement pour moi, j’ai été très bien soigné sur place, à l’hôpital de Périgueux, qui est doté d’un excellent service de cardiologie, où je suis resté dix jours. Au début, j’ai eu très peur, je ne vais pas vous le cacher, mais aujourd’hui mon cœur va bien. J’ai toujours eu un très bon moral.

F.D. : Vous ne vous dites jamais : « Allez stop, j’arrête ! » ?

P.B. : Non, jamais ! Si j’arrêtai, je mourrais d’ennui.

Caroline Berger
Photo : Éric Fougère