Pierre Perret : “Je ne bois jamais seul !”

Pierre Perret

Le créateur du “Tord-boyaux”, Pierre Perret, vient de sortir un livre consacré à son amour du vin et à ses  souvenirs  de dégustations. Une rencontre bien chambrée…

 

Passionné de grands crus, le chanteur a choisi d’en faire le thème de son neuvième livre, Ma vie en vin, paru aux éditions du Cherche Midi. Pierre Perret y évoque sa découverte de ce breuvage à l’âge de 3 ans, son enfance au café de ses parents sous l’Occupation et ses souvenirs de bouteilles avec Lino Ventura, Carmet, Aznavour, Gainsbourg, parmi tant d’autres…

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France Dimanche (F.D.) : Comment est née l’idée de ce bel ouvrage ?

Pierre Perret (P.P.) : J’y ai pensé d’un coup, comme quand je pense à une chanson. Soudain, une idée me vient, donc je prends un stylo et je fonce. Quand je vois le nombre de bons moments que j’ai partagés, de liens que j’ai noués et de merveilleuses amitiés que j’ai approfondies autour d’une bonne bouteille, je me suis dit que j’en avais des choses à raconter.

F.D. : Vous retracez tous ces souvenirs, lointains pour la plupart, avec tant de détails qu’on a l’impression qu’ils datent d’hier…

P.P. : Ces instants de vie sont si ancrés dans ma mémoire qu’ils n’ont jamais disparu. Sur des tas d’aspects, j’ai eu une existence de privilégié, et ça, c’en est un qui est non négligeable. Une vraie jubilation !

F.D. : Vous avez goûté le champagne à 3 ans, quel souvenir en gardez-vous ?

P.P. : C’était du faux champagne, celui des pauvres, un mousseux. Mes parents n’étaient pas très riches et fêtaient ce jour-là le baptême de mon frère qui venait de naître. Moi, du haut de mes 3 ans, je regardais tout ce beau monde trinquer, en faisant « Hum, que c’est bon ! » Du coup, lorsque tous sont sortis dans le jardin, je me suis empressé de vider les fonds de coupe. Maman, qui est revenue au salon sur ces entrefaites a vu tout de suite, parce qu’une maman voit tout, et m’a demandé : « Tu as bu ? » Là, j’ai fait mon premier mensonge en lui répondant que non et elle m’a lancé : « Menteur ! » Ça a été pire qu’une gifle.

F.D. : Grandir derrière le comptoir du café de vos parents ne vous a pas donné envie de tenir à votre tour un troquet ?

P.P. : Oh là, là, non, quelle galère ! À un moment, ils faisaient même un peu de restauration, donc maman cuisinait et servait, et j’ai le souvenir d’elle, complètement épuisée. Ils bossaient dix-huit heures par jour au minimum, je n’ai jamais vu des gens travailler autant que mes parents. Mais je reconnais que c’était un endroit très folklorique pour l’enfant que j’étais.

F.D. : Qu’aimiez-vous vous offrir avec les pourboires gagnés en aidant vos parents au café ?

P.P. : J’adorais avoir une petite pièce pour m’acheter des chewing-gums, du chocolat, des bonbons.

F.D. : Quels souvenirs gardez-vous de vos premières vendanges ?

P.P. : Un souvenir très ému, car ç’a aussi été mon premier baiser. C’était en 45 ou 46, je devais avoir 11-12 ans, et Lucienne m’a embrassé au beau milieu des raisins [rires].

F.D. : Rébecca, votre épouse depuis près de cinquante-cinq ans, est de toutes vos aventures vinicoles. Pourriez-vous être avec une femme qui déteste le vin ?

P.P. : Ce n’est pas une grande amatrice. Elle ne boit que de très grands crus, et à de rares occasions. Quant à moi, je ne bois jamais seul, c’est un plaisir, une jubilation que j’aime partager. Et que j’ai voulu transmettre avec ce bouquin. Parmi mes milliers de souvenirs, j’ai dû faire des choix, mais je peux largement écrire un deuxième tome aussi passionnant.

F.D. : Pour en revenir à votre épouse, pourquoi l’avez-vous rebaptisée Rébecca, alors qu’elle s’appelle Simone ?

P.P. : Ben, je ne sais pas ! Parce qu’elle a un visage biblique, une tête qui faisait qu’elle ne pouvait que se prénommer Rébecca. Tout de suite je l’ai appelée ainsi et ça lui a toujours plu. Mais vous savez, depuis qu’elle me connaît, plus rien ne l’étonne.

F.D. : À 82 ans, vous avez toujours l’envie et l’énergie de monter sur scène ?

P.P. : Oh que oui ! Sinon, j’aurais arrêté. Le 5, je chantais à Caen. La semaine précédente, je suis allé inaugurer une école qui porte mon nom près de Chablis, et suivront encore deux autres ce mois-ci, à Marne-la-Vallée et près de Toulouse. Ce seront les 25 et 26es ! C’est extraordinaire de voir tant d’endroits qui portent mon nom. Car il y a aussi des squares, des rues, des médiathèques, des bibliothèques, comme celle de Waremme, en Belgique… De mon vivant en plus, je trouve ça magnifique ! Moi qui ai été le plus censuré de tous…

Caroline Berger