« Aujourd’hui, je ne vois plus mes brûlures »

« J’avais 6 ans lorsqu’en 1977 l’accident est arrivé en camping avec mes parents : un contenant d’alcool surchauffé par le soleil, mon père l’ouvre, et c’est l’explosion. J’ai été brûlée à plus de 55 %.  Un accident tragique, très culpabilisant pour mes parents, mais moi, j’en ai tiré le meilleur… Plutôt morose et “chouineuse“, je suis devenue motivée et heureuse de vivre ! Je n’ai jamais fait de dépression.

Peut-être parce que je n’ai toujours vu que le positif. Quand je suis devant la glace, je regarde ce que j’ai de mieux, mes cheveux, mes yeux… Je ne vois plus les brûlures au point qu’il m’arrive de me demander pourquoi les gens me dévisagent dans la rue.  Bien sûr, il y a eu les souffrances physiques, un trentaine d’opérations jusqu’en 1992 pour réparer mon visage, décoller mes doigts, mes oreilles.

 

Petite, nuit et jour y compris à l’école, je portais un vêtement compressif et une cagoule pour ne pas cicatriser avec des bosses. Un jour dans un magasin de jouets, une dame avec un bébé s’est mise à crier que ma présence allait traumatiser son enfant. J’avais 7 ans. J’ai dit à ma mère effrayée : “Pars si tu veux, moi je reste !“ A l’adolescence, les choses se sont corsées car je gardais pour moi les humiliations, jusqu’à ce jour dans un bus scolaire.

Un garçon n’arrêtait pas de me harceler : “Le monstre, la laide“, m’appelait-il, ou encore “la flambée, la toastée…“   Il a voulu prendre ma place assise. Je l’ai littéralement collé à la fenêtre. Tout le monde scandait mon nom. J’ai réalisé que ce type n’avait pas d’amis. J’ai compris aussi qu’il fallait que je parle de mes blessures pour ne pas m’enfermer et exploser de colère.  A part ça, j’étais confiante, convaincue que je trouverai un jour un homme qui m’aimerait pour ce que je suis vraiment.

J’avais raison ! J’ai épousé mon mari en 1999 et j’ai eu des enfants avant la plupart de mes amies ! Deux garçons, aujourd’hui 13 et 11 ans. En fait, la plus dure épreuve, je l’ai vécue lorsque j’ai été congédiée de l’hôpital où j’exerçais comme inhalothérapeute. J’avais travaillé dur pour y arriver, surmonté le poids des apparences, refusé une carrière dans un bureau, cachée au regard des autres.

Communiquer, donner un peu de bonheur à des gens qui souffrent de difficultés respiratoires, c’est ça ma vocation ! Et que je sache, aucun de mes patients fragiles du cœur n’a jamais eu de crise cardiaque en me voyant ! Alors rien ne pouvait m’atteindre plus que le harcèlement moral au travail qui m’a fait douter de mes compétences. Pour la première fois, j’ai pensé au suicide. J’ai mis 3 ans et demi avant de retrouver un employeur qui me fasse confiance.

C’est ce qui a déclenché mon envie d’écrire (L’étincelle de Vie, éd. La Semaine, www.lasemaine.ca), un livre positif, drôle j’espère, qui peut-être en aidera quelques-uns à se relever devant les préjugés et l’injustice. Aujourd’hui, je fais beaucoup de conférences sur l’image de soi, j’anime un forum (www.annyberthiaume.com), me suis engagée pour la prévention en étalant mon visage sur 40 000 affiches dans le pays et une partie de mes droits d’auteur est reversée à la Fondation des Pompiers du Québec en faveur des grands brûlés pour la Recherche médicale de Culture de Peau. Moi, il a fallu me prélever des échantillons partout où le feu m’avait épargnée ! Mais tout cela progresse. J’y crois ! »

Propos recueilli par Laurence Delville