Élizabeth : “Comment j’ai maltraité mon fils adoptif…”

 

VAP 3697 ELLE A MALTRAITE SON FILS ADOPTIF

 

Après avoir recueilli son enfant “d’occasion” au Vietnam, Élisabeth lui a fait subir l’enfer durant six longs mois. Aujourd’hui, pleine de remords, celle qui donne désormais des cours de français aux migrants souhaite lever un tabou. Celui de la violence des mères adoptives…

 

Élizabeth Letourneur, Paris

«Je me suis toujours dit que j’allais un jour adopter. Au début, je pensais avoir la chance d’accueillir chez moi un enfant roumain, ou un petit Africain. Avec mon mari, nous avons finalement attendu qu’Emmanuelle, notre fille (naturelle), approche les 10 ans pour nous lancer dans ce projet qui me tenait tant à cœur.

Comme pour beaucoup d’autres couples, le chemin de l’adoption aura été laborieux. Les démarches auront duré pas moins de deux années et nous auront coûté pas loin de 80.000  francs (environ 12.000  euros).

Sans doute que mon poste à la direction de la communication au ministère de la Culture aura été un point positif dans notre dossier. Toujours est-il que, malgré notre grande ouverture d’esprit, mon seuil de tolérance a explosé lorsque nous nous sommes rendus au Vietnam, en 1996, pour aller chercher notre futur enfant.

 Il faut savoir qu’il y a une vingtaine d’années, les personnes âgées parlaient le français et nous respectaient. En revanche, les jeunes voyaient en nous le dollar et le voleur d’enfant. Mon racisme stupide est donc né dans ce pays sale où la galanterie n’existait pas.

Nous étions ravis toutefois d’y faire la connaissance de Phi Vu, ce qui signifie “vent violent, nuit d’orage”. Né le 10  octobre 1995, il avait été abandonné devant l’orphelinat six jours plus tard. Hélas, notre retour en France ne s’est pas déroulé comme je l’avais imaginé. Je n’aurais jamais pensé pouvoir faire du mal à l’enfant que j’avais pourtant tellement désiré.

Généralement, une maman aime la salive de son bébé. Elle supporte plus ou moins son urine, ses selles. Moi, en changeant la couche de ce bébé d’occasion, j’ai réalisé qu’il n’avait pas mon odeur, cette matière brune ne m’appartenait pas. Je l’ai alors giflé à trois reprises. C’était plus fort que moi.

Les jours suivants, j’ai continué à le frapper et à l’insulter. Un jour, sur la table à langer, il pleurait, c’était insupportable. J’ai voulu le calmer. Je lui ai flanqué sa couche sur la figure, il avait le visage plein d’excrément et il a bouffé sa merde. Martyriser son enfant adoptif est une réalité terrifiante.

Secret

Aussi incroyable que cela puisse paraître, des mères qui tyrannisent leur enfant adopté, il y en a pléthore ! J’ai entendu plus tard des histoires plus effrayantes les unes que les autres. Comme celle de cette femme qui chronométrait le temps que prendrait son môme avant de se noyer dans la baignoire. Scandaleux.

Je ne parle ici que des mères adoptives, car les pères sont quant à eux souvent dans le déni. Lorsque mon époux entendait les cris de Phi Vu, rebaptisé Antoine, il fermait la porte par lâcheté. Ma fille Emmanuelle, âgée à l’époque de 9 ans, et que je n’ai jamais brutalisée, est l’unique personne qui m’a vue gifler Antoine.

Très froide avec moi, elle s’est occupée de son frère comme une petite maman. Et elle a gardé le secret. J’avais tellement honte, je ressentais une culpabilité phénoménale. À plusieurs reprises, j’ai demandé de l’aide. J’ai notamment téléphoné à la Ddass pour expliquer qu’Antoine était en danger. En vain.

J’ai récemment appris qu’il existait désormais des stages organisés par l’ASE (Aide sociale à l’enfance), au retour des parents adoptants. Mais en 1996, ils n’existaient pas. C’est finalement Jacques, un ami de longue date, qui nous a sauvés Antoine et moi.

Il m’a écoutée, puis m’a menacée d’alerter la police si je n’allais pas consulter, dès le lendemain, le pédopsychiatre qu’il me recommandait. En trois séances avec ce psy, dont les mots ont été un électrochoc, je n’ai plus jamais eu de pulsion violente.

J’ai donc vécu six mois de folie. Du 21  juin au 21  décembre 1996. Ma descente aux enfers dès la majorité y est sans doute pour quelque chose. À 18 ans, j’ai été violée par deux hommes. Et à 23 ans, dans un duplex du XVIe arrondissement de Paris, j’ai été droguée et abusée sexuellement de minuit à 5 heures du matin par cinq hommes du quartier !

Aujourd’hui, Antoine a 21 ans. Il est en deuxième année de master en science politique. Très indépendant, introverti et discret, il n’a pas voulu consulter de psy.

Je tiens à ce qu’il sache qu’il est ma lumière, mon amour. J’ai une immense admiration pour lui. Si j’ai osé écrire dans un livre ce que je lui ai fait subir, c’est d’abord pour me libérer d’un poids, mais aussi pour dénoncer cette violence, révéler, à ceux qui l’ignorent, la maltraitance des enfants adoptés. »

Anita Buttez

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