Fred Vargas : Elle rêvait d’être Yvette Horner

Fred Vargas

La vraie passion de Fred Vargas, la reine du polar, était l’accordéon.

 

Tous ceux qui ont eu le bonheur de lire le dernier roman de Fred Vargas Quand sort la recluse seront rassurés sur leur idole qui a choisi la littérature plutôt que le piano à bretelles.

Dans cette nouvelle aventure du commissaire Adamsberg – une histoire d’araignée tueuse dont le nom rappelle aussi celui des femmes qui, au Moyen Âge, se faisaient emmurer vivantes pour consacrer leur existence à la prière –, Fred Vargas se sert de ses connaissances de médiévistes et d’archéozoologue. Mais l’ouvrage ne contient en revanche aucune référence à la grande passion musicale de l’auteure.

->Voir aussi – Fred Vargas : Une carrière commencée sous le signe du rat !

Et pourtant, dans une récente interview accordée à Madame Figaro, elle avoue sans ambages que c’est presque par défaut qu’elle a délaissé les touches de son instrument favori pour se tourner vers celles du clavier de son ordinateur.

Bals musette

« En fait, j’ai commencé à écrire des romans policiers parce que j’ai renoncé à l’accordéon, a-t-elle confié à notre confrère. J’en avais un petit que je transportais avec moi à l’université et dont je jouais entre les cours. […] Au bout de dix ans, j’ai arrêté car j’ai compris que je n’étais pas assez douée. »

Oui, vous avez bien lu ! Fred Vargas se rêvait en Yvette Horner écumant les bals musette, plutôt qu’en Marguerite Duras dédicaçant ses œuvres au Salon du livre… Et ce n’est pas du tout par hasard qu’elle a choisi de se tourner vers le polar.

Car il existait à ses yeux un lien évident entre son ancien et son nouveau hobby : l’accordéon est le mauvais garçon de l’orchestre et le roman policier, celui de la littérature. Au début, écrire des ouvrages était pour elle une façon de se détendre, d’oublier un temps la rigueur exigée par son métier d’alors.

Car Fred Vargas ne cache pas que l’archéozoologie est une discipline austère : « Sur un chantier, on trie des dizaines de milliers de restes d’ossements d’animaux. […] Il faut établir les tableaux, les statistiques, l’histoire, avec un corpus qui peut reposer sur huit cents sites en Europe. »

On aura bien compris que cet exercice ne permet pas de laisser vagabonder son imagination… Le roman n’est alors pas de trop pour l’aider à s’échapper de cet univers pour le moins terre à terre.

Partitions

Jusqu’à ce que Fred Vargas puisse vivre de son art et s’y consacrer à plein temps, elle dont chaque nouveau livre se vend aujourd’hui à plus de 400.000 exemplaires. Des livres qu’elle dit composer comme des partitions, donnant à chacun de ses personnages le son d’un instrument. Mais l’auteure ne dit pas si elle écrit en écoutant Aimable et son accordéon…

Claude Leblanc