La Boule est mort. Sa dernière interview : “Je suis foutu ! J’ai un cancer”

 

La Boule logoDepuis novembre, l’ex-geôlier de  Fort Boyard  se bat contre un cancer de l’œsophage doublé d’un diabète. Ne se déplaçant plus qu’en fauteuil roulant, il a même refusé d’ouvrir l’enveloppe contenant les résultats de ses dernières analyses…

La Boule faceMa voiture s’enfonce en rase campagne. Je sais où se tapit La Boule : dans son repaire du Musée 51, loin du littoral, de Fort Boyard et de l’île d’Oléron : à l’intérieur des terres d’une Charente-Maritime secrète. C’est là que je le retrouve, dans son village natal de Berneuil, en Haute-Saintonge. Yves Marchesseau, dit la Boule, m’invite dans son antre et me sert un verre de pastis.

La Boule costaudFrance Dimanche (F.D.) : Comment allez-vous ?

Yves Marchesseau (Y.M.) : Très mal. Je suis épuisé. Je n’ai pas dormi. Je me suis levé à six heures du matin pour aller faire la promotion de galettes au beurre et de bouteilles Fort Boyard dans une grande surface de Saint-Pierre-d’Oléron. Je suis obligé de continuer à faire ces animations : j’ai une toute petite retraite de sept cents euros par mois.

F.D. : J’ai lu que vous étiez définitivement parti de Fort Boyard

Y.M. : On raconte n’importe quoi ! D’abord que je suis à la retraite de Fort Boyard. Pas du tout ! Je suis seulement en retrait pour un an. La production m’a assuré que je pourrai reprendre ma place en 2015, quand j’irai mieux, car, pour le moment, j’ai de très gros problèmes de santé.

F.D. : Que vous arrive-t-il ? On dit que vous êtes cardiaque, parce que trop gros ?

Y.M. : Trop gros, je ne le suis plus : j’ai perdu vingt kilos. En novembre dernier, j’étais à table, avec ma fille Stéphanie, lorsque j’ai fait une attaque. J’ai été transporté en urgence à l’hôpital et c’est là qu’avec un scanner, on a dépisté mon cancer de l’œsophage ! Depuis, je suis soigné. J’ai suivi quatre semaines de radio-chimiothérapie à Poitiers. Mes problèmes de santé se sont multipliés, on m’a découvert du diabète – une infirmière vient chaque jour me faire une piqûre –, j’ai des bandages et je me déplace en fauteuil roulant : j’ai perdu l’appétit et le sommeil.

La Boule portraitF.D. : Suivez-vous un régime particulier ?

Y.M. : Oui, je ne peux pas manger n’importe quoi. J’ai des difficultés à avaler. Mon chirurgien m’a mis quatre stents, des ressorts métalliques, pour dilater mes artères.

F.D. : Comment envisagez-vous l’avenir ?

Y.M. : J’ai reçu mes résultats du laboratoire de cancérologie. J’ai peur de mourir et je n’ai pas encore ouvert l’enveloppe. Car je veux à tout prix protéger Stéphanie. C’est une fille adorable avec son papa malade.

F.D. : N’avez-vous pas été victime d’une erreur médicale enfant ?

Y.M. : Oui, j’avais trois mois. Nourrisson, j’ai développé un abcès à un sein. Et pour le guérir, les médecins m’ont prescrit un mauvais traitement médicamenteux : j’ai perdu tous les poils de mon corps ! Ç’a été un énorme handicap d’être chauve et imberbe pour draguer !

La Boule et Passe MurailleF.D. : Pouvez-vous compter sur vos amis de Fort Boyard pour vous soutenir ?

Y.M. : Ici, on m’appelle autant « Bouboule » que « le Yul ». Comme Yul Brynner, un autre chauve. Anthony Laborde, alias Passe-Muraille, est formidable. On s’appelle presque tous les jours. Il habite près de Nantes, mais vient souvent voir sa copine à Périgueux, près de chez moi.

F.D. : Qui d’autre vous aide ?

Y.M. : Mon infirmière qui me fait mes piqûres et mes bandages, et aussi ma fille Stéphanie, qui habite Saintes. Et puis, surtout, tous mes amis du Musée 51 : c’est comme une famille.

F.D. : D’où vous vient l’idée du Musée 51, au pays du cognac, du bordeaux et du pineau des Charentes ?

Y.M. : Je faisais des promos pour les bouteilles sur des stands 51, en grandes surfaces. Et là, j’ai démarré ma collection. J’ai rassemblé presque mille objets du Pernod : de vrais collectors. J’ai aussi été cariste pendant presque dix ans, à Atlas, une usine de métallurgie et d’hydraulique de Saintes : je transportais des palettes de ferraille sur un élévateur. Puis j’ai été licencié, mais j’ai eu ma chance d’être repéré par Patrice Laffont en 1994, et j’ai fait pendant vingt ans Fort Boyard. Ma revanche sur la vie.

La Boule gongF.D. : Où avez-vous passé votre jeunesse ?

Y.M. : Sur l’île d’Oléron où je reviens toujours, même à 62 ans ! Mes parents m’emmenaient à la Brée-les-Bains et aux Sables-Vigniers, près de Fort Boyard ! J’avais 7 ans quand j’ai mis les pieds pour la première fois sur le fort ! À l’époque, c’était une prison abandonnée qui servait aux marins-pêcheurs et aux adolescents amoureux. L’émission a été ma revanche sur une vie qui avait mal commencé. Aujourd’hui je suis foutu, j’ai un cancer.

Cédric Potiron