“J’ai tout quitté pour vivre ma passion pour le voyage”

Capture d’écran Portrait Linda Bortoletto © Eric Cassini HD - voyage

© Eric Cassini

 

Sa vie aurait satisfait plus d’une personne mais Linda, 34 ans, s’y ennuyait. Alors cet ancien officier de l’armée de l’air a tout remis en cause et réalisé son rêve de petite fille.

 

« J’avais tout pour être heureuse : une brillante carrière d’officier détaché au ministère du Budget, un beau mariage, un mari gentil, et je pouvais m’offrir de superbes vacances. Mais je ne me sentais pas à l’aise dans cette vie routinière. Cette existence ne m’exaltait pas, même si je ne voulais pas me l’avouer.

 

Et le jour où mon père est décédé en mars 2009, j’ai été tellement déstabilisée que j’ai eu l’impression d’exploser. Nous étions proches, mais je me suis rendu compte que je n’avais pas eu le temps de lui expliquer qui j’étais devenue, et lui non plus ne m’avait pas transmis tout ce que j’aurais voulu savoir.

« Il m’a fallu trois ans avant de comprendre que mon équilibre passerait par l’accomplissement de mon rêve de petite fille… »

J’ai réalisé que je n’avais pas de temps à perdre, même à 27 ans. Alors, j’ai divorcé et j’ai quitté mon travail pour reprendre ma liberté. Il m’a fallu trois ans avant de comprendre que mon équilibre passerait par l’accomplissement de mon rêve de petite fille : voyager et vivre comme une aventurière.

 

Un jour, je me suis installée devant une carte du monde et j’ai regardé où je pourrais partir pour perdre tous mes repères connus et commencer quelque chose de neuf. Mon doigt s’est posé sur le Kamtchatka, cette péninsule volcanique située dans l’Extrême-Orient russe, et j’ai éprouvé comme un appel intérieur, l’intuition viscérale que c’était là qu’il fallait que j’aille.

 

Je m’y suis donc rendue. Là-bas, j’ai trouvé une deuxième famille, passant trois mois en compagnie d’une brigade d’éleveurs de rennes tchouktches étonnés et ravis de m’accueillir. J’étais la première étrangère à faire la transhumance avec eux, depuis leur village jusqu’à la mer de Béring. J’ai partagé leur quotidien, leur thé sucré du matin, ri avec eux et découvert la force mystérieuse que dégage leur troupeau de 2 500 rennes.

« J’ai parcouru 1 500 km de l’Alaska Highway à vélo. »

 

Les Tchouktches disent qu’ils ont le pouvoir de soulager les peines et, de fait, les regarder m’hypnotisait et me vidait l’esprit. Je me souviens de l’immensité de la toundra et du silence qui répondait à mon silence intérieur. J’étais enfin moi-même, hors d’atteinte, hors du temps.

 

Après ce périple, je ne suis pas rentrée à Paris, j’ai mis le cap sur l’Alaska, de l’autre côté de la mer de Béring. J’ai parcouru 1 500 km de l’Alaska Highway à vélo. Sur cette route recouverte de glace et souvent balayée par les vents, j’ai pu admirer des paysages grandioses, la mer, la montagne, les forêts, et même croisé des chevaux sauvages.

 

Je passais mes nuits sous une tente ou chez l’habitant. Même si les conditions étaient parfois très difficiles, je me sentais bien, en harmonie avec la nature.

 

Pour suivre son voyage : www.lindabortoletto.com

 

Lorsque je suis revenue à Paris après ce voyage initiatique de cinq mois qui avait paru insensé à tous ceux qui me connaissaient, je me suis rendu compte que je n’étais pas partie pour fuir mais pour me retrouver.

 

J’ai tout raconté dans un livre (Là où je continuerai d’être – L’appel des terres sauvages, Le Passeur Éditeur) pour prouver que chacun peut reprendre sa liberté et changer de vie. Quand on a un rêve, il faut se mobiliser pour le réaliser.
Ce n’est pas facile, on doute souvent, il y a de nombreuses remises en question, mais la récompense est à la hauteur des efforts consentis : c’est l’harmonie !

 

Aujourd’hui, je n’appréhende plus l’existence de la même manière. Les artistes s’épanouissent dans l’écriture ou la peinture, moi, dans les voyages. Je travaille maintenant en tant qu’indépendante dans la communication et, en parallèle, continue mes aventures.
La prochaine aura lieu de juillet à octobre, au Tibet. »
Julie Boucher