Clémence : “La mort de mon père m’a poussée à changer de vie…”

 

Clémence Puzin ou l'art du vitrail. Photos : Denis Manin

Le maître verrier Clémence Puzin. Photos : Denis Manin

 

Après avoir fait des études de biotechnologie et travaillé quelques années dans 
le domaine de la recherche génétique, Clémence Puzin, 38 ans, s’est reconvertie dans l’art du vitrail… Un choix du cœur qu’elle n’a jamais regretté !

 

«Après mon baccalauréat scientifique, mon avenir semblait tout tracé. Passionnée par la biologie, mais pas vraiment par l’idée de faire de longues études, je me suis inscrite au BTS de biotechnologie afin de pouvoir travailler rapidement dans le domaine de la recherche. Ce que j’ai pu faire durant quelques années une fois mon diplôme en poche.

Les souris blanches, burettes et autres boîtes de Pétri n’avaient alors aucun secret pour moi ! Mais ce plan de carrière était loin de me satisfaire. Et, surtout, c’était sans compter ce que je pourrais appeler un “accident de parcours” mais qui est bien davantage que cela en réalité.

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VAP 3671 CLEMENCE PUZIN A CHANGE DE VIE APRES LA MORT DE SON PERE ET EST DEVENU VITAILLISTE

La mort de mon père le 25 août 2001, alors que je n’avais que 22 ans et que je pensais finir en rat de laboratoire, a fait voler en éclats ce que je croyais être le but de ma vie.

L’année qui a suivi son décès, je quittais l’entreprise qui m’employait et partais m’installer à Chartres pour y apprendre… l’art du vitrail ! Passer subitement de la biologie moderne à un artisanat ancestral peut vous sembler bizarre ! Pourtant, cela n’avait rien d’une lubie et, encore aujourd’hui, quinze ans après, je ne regrette pas mon choix.

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Daniel, mon papa, était architecte. Fou des vieilles pierres, il adorait construire, reconstruire et rénover les maisons qui lui passaient sous la main. Il savait presque tout faire ! Et lorsqu’il ne savait pas, il apprenait, tout simplement !

MaisonAinsi en 1990, c’est en Mayenne, à 3 heures de Paris, qu’il a trouvé la perle rare : le manoir de Classé et ses dépendances, corps de bâtiment datant de la Renaissance, et qui servait alors d’entrepôts aux agriculteurs qui en étaient propriétaires ! Autant dire qu’il y avait du pain sur la planche !

Quand, après quelques années de dur labeur, est enfin venu le temps d’équiper les fenêtres de vitraux, il a décidé d’apprendre à les fabriquer. Inscrit aux cours du soir de la mairie de Paris, mon père en a appris tous les secrets de fabrication et commencé à réaliser ses panneaux dans les règles de l’art. Hélas ! devenu très malade, il n’a pas eu le temps de les finir, et seules quelques-unes de ses œuvres ont pu être placées dans les châssis.

-> Plus d’infos sur son site : http://vitraildutemple.free.fr/

Très affectée par sa disparition, j’étais aussi très triste qu’il n’ait pas pu terminer ce travail auquel il tenait tant. Peut-être cherchais-je également un moyen de “faire mon deuil”, une façon de le garder vivant dans mon cœur et, en quelque sorte, sous mes yeux.

Toujours est-il que je me suis inscrite à mon tour à des cours chez un maître verrier, pour “voir” si cela me plaisait, et acquérir assez de technique pour venir à bout des fameuses fenêtres du manoir de Classé. Je n’aurais jamais cru que cet essai timide me mènerait si loin !

Conquise par cet extraordinaire jeu de puzzle qui consiste à assembler des morceaux de verre pour en faire un véritable tableau, j’ai vite quitté mon travail au labo, direction Chartres pour la préparation intensive du CAP de vitrail durant deux ans !

DécoupePoseMoulure

J’ai commencé par travailler dans les ateliers de grands maîtres pour parfaire ma formation et, au bout de deux ans, durant lesquels j’ai pu restaurer de nombreux édifices religieux et apprendre de nouvelles techniques, notamment celle de la dalle de verre apparue dans les années 20, je me suis lancée.

En 2006, j’ai ouvert mon propre petit atelier de 35 m2 dans le Marais à Paris, puis il y a deux ans, ma petite entreprise s’est agrandie, et j’ai acquis un local de 85 m2 à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis. C’est là que je travaille pour des particuliers, des syndics d’immeubles ou dans le cadre très strict des Monuments historiques.

C’est là aussi que je transmets mon savoir à des élèves, plusieurs fois par semaine. Cerise sur le gâteau : chaque été, dans le cadre du manoir mayennais restauré par mes parents et où ma mère réside désormais, j’organise des stages d’initiation de trois jours.

À la fin de ces journées d’apprentissage, intenses mais joyeuses, entrecoupées d’un déjeuner – digne d’une bonne maison ! –, chacun repart avec son œuvre, fier de son travail. Pour ma part, je ne regrette pas ma reconversion et je pense que mon père serait fier de mon parcours… »

Clara Margaux
Photos : Denis Manin