« Qu’on me laisse redevenir la maman de ma fille »

 

« J’ai sans doute été mal conseillée, trop naïve et victime d’une erreur d’appréciation de la justice. C’est un peu tout ça qui fait qu’aujourd’hui je me retrouve dans une situation inextricable et terrible : je ne suis plus la mère de ma fille, plus la maman de Virginie(*) à qui, pourtant, j’ai donné le jour, il y a 12 ans. La justice ne me reconnaît plus ce droit et considère que je l’ai abandonnée alors que cela n’a jamais été le cas.

En 1997, lorsque j’étais enceinte, le père biologique de Virginie est parti. J’ai donc mis seule ma petite au monde. Pour tourner la page, oublier cet abandon et tenter de redémarrer une autre vie avec mon bébé, j’ai décidé de déménager, de quitter la région parisienne pour m’installer dans le Tarn. C’est là, qu’en 2000, j’ai rencontré un homme pour qui j’ai eu un vrai coup de foudre. Nous nous sommes mis en ménage et nous vivions un superbe amour, lui, moi et Virginie. Auprès de lui, nous avions trouvé la stabilité affective et financière.

En 2005, lorsque mon ami m’a proposé d’adopter Virginie pour lui donner un “vrai“ père, j’ai été bouleversée par son intention. C’était, pour moi, la preuve que j’avais trouvé l’homme de ma vie. J’ai accepté et, plutôt que d’opter pour une simple reconnaissance en paternité ou une adoption simple, nous avons choisi la procédure d’adoption plénière. Un choix qui, en fait, s’est avéré très lourd de conséquence pour ma fille et pour moi. Car, finalement, un an plus tard, je me suis séparé de ce nouveau compagnon.

Des tensions ont alors vu le jour entre nous deux. Il avait le droit de voir Virginie mais comme elle fuguait de l’école dès qu’elle devait se rendre chez lui et que, de plus, j’étais en dépression à cause de cette séparation, j’ai demandé à ce qu’elle ne soit plus obligée de le voir et qu’elle soit, le temps que je retrouve la santé, placée dans un foyer. C’est là que mon ancien compagnon a fait valoir que je n’avais plus de droit sur elle, contrairement à lui. En effet, l’adoption plénière équivaut à un abandon de la mère biologique, donc de moi. J’ai vraiment été mal informée, à l’époque, sur ce type d’adoption. Si j’avais su qu’elle me retirait mes droits et couperait, de manière irrévocable, tous les liens que j’avais avec Virginie, jamais je ne l’aurais fait. J’aurai opté pour une autre procédure d’adoption.

Mon dossier est d’ailleurs considéré comme un véritable casse-tête juridique par le tribunal de Castres. L’adoption plénière confère à l’enfant une filiation qui se substitue à sa filiation d’origine : l’adopté cesse d’appartenir à sa famille par le sang, d’après la loi. De plus, toujours selon la loi, comme je n’étais pas mariée avec mon ami, Virginie n’est donc plus ma fille. Même les magistrats n’avaient pas fait attention à cette subtilité du code civil ( article 354). Mon nom a d’ailleurs été retiré de l’acte de naissance de ma fille. J’en ai le cœur brisé même si, aussi incroyable que cela puisse paraître, le juge des enfants m’a malgré tout accordé sa garde.

Je me battrai toujours pour retrouver mes droits parentaux. J’envisage de lancer une procédure d’adoption pour redevenir officiellement la maman de Virginie même si, je le sais, elle ne pourra pas à aboutir, puisqu’il me faut d’abord l’accord de son père adoptif. Et, vu le climat qui règne entre nous, il refusera. Pour l’instant, je ne vois Virginie qu’à l’occasion de quelques droits de visite.

J’ai un dernier espoir, celui de faire annuler toute la procédure. Si je n’y parviens pas, je saisirais la cour européenne des droits de l’Homme. Avec mon avocate, nous allons plaider l’intérêt de Virginie qui est la principale victime de cette dramatique affaire. Je veux aussi que mon histoire puisse servir à d’autres et faire en sorte que cela ne se reproduise plus. »

(*) On a volontairement changé le prénom de la fillette.

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