« Mon obsession : Trouver des toits pour ceux qui n’en ont pas »

 

Une jeunesse difficile, l’épreuve de la rue, des violences, des séparations, ont fait, de cette femme, une bienfaitrice qui œuvre en famille.

« D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours soutenu les plus démunis. Alors, il y a quelques années, j’ai décidé de créer ma propre association Letoikétatous. Mais, avant d’en arriver là, que de chemin parcouru !

Je suis née dans le milieu ouvrier de Metz et, dès l’adolescence, j’ai aidé les responsables du centre social de mon quartier, où j’étais animatrice bénévole. Bonne élève, j’avais de gros problèmes de discipline, car j’étais toujours du côté des punis. À 12 ans, j’étais déjà une vraie rebelle, et à 14 ans, j’ai commencé à fuguer, car je trouvais l’ambiance à la maison insupportable, avec des parents trop sévères. Mon père avait été interné en camp de concentration à Auschwitz à 7 ans, et il s’en était sorti, je crois que c’est ce qui l’a rendu dur mais qui lui a aussi donné cette force dont j’ai hérité.

Cependant, adolescente, je ne le supportais pas et, à 17 ans, je suis partie pour de bon. J’ai sombré dans la drogue pour oublier la rue où je vivais. J’ai multiplié les cures de désintoxication, en vain. C’est grâce à un ami que je m’en suis sortie. J’avais 19 ans, et j’ai enchaîné les boulots précaires où j’ai rencontré un ex-légionnaire qui m’a fait vivre cinq ans de menaces et de terreur psychologique. Pour m’en sortir, je savais que je n’avais qu’une solution : passer le permis de conduire. Je me suis promise que, si je l’obtenais, je quittais mon époux… Une promesse tenue dès que j’ai décroché le papier rose !

À l’époque, j’ai croisé un vieux copain de galère, avec qui je me suis installé. Nous avons eu cinq enfants. Le temps du bonheur me semblait enfin arrivé, nous formions une famille soudée et aimante, jusqu’au jour où mon mari s’est mis à boire… Mes enfants les plus âgés ne l’ont pas supporté et m’ont demandé de le quitter. Nous avons alors vendu la maison à perte, et j’ai quitté Metz avec ma marmaille pour m’installer dans la région de La Rochelle, où j’avais trouvé un emploi d’éducatrice.

C’était en 1997, l’année où est né le mouvement des chômeurs. J’ai immédiatement milité au sein d’associations. Nous avons mené des opérations au cours desquelles nous avons trouvé un toit pour une cinquantaine de mal logés.

Ce dont je suis le plus fière, c’est qu’en grandissant, mes enfants ont pris le relais de mon engagement puisqu’en 2007, lorsque les tentes du mouvement Don Quichotte se sont installées à la Rochelle, ils se sont spontanément joints au mouvement. Je ne pouvais que les épauler et, au début de l’année 2008, nous avons ouvert un squat pour loger des familles. Embarquée par la police, j’ai alors entamé une grève de la faim qui durera 37 jours.

C’est suite à cette action que j’ai fondé mon association Letoikétatous, en mars 2008. Depuis, je sers des repas chauds avec mon compagnon, nous accueillons des gens chez nous le temps pour qu’ils se requinquent, et je me consacre entièrement à l’association. Mes enfants, qui ont aujourd’hui entre 19 et 28 ans, nous aident et je peux dire que nous tirons notre force de cette solidarité familiale. Et les résultats sont là ! L’année dernière, nous avons relogé 158 personnes, dont une dame de 78 ans qui vivait dans sa voiture depuis des mois. »

http://letoiketatous.over-blog.com

Propos recueilli par Marie Godfrain

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