“Ainsi était Philippe Bedos, le fils de Sophie Daumier…”

Philippe Bedos avec son chien Byron, à Olivet, en 2009.

Le fils de Sophie Daumier, qu’avait adopté Guy Bedos, est décédé en fin d’année dernière. Pour lui rendre hommage, ses proches ont fait parvenir au journal cette biographie touchante.

Philippe Bedos (interprète, auteur compositeur, guitariste de rock) est né le 1er mai 1954 à Paris 20ème, fils de Madame Sophie Daumier (actrice, comédienne, chanteuse), et de son père adoptif Monsieur Guy Bedos (humoriste) qui l’avait légitimé par mariage à l’âge de ses 9 ans. Son amour de la musique lui a donné la force de lutter contre beaucoup de galères qui sont le lot de bien des artistes. Il n’a pas tous les jours mangé à sa faim par fierté, pour ne rien devoir. Il  n’a jamais voulu “profiter“ de la notoriété de ses parents, bien au contraire.

En 1975, Il  écrit sa première chanson pour Yves Jouffroy : “Good Bye“ qui sera un tube dansé dans les clubs, et vendus à 300 000 exemplaires. En 1979, il monte le groupe Duroc avec Moza Pop (batteur), Jean François Mahani ( soliste), Vincent Vinges (guitariste et chœur), et Thierry (bassiste). Ils interpréteront ses textes et ceux de son complice et ami Same Guyot. En 1981, Barclay les signe pour le 33 tours “Brûlons la Californie“. Après un concert en première partie de Ted Nuggent à Baltard organisé par Bruno Basset, producteur tourneur, ils feront des concerts dans la région de l’île-de-France et assureront quelques radios.

Une tournée d’été est organisée mais en juin, Philippe est agressé et blessé violemment à la  gorge lors de la fête de Bob Marley après le concert de Roissy. Conduit à l’hôpital Necker, il arrivera juste à temps pour ne pas perdre sa voix. Cet accident nécessitera un long rétablissement. La tournée estivale est annulée.

Energique, volontaire, Philippe Bedos se relance dans la musique et trouve de nouveaux musiciens dont Jean François Bichet (guitariste) et David (batteur). Il écrit de nouveaux textes. Sa détermination est trop forte pour ses musiciens qui ne sont pas prêts à tenter l’aventure professionnelle. Philippe Constantin de chez Barclay veut le prendre en solo. Philippe, lui, ne conçoit pas autrement la musique qu’avec un groupe et ne veut pas d’une carrière en solo. Il refuse et se retrouve seul à poursuivre son travail musical  tout en assurant par intermittence différents métiers. Il sera figurant, comédien, assistant-casting, assistant de production, directeur artistique, assistant réalisateur et même gérant d’une société de production.

Sophie Daumier et Philippe à 9 ans

Puis, peu à peu, il va s’isoler et gérer la souffrance de savoir sa mère, qu’il adore, atteinte de la terrible maladie de la chorée d’Huntington. Le jour où le professeur Lioncaen lui annonce la maladie de Sophie, il apprend qu’il peut en être porteur ainsi que l’enfant que sa compagne attend. Une immense solitude musicale et affective le conduit à ne plus revoir ses amis… mais il reste  toujours présent pour Sophie avec laquelle il communique, elle murée dans ce corps silencieux, paralysé, qui était avant si pleine de rire et de vie.

Peu à peu sa voix se modifie, la souplesse de son jeu de guitariste disparaît, sa difficulté à terminer ses chansons et ses compositions le conduit à s’enfermer dans le silence. Un passage dans une clinique durant un an 1/2 lui fera vivre des traumatismes qui l’affaibliront encore plus face à la maladie. Après bien des souffrances, comme sa mise sous curatelle à sa sortie de la clinique, il deviendra aphasique au décès de sa maman le 1er janvier 2004.

Connaissant sa passion pour la musique, sa compagne de toujours avec des amis (ingénieurs du son, infographistes, réalisateurs et Guillaume Bay de Rozel Productions) lui propose de faire un DVD de textes et musiques inédits afin de donner un sens à sa vie. Ce travail en cours devait sortir le jour de son prochain anniversaire le 1er mai 2011. Philippe, après avoir subi pour son confort face à la maladie une gastrotomie, s’est éteint le 11 décembre 2010, des complications d’une infection pulmonaire, entouré de ses proches.

Certains articles disent que Madame Sophie Daumier avait abandonné son fils. C’est insultant pour cette femme tiraillée entre son amour de mère et son métier d’artiste. Philippe a vécu avec ses grands-parents jusqu’à 7 ans.  Puis il a été chez son oncle et ses cousins germains jusqu’à l’âge de 9 ans, année du mariage de Sophie avec Monsieur Bedos. Il a été ensuite en pension à Jouy-en- Josas, devenue maintenant la Fondation Cartier.

Madame Sophie Daumier était une artiste complète car elle savait danser, chanter, jouer la comédie et écrire des textes et même un livre. Son fils était aussi un homme talentueux. Ils avaient rêvé de faire un disque ensemble mais la maladie ne leur a pas laissé le temps.

Cette maladie rare, que Mesdames Bachoud-Levi  et Youssef  de l’hôpital Henri Mondor soignent est la chorée d’Huntington. Cette dégénérescence des cellules nerveuse  paralyse peu à peu le corps mais pas l’esprit. Les patients peuvent rester conscients jusqu’à la fin de leur vie, avec courage ou s’échappent par la folie. Sophie et Philippe avaient décidé de lutter pour vivre par amour, en toute lucidité.”

Tags: , , , ,


Pas de commentaires pour le moment.

Laissez un commentaire

You must be connecté pour poster un commentaire.