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Anaïs Dario : “J’ai tout fait pour sortir mon fils de l’alcoolisme”

Publié le 26 mars 2018

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© Stéphane Grangier Anaïs Dario

Anaïs Dario a assisté aux accès de violence de son fils unique, Nathanaël, à ses phases de rémission et à ses rechutes. Après avoir tout essayé, elle a décidé de le laisser-faire…

«Je n’ai pas tout de suite compris que mon fils avait basculé dans l’alcoolisme.

La première fois que je l’ai vu ivre, il avait 19 ans, je pensais que c’était accidentel. On habitait ensemble et je ne l’avais jamais vu dans cet état-là.

Mais avec le temps, il n’a plus réussi à se cacher. Nos conflits à ce sujet ont commencé quand il devait avoir 22 ans. Lui, qui avait lâché les études, puis son travail, avait sombré dans une phase d’autodestruction. Il avait des accès de violence, il détruisait les objets, donnait des coups dans les portes, laissait traîner ses bouteilles et ses mégots partout. J’étais désarçonnée.

Soigner

Un soir en rentrant du travail, j’ai composé le numéro des alcooliques anonymes.


Je me revois debout, penchée au-dessus du téléphone. Une femme à la voix douce et calme m’a expliqué que la volonté n’était pas la question, qu’il était malade et qu’il devait se faire soigner. à partir de là, mon regard et mon attitude ont changé. J’ai choisi de l’aider et de l’accompagner.

Nathanaël est beau, grand, mesuré, doux, tendre, prévenant. Il n’a jamais été dans le déni ou dans le secret. C’est même lui qui a décidé toutes ses hospitalisations. Pourtant, cela n’a pas suffi. Il faut dire que je me suis séparée de son père quand mon fils avait 10 ans pour me protéger de sa violence. Je pense que cette image d’un père alcoolique a été perturbante dans sa construction d’adolescent.

Je garde d’ailleurs de la culpabilité au fond de moi, même si mon psychothérapeute m’a aidée à comprendre que mon fils était responsable de son chemin de vie. Après plusieurs allers-retours dans des services spécialisés, je me suis résolue à suivre les conseils des alcooliques anonymes et de le laisser faire son expérience de mort pour mieux se relever, de le laisser s’enfoncer pour mieux rebondir, de ne plus intervenir.

Je l’imaginais dans sa minuscule chambre de bonne avec ses bouteilles et ses cigarettes. Je pensais constamment à lui. Le pire, c’était quand il ne donnait plus de nouvelles. Il pouvait disparaître pendant un mois. Les hospitalisations suite à des accidents étaient finalement les seuls moments de répit. Au moins, je savais où il était et qu’il était protégé.

Et puis, un jour de 2012, une copine lui a pris un rendez-vous chez un alcoologie et il y est allé. C’était sans doute le bon moment. Depuis, il y va régulièrement. Il prend du Baclofène, un médicament prescrit à la base pour décontracter les muscles mais qui permet aussi de retirer la pulsion de boire. La dose qui lui permet de vivre normalement est de quarante comprimés par jour.

Dernièrement, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a abaissé le nombre de prises possibles bien en dessous de ce seuil et de nombreux alcooliques qui ne veulent pas laisser tomber leurs patients prennent la responsabilité entière de leur prescription. La décision devrait être réexaminée prochainement et j’espère qu’elle ira dans le bon sens.

L’alcoolisme représente un coût énorme pour notre société aussi bien du côté de la sécurité routière que des soins hospitaliers, il est temps que cette maladie soit davantage prise au sérieux et qu’on lève les tabous.

Confiance

Aujourd’hui Nathanaël se reconstruit, il a un boulot difficile qui ne lui correspond pas pleinement mais qui lui permet de reprendre confiance. Il fait du sport, revoit ses amis d’enfance et s’est fait de nouveaux copains. Il a renoué avec la société.

De mon côté, je me reconstruis également. Ma vie n’a pas été facile, je peux dire que je suis née une deuxième fois à 40 ans, après un long travail d’analyse suite à ma séparation. Maintenant, j’apprends à prendre du temps pour moi après le travail, je fais du théâtre, je m’occupe de développement durable au sein d’une association à Paris et j’essaie enfin de prendre la vie du bon côté. » 

Nathanaël, le combat d’une mère pour sortir son fils de l’alcoolisme, d’Anaïs Dario, éd. Pygmalion.

Julie BOUCHER

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