France Dimanche > Témoignages > François : “J’aide les communes à faire pousser des légumes à partager”

Témoignages

François : “J’aide les communes à faire pousser des légumes à partager”

Publié le 6 septembre 2017

franc-ois

Jardiner au cœur même des villes, c’est possible.  François Rouillay, conférencier, formateur et chercheur en agriculture urbaine, y consacre toute son énergie. L’avenir de notre alimentation en dépend.Jardiner au cœur même des villes, c’est possible.  François Rouillay, conférencier, formateur et chercheur en agriculture urbaine, y consacre toute son énergie. L’avenir de notre alimentation en dépend.Jardiner au cœur même des villes, c’est possible.  François Rouillay, conférencier, formateur et chercheur en agriculture urbaine, y consacre toute son énergie. L’avenir de notre alimentation en dépend.Jardiner au cœur même des villes, c’est possible.  François Rouillay, conférencier, formateur et chercheur en agriculture urbaine, y consacre toute son énergie. L’avenir de notre alimentation en dépend.

« J’ai travaillé durant trente-cinq ans comme conseiller en développement des territoires et j’accompagnais les politiques publiques. Je croyais alors à la compétition… Mais je me trompais. Ma vie a pris un tournant lors de ma visite de Todmorden en Angleterre, en août 2012. Avec les crises successives, cette ville avait perdu la moitié de sa population en cent ans.

Or, en 2008, deux mères de famille ont eu l’idée géniale d’installer des bacs de culture devant chez elles et d’y faire pousser des légumes récoltables gratuitement par tous. Elles ont été ensuite imitées d’une rue à l’autre et, petit à petit, des restaurants ont rouvert, des emplois sont revenus, l’économie est repartie !

Aujourd’hui, 83 % de la nourriture consommée là-bas est produite dans un rayon de 80 km ! C’est devenu un pôle touristique.

Autonomie

Le mouvement des Incroyables Comestibles vise entre autres, à favoriser l'auto-suffisance alimentaire des villes par le libre accès aux denrées
Le mouvement des Incroyables Comestibles vise entre autres, à favoriser l'auto-suffisance alimentaire des villes par le libre accès aux denrées

Quand j’ai découvert ce phénomène, j’ai compris que j’avais trouvé ce que j’avais toujours cherché et j’ai décidé de me mettre entièrement et bénévolement au service de ce mouvement baptisé Incroyables Comestibles [traduction de l’anglais Incredible Edible, ndlr], pour l’importer et le développer en France et dans le monde.

J’ai commencé par faire pousser quelques plants de tomates et de salades devant ma maison avec un écriteau bien visible : “Nourriture à partager”. J’ai pris une photo, l’ai publiée sur Internet et j’ai invité tout le monde à faire de même. Et ça a marché ! Aujourd’hui, on trouve des bacs similaires dans plus de 800 villes en France, comme Bayonne, Saintes, Rennes, Amiens, Paris, ainsi que dans une trentaine de pays (Suisse, Belgique, Espagne, Canada…).

Certaines communes ont compris l’idée et délivrent maintenant des permis de végétaliser, ouvrant la voie à l’agriculture urbaine et au partage de l’espace public. Le développement des Incroyables Comestibles a été considéré comme exemplaire par les auteurs du film Demain, Cyril Dion et Mélanie Laurent. Ils m’ont demandé de les accompagner à Todmorden en juillet 2014 pour en raconter l’histoire dans leur documentaire. Celui-ci a remporté un César.

COLROY LA ROCHE LE 26/08/13 - LES INCROYABLES COMESTIBLES INCREDIBLE EDIBLE VAP 3703 LEGUMES GRATUITS « J’aide à faire pousser des légumes gratuits dans le monde entier » François Rouillay, Aigues-Mortes (Gard) Jardiner, y compris en plein cœur des agglomérations, c'est possible. Selon ce conférencier, formateur et chercheur en agriculture urbaine, qui y consacre toute son énergie, c’est même assez facile. Suivez le guide !

Plus d’un million de personnes l’ont vu et beaucoup ont eu une prise de conscience : le gaspillage alimentaire n’est plus possible. Les gens veulent du bio et des circuits courts d’approvisionnement. Avec ma compagne, Sabine Becker, nous avons travaillé sur une vision d’ensemble visant à l’autonomie alimentaire des villes à l’horizon 2020 que nous présentons en conférence accessible gratuitement sur Internet (www.autonomiealimentaire2020.info).

Nous avons mis au point un guide sous forme d’Agenda 21 permettant à toute municipalité et à ses habitants de se lancer sur cette voie grâce à des actions qui fonctionnent déjà de-ci de-là, comme les forêts comestibles, les placettes de compostage, les potagers en pied d’immeubles, les formations et l’éducation des enfants des écoles, les grainothèques… Cela implique d’abandonner l’individualisme au profit de la coopération, et de retrouver les valeurs du partage et de la bienveillance.

Planter et récolter, c’est aussi prendre soin de Soi, de l’Autre et de la Terre, ce que nous avons appelé la permathérapie. La bonne nouvelle, c’est qu’il est maintenant possible de cultiver partout, y compris sur du béton, grâce aux techniques de jardinage empruntées à la permaculture [principe qui consiste à améliorer les enseignements de la nature pour viser l’abondance et l’autonomie alimentaire, ndlr].

Changer le monde

VAP 3703 LEGUMES GRATUITSIl suffit de cartons d’emballage, de bois en décomposition, de feuilles mortes, de tontes de pelouse et de quelques pommes de terre pour fabriquer une terre nourricière : le déchet devient la ressource. Au moment de la récolte, les racines ont fini de tout transformer en sol fertile. C’est incroyable et porteur d’espoir quand on sait que plus de 80 % de la population mondiale vit dans des agglomérations et que des millions de citadins n’ont pas les moyens de se nourrir convenablement…

Sachant que nos villes ne possèdent que trois jours de sécurité alimentaire, que les sols se meurent, que nos denrées viennent de loin, que des budgets de plus en plus élevés sont alloués à la banque alimentaire et que la précarité augmente, je me dis que le plus important, c’est d’apporter mon aide aux mairies, aux foyers de jeunes travailleurs, aux centres pour handicapés et même aux prisons qui me le demandent.

Je n’ai jamais gagné aussi peu d’argent qu’aujourd’hui, mais je me sens à ma place. Il est temps de modifier notre regard et je suis certain que si on s’y met tous, on peut changer le monde. Ce n’est pas utopique, c’est déjà là. »

Julie Boucher