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“J’ai inventé l’huître espionne pour stopper les vols dans les parcs”

Publié le 18 janvier 2017

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Tous les ans, en fin d’année, une quantité astronomique de ces coquillages si prisés au moment des fêtes est dérobée dans les centres d’ostréiculture. A 38 ans, Emmanuel Parlier, ce Géo Trouvetou de La Roche-sur-Yon, a imaginé une solution contre fléau.

« J’ai toujours été un grand amoureux du monde aquatique. C’est pourquoi je suis devenu docteur en océanologie biologique et environnement marin. En 2009, j’ai créé un cabinet d’expertise maritime puis, avec deux amis, la société Flex Sense. Mon but était d’apporter des solutions aux problèmes que peuvent rencontrer des professionnels de la mer et de la pêche, comme les ostréiculteurs.

J’ai notamment mis au point des procédés pour trouver les causes de mortalité des huîtres dans certaines zones, des objets connectés pour connaître et relever la salinité et la température de l’eau. Toutes ces données nous étaient donc envoyées directement par Internet.

Un jour, en 2015, un ostréiculteur m’a dit : « Avec tous tes machins électroniques, tu ne pourrais pas nous trouver un truc pour qu’on ne puisse plus voler nos huîtres ? » C’est vrai que tous les ans, en période de fêtes de fi n d’année, des gens opèrent de véritables razzias dans les parcs ostréicoles de l’Atlantique et dérobent des centaines de tonnes de coquillages. Parfois même, ce sont des professionnels qui agissent.

"Cette huître est placée au milieu des autres dans le parc ostréicole et fournit des informations en temps réel."

Alors j’ai eu l’idée de créer une huître espionne, placée au milieu de vraies, qui donnerait l’alerte en cas de vol ou d’arrivée de voleurs. J’ai conçu un spécimen en plastique, et à l’intérieur, j’ai mis une carte électronique dont j’ai réalisé le programme à l’avance.

Cette huître est placée au milieu des autres dans le parc ostréicole et fournit des informations en temps réel. Elle indique les mouvements qu’elle subit. Dès qu’elle bouge, elle envoie un SMS à son propriétaire. Si ce dernier sait que le déplacement est provoqué par lui-même ou l’un de ses employés dans le cadre de leur travail, il ne tient pas compte de cette alerte.

Si, au contraire, ce n’est pas la conséquence de l’une de ses interventions, il se rend sur place et, le cas échéant, prévient les gendarmes. Si les huîtres sont malgré tout volées avant qu’il n’arrive, grâce aux relais GPS, l’espionne est géolocalisable à 5 mètres près ! On est donc sûr de la retrouver et, par la même occasion, de mettre la main sur les voleurs.

Mon procédé a tout de suite séduit. Il faut dire que, grâce à lui, il évite la perte de plusieurs centaines de milliers d’euros chaque année. Moi, je le loue 10 € par mois, entretien compris.

Je ne pensais pas remporter un tel succès avec mon huître que j’ai baptisée Spy [“espion” en anglais, ndlr]. J’ai commencé à la commercialiser l’été dernier et, à la fin de l’année, elle nous aura fait réaliser un chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros !

"L’efficacité du procédé est prouvée puisque les larcins ont considérablement diminué."

Et ce n’est qu’un début, car les commandes affluent chaque jour plus nombreuses.

L’efficacité du procédé est prouvée puisque les larcins ont considérablement diminué. Les voleurs savent que nos espionnes sont là et se méfient.

D’autres pays nous sollicitent aussi, notamment des producteurs d’huîtres perlières vietnamiens. Et, plus insolite, la Tunisie m’a contacté pour protéger des oliviers labellisés par l’Unesco dont les branches sont cassées par des voleurs d’olives. Je suis donc en train de créer… l’olive espionne !

Le concept peut s’adapter à plein d’autres domaines : les objets connectés peuvent par exemple lutter contre le vol sur les chantiers et dans les exploitations agricoles.

Finalement, ma petite invention m’a ouvert un champ de possibilités immense. »

Guillaume Dabzac

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