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“J’ai porté ma croix pendant 198 kilomètres !”

Publié le 20 janvier 2017

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Pendant dix jours, Thierry-Paul Valette, ce peintre, auteur et comédien de 40 ans a porté “sa” croix, recouverte de téléphones portables. Il entendait ainsi protester contre le monde virtuel qui nous envahit et parfois nous crucifie.

« Le 3 novembre, je suis parti de la basilique de Lisieux dans le Calvados, où je suis né, pour rejoindre Paris à pied, par les chemins de traverse et les forêts. Je suis arrivé dans la capitale le 13 novembre à midi. J’avais décidé, deux jours avant mon départ, de me lancer dans une marche visant à dénoncer les dérives et les excès des réseaux sociaux.

Durant ce périple, je portais ma croix de deux mètres de haut (de 12 kilos) et mon sac à dos. Le beau temps, je l’avais dans le cœur et dans la tête car les intempéries ne m’ont pas épargné. Froid, pluie, vent : je n’ai pas été gâté. Mais je suis arrivé à destination !

"Aujourd’hui, les réseaux sociaux et le téléphone portable sont trop souvent employés à mauvais escient."

Cette croix, je l’ai fabriquée moi-même. J’ai pris un pilier de mon lit et j’ai fait le boulot. Ensuite, j’ai accroché une dizaine de téléphones portables usagés que j’avais récupérés chez un commerçant de Lisieux qui a compris ma démarche.

Aujourd’hui, les réseaux sociaux et le téléphone portable sont trop souvent employés à mauvais escient. Les jeunes se crucifient eux-mêmes en les utilisant en permanence. Ils se mettent en danger. Certains en viennent même à faire une dépression ou à se suicider à cause de Facebook, Twitter, Snapchat, etc.

Il y a quelques mois à Lisieux, une adolescente de 15 ans a mis fin à ses jours. Elle avait envoyé des selfies coquins à son petit ami qui les a ensuite diffusés sur les réseaux sociaux. Elle a ainsi vu son intimité dévoilée sur la Toile à son insu, et s’est fait traiter de tous les noms par ses amis, son entourage. Elle l’a si mal vécu qu’elle s’est donné la mort. Un scandale. Cette histoire m’a vraiment choqué.

"Ma marche de 198 kilomètres avait pour objectif de dénoncer ces dérives qui touchent de plus en plus de jeunes."

Il y a quatre mois, à Paris cette fois, une autre jeune fille s’est jetée sous les rames du RER. Elle était dépressive et a voulu faire une vidéo de son suicide. Sa famille et les policiers ont conclu qu’elle s’était créé une vie imaginaire sur Facebook et n’avait pas supporté le retour à la réalité.

Ma marche de 198 kilomètres avait pour objectif de dénoncer ces dérives qui touchent de plus en plus de jeunes. Sur mon chemin, j’en ai rencontré beaucoup qui adhèrent à mes idées. Je ne suis pas contre Internet ou le téléphone, qui sont des outils de communication très performants. Mais comme tout instrument, ils doivent être utilisés avec parcimonie et à bon escient.

J’insiste aussi sur l’accord parental obligatoire pour tout enfant désirant ouvrir un compte Facebook…

Une fois arrivé à Paris, je me suis dit que j’allais un jour reprendre ma marche et mon combat.

Je pense qu’au printemps, je vais me rendre à pied à Rome, avec ma croix et mes téléphones portables, pour demander une audience au pape, qui est très sensible à cette question. »

Alicia Comet