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Bastien Lucas : “Je recycle les mégots !”

Publié le 14 janvier 2018

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Les déchets de cigarettes, c’est sale, ça sent mauvais et c’est toxique ! Cet entrepreneur de 34 ans à la fibre écolo a eu l’excellente idée de les récupérer pour en faire des plaques de plastique qui servent à fabriquer des meubles. Le nom de sa start-up, dans le Finistère : MéGo !

«Je ne peux plus voir un mégot… Et pourtant, moi aussi j’ai fumé pendant des années et, comme tout le monde, je balançais ma clope dans la nature. Un vrai réflexe pour le fumeur citadin. Un geste banal, mais lourd de conséquences.

Par la suite, j’ai découvert que le mégot contient pas moins de quatre mille molécules dangereuses et que, de ce fait, il est très toxique pour notre environnement. En se diluant dans l’eau, il libère toutes ses particules nocives. Le filtre met entre dix et quinze ans à se dégrader. Alors qu’il suffirait de le jeter dans un cendrier.

Il y a quelques années, les gens fumaient à l’intérieur en remplissant les cendriers des cafés, des restaurants. Depuis le 1er janvier 2008 (l’application de la loi Evin), l’interdiction de fumer dans les établissements ouverts au public ou sur les lieux de travail a fait apparaître des montagnes de mégots non biodégradables devant les immeubles, sur les chaussées. Car aujourd’hui, on fume dehors.
                    

Comme il n’y a pas de mobilier urbain approprié, on jette sa cigarette dans le caniveau, dans un parking, dans un pot de fleurs ou tout simplement par terre. La nicotine, le goudron, le méthanol, les métaux lourds, voire les insecticides en infime quantité qu’elle contient, souillent ensuite les eaux, les réseaux d’assainissement et les sols.

Un seul mégot peut polluer jusqu’à 8 litres d’eau. Il contient d’ailleurs suffisamment de poison pour tuer la moitié des petits poissons mis dans 1 litre d’eau en seulement 96 heures…Il se trouve que je gérais déjà une entreprise spécialisée dans la collecte de déchets de bureau.

Un jour, mes clients m’ont demandé ce qu’ils pouvaient faire de leurs mégots. Il fallait d’abord les récupérer en installant des cendriers à l’extérieur et, ensuite, les dépolluer : on peut en effet nettoyer les fibres qui composent le filtre, avant de les broyer, de les compresser, pour ensuite fabriquer des plaques de plastique qui seront réutilisées pour faire des tables, des chaises ou des poubelles de rue !

C’est ainsi que je suis devenu gérant de la start-up MéGo ! qui les transforme. à ce jour, nous avons recyclé 2 tonnes de mégots, soit 4 millions de déchets de cigarettes !Petit à petit, les grandes entreprises s’équipent de cendriers urbains : McDonald’s, Orange, Thales, Enedis… Et les fumeurs modifient leurs habitudes. Le recyclage est très incitatif sur le comportement de celui qui veut s’en griller une.

En effet, on remarque que dès qu’on installe des cendriers dans les rues en ville ou devant les entreprises, ils sont bien utilisés. Il suffit de les disposer aux endroits stratégiques : devant un bureau de tabac ou un bar notamment.

Chaque année à Paris, les agents de nettoyage récupèrent 350 tonnes de mégots par terre, soit 700 millions de cigarettes ! Malgré la hausse du prix du tabac, les paquets neutres [dépourvus d’éléments de marketing], la consommation augmente dans notre pays (+ 9,2 % entre janvier et juillet dernier).Dès que je vois un mégot, je le ramasse. Et j’encourage mes enfants à faire de même. Quand je pense à toutes les cigarettes que j’ai pu jeter négligemment dans le passé… »

Alicia COMET

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