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“Je suis le premier Français équipé d’une main bionique”

Publié le 26 février 2016

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Amputé de la main droite à l’âge de 4 ans, ce photographe indépendant a appris à vivre avec son handicap. Grâce à un appareillage révolutionnaire, Fabrice Barès est aujourd’hui un nouvel homme.

« C’est à l’âge de 4 ans que j’ai eu mon accident : ma main droite a été happée et sectionnée par une tondeuse. Mais, malgré mon handicap, mes parents m’ont toujours traité comme un enfant “normal”. Dans leur esprit, il était primordial que je surmonte ma différence. Et c’est ce que j’ai fait !

D’abord, j’ai appris à devenir gaucher ! Ensuite, dans de nombreuses situations, j’ai réussi à transformer mon moignon en outil : je m’en servais même pour tenir la poignée droite de mon guidon de vélo ! Pendant les repas, j’utilisais le pli du bras où j’avais été amputé pour coincer ma fourchette, tandis que je coupais mes aliments de la main gauche.

Bref, au fil du temps, j’ai réussi à vivre presque normalement, et j’ai réalisé mon rêve de devenir photographe.

"Même si je savais que cet outil devait coûter une fortune, je voulais le tester !"

En novembre 2012, j’ai découvert sur Internet une vidéo extraordinaire : on y voyait Nigel Ackland, un Anglais, amputé comme moi, lacer ses chaussures avec une facilité déconcertante grâce à une main bionique ! J’étais bluffé !
Bien que je me sois adapté à mon handicap, la perspective de retrouver ma seconde main grâce à une telle invention m’a emballé. Même si je savais que cet outil devait coûter une fortune, je voulais le tester !
Quelques mois plus tard, je m’envolais pour Leeds, en Angleterre, où se trouve le siège de la société Bebionic qui fabrique la fameuse prothèse. Dès mon arrivée, des ingénieurs ont équipé mon moignon de capteurs reliés à un exemplaire de leur main robotisée, qu’ils avaient posée sur un socle, juste en face de moi.

“Maintenant, contractez les muscles de votre avant-bras”, m’ont-ils demandé. Et l’outil s’est immédiatement animé, les doigts s’ouvrant et se fermant comme par magie… J’étais subjugué ! J’en avais les larmes aux yeux !

En quittant Bebionic, j’ai téléphoné à mes proches pour leur raconter ce que je venais de vivre : ils ont tous pleuré d’émotion.

Dans ma tête, il n’y avait plus aucun doute : je devais trouver le moyen de m’équiper de la merveille que je venais d’essayer. Mais il me fallait 30 000 € !
Comme aucune banque n’a voulu m’accorder de prêt, j’ai eu l’idée de monter une opération de financement participatif : en décembre 2013, par le biais d’une plateforme internet, j’ai lancé une campagne d’appel aux dons baptisée “Un bras pour moi”.

En échange de la contribution qui me serait fournie, je proposais des tirages de mes plus belles photos, mais aussi… une poignée de main avec ma future prothèse ! Quand la presse a relayé ma démarche, les compteurs ont explosé ! En trois mois seulement, j’ai récolté les 30 000 € grâce à la générosité, qui m’a vraiment fait chaud au cœur, de centaines de personnes.

J’ai pu passer commande de ma main bionique dès avril 2014 et, quelques semaines plus tard, j’étais le premier Français à en être équipé. C’est vraiment un bijou high-tech !

Concrètement, j’enserre mon moignon dans un manchon de carbone et Kevlar intégrant des capteurs myoélectriques. Grâce à un ordinateur miniaturisé inclus dans le mécanisme, ceux-ci traduisent les contractions musculaires de mon avant-bras en mouvements, transmis à la prothèse au bout du manchon. Avec les petits moteurs qui lui servent d’articulations, cette main de métal s’ouvre et se ferme, comme une vraie !

"Dans la rue, désormais, les passants ne posent plus sur moi un regard méfiant en raison de l’amputation."

Bien sûr, je n’en ai pas immédiatement maîtrisé le maniement mais, au fil de mes entraînements avec le kiné, j’ai réussi à prendre et à tenir des objets de plus en plus lourds : un bouchon de bouteille, un stylo, un téléphone, un livre… À chaque fois que j’y parvenais, je m’émerveillais : “C’est vraiment moi qui ai fait ça ?”

Aujourd’hui, je suis bien plus aguerri, même si j’ai encore des progrès à réaliser : j’arrive à déboucher des bouteilles, à tartiner mes biscottes, à tenir une poêle pendant que j’en remue le contenu, à m’habiller facilement tout seul, à nouer mes lacets comme Nigel Ackland.

Dans la rue, désormais, les passants ne posent plus sur moi un regard méfiant en raison de l’amputation. Au contraire, par curiosité, ils viennent vers moi pour que je leur serre la “pince”.

Je leur précise tout de même que mon outil est programmé pour ne pas écraser la leur, ce qui déclenche l’hilarité générale.

Et je ris avec eux, heureux de vivre “demain à deux mains”. »

 
Texte et photos : Thierry Lopez

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