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“Notre café associatif est en péril !”

Publié le 24 novembre 2017

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© DR Laurence Soubrick, vice-présidente du Troisième café et Anne Esambert, à d., la présidente.

Anne Esambert, par ailleurs fonctionnaire, est responsable bénévole du Troisième café (16 rue de la Beauce, 75003 Paris) et s’insurge contre la fin des contrats aidés qui mettent en péril la survie financière de l’établissement convivial dans le Marais.

«Il a fallu quatre ans pour monter ce petit café solidaire (23 m2, cuisine comprise) au cœur de la capitale. Géré par une poignée d’habitants du troisième arrondissement, ce bistrot où l’on sert des repas sains à 6 € est aujourd’hui en péril avec les nouvelles dispositions sur les contrats aidés par l’état. Jusqu’ici, nous percevions entre 500 et 892 € par salarié et par mois. à partir de la fin du mois, ce sera seulement 422 € pour deux de nos salariés. Un cauchemar même si la mairie va nous donner un coup de pouce de quelques milliers d’euros. Comment allons-nous boucler le prochain budget ? Je ne sais pas…

Ce café est une vraie pépite dans le quartier. Le but est de créer du lien social, en proposant des repas et des boissons à prix tout doux. Pour en bénéficier, il suffit d’adhérer à l’association (5 €) et de partager nos valeurs. Dès le début, il y a trois ans, nous avons mis en place un système de « repas et cafés suspendus ». Plutôt que de laisser un pourboire, les clients oublient quelques euros sur leur table ou au comptoir, cette monnaie sera par la suite transformée en repas ou boisson chaude pour les plus démunis qui passeront au café. Nous offrons ainsi chaque jour une dizaine de repas à des personnes qui vivent dans la rue ou qui rencontrent de vraies difficultés financières temporaires. Nous avons mis en place un système de récupération des invendus en provenance de deux magasins bio du quartier, principalement des fruits, légumes et produits laitiers. Mais cela ne suffit pas pour faire face à la demande, donc je vais faire les courses chez un grossiste professionnel une fois par semaine et nous sillonnons ensemble les marchés du coin pour les autres approvisionnements. Jusqu’à présent, nous servions une cinquantaine de repas à midi et une trentaine, le soir. Nous venons de décider de fermer partiellement l’établissement le soir, faute de personnel…

Au départ, le projet était novateur même si, à chaque étape, on naviguait un peu à vue. On a d’abord trouvé un local pour y installer le café, grâce à l’adjoint au logement de la mairie que nous louons à un bailleur social. On a fait appel au financement participatif (KissKissBankBank) pour obtenir 3 500 €. On a également reçu une petite subvention de la mairie (environ 4 000 €). J’ai enfin démarché une grande enseigne de bricolage qui nous a fourni le plâtre, la peinture, le carrelage, les étagères, des toilettes, le petit frigo et le four… On a ensuite fait réaliser les travaux par des professionnels, afin d’ouvrir l’établissement le 9 octobre 2014, il y a trois ans. Très rapidement, on a suscité l’intérêt des habitants du quartier. Ce n’était pas des hordes mais on attirait le chaland et les touristes de passage aussi. Et puis, progressivement, le café a trouvé son public. Notre objectif principal était de créer de la mixité entre les clients : faire se rencontrer les « bobos » et les gens les plus démunis du quartier, les personnes les plus aisées acceptant de financer les repas pour les moins favorisés.

De plus, chaque après-midi, nous proposons des ateliers gratuits animés par nos bénévoles : tricot (même quelques hommes y participent !), cuisine, informatique, écriture ou anglais… Sans oublier les concerts les vendredis et samedis soirs et nos « dîners de chefs », les mercredis, où chaque bénévole à tour de rôle offre son savoir-faire et concocte des plats asiatiques, égyptiens, marocains, thaïlandais ou de sa région. Un beau moment de partage !Notre café doit rester accessible à tous : pour un euro, on sirote son café ou son thé ; pour 2 €, on boit un jus de fruits bio et pour 6 €, on déguste un plat végétarien. L’avenir nous dira si nous pouvons continuer… »

Alicia COMET