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“Si fière de ma collection unique de maillots de bain !”

Publié le 13 décembre 2017

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Ghislaine Rayer, cette passionnée d’histoire parisienne, collectionne depuis 
vingt ans des vêtements pour se baigner et raconte dans un livre l’aventure du Bikini. Elle conserve 
plus de 500 pièces dont chacune a une belle histoire.

« Très jeune, je suis tombée amoureuse des textes de Zola décrivant les femmes étourdies dans les grands magasins à la recherche de lingerie et de corsets. Et puis dans les années 80, j’ai monté un cabinet d’assurances dont le premier client était… Johnny Hallyday. J’assurais le chanteur ainsi que ses maisons, ses tournées et ses voitures. Je l’accompagnais souvent dans ses déplacements en Amérique. Là-bas, j’ai découvert les premiers marchés aux puces et j’ai commencé à chiner. Mon associé Patrice Gaulupeau, qui était aussi cameraman pour Johnny, m’a alors suggéré d’ouvrir une boutique aux puces de Saint-Ouen. C’est là que tout a commencé.

Très rapidement, j’entre en contact avec des particuliers qui me proposent de racheter de la lingerie ancienne. Je rachète aussi des fonds de boutiques qui ferment. Un jour, une dame souhaite me vendre son stock de sous-vêtements et m’avoue qu’elle est une ancienne “Miss Réard”… Dans le lot, un magnifique maillot de bain d’époque. J’ai cassé ma tirelire pour l’acquérir ! Il faut savoir que Louis Réard a inventé le Bikini, qui porte le nom d’un atoll du Pacifique, en 1946. Dans ces années-là, les actrices américaines n’avaient pas le droit de s’exhiber en tenues légères, les Américains étant alors très pudiques. Elles s’affichaient donc volontiers en maillots de bain. Le Bikini de Louis Réard était un maillot révolutionnaire puisqu’il montrait le nombril et les hanches des femmes. Et comme on ne parlait que du premier essai nucléaire dans ces eaux lointaines, il a eu l’idée de baptiser ces morceaux de tissu du nom de Bikini…

Il faudra attendre vingt ans pour qu’il soit adopté par les femmes. Déjà dans les années 1900, une Australienne avait fait sensation lors d’une compétition de natation. Pour la première fois, Annette Kellerman avait osé porter un maillot d’homme, laissant voir ses jambes nues. C’était à Boston en 1907. Après la course, elle avait été emmenée par les policiers, qui la trouvaient trop audacieuse. Mais le maillot de bain une pièce était né ! Je viens d’ailleurs de retrouver celui porté par Annette. Il fait partie de ma collection, qui compte aujourd’hui près de 550 pièces. Je me suis aussi offert le maillot porté par Marilyn Monroe lors d’une séance photo en 1951. Une rareté…

Je suis actuellement à la recherche d’un costume une pièce en velours vert, toujours porté par Marilyn. Il risque d’être difficile à trouver. Tous les vêtements qu’elle a mis sont devenus inabordables. Le célèbre maillot deux-pièces blanc porté par Ursula Andress dans le film James Bond 007 contre Dr. No s’est vendu il y a deux ans pour quelque 70 000 € à Londres ! C’est un exemplaire unique qui avait été fabriqué par un petit couturier indien. Je ne possède que des répliques, que je loue parfois aux réalisateurs. Ainsi pour le long-métrage OSS 117 : Rio ne répond plus, avec Jean Dujardin, j’ai proposé ma collection de costumes de bain des années 70 pour les naïades qui l’entourent…

J’organise également régulièrement des expositions pour retracer l’histoire du maillot. Je conserve ma collection complète dans un grand loft, les maillots étant suspendus sur des cintres (pour les plus fragiles) ou pliés dans des bacs. Je suis très heureuse, car je vais être conservatrice d’un musée dédié au Bikini (le Bikini Art Museum), qui ouvrira ses portes en 2019 en Allemagne. C’est un milliardaire allemand qui s’est entiché de mes pièces uniques et qui veut les exposer au public. Je suis donc en train de référencer les modèles. Je suis aussi à la recherche de maillots-robes des années 20, qui ont complètement disparu de la circulation… »

Alicia COMET