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Agnès Ledig : Amours Velcro

Publié le 23 juillet 2016

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Elle a dans les yeux cette empathie que l’on retrouve chez les femmes ayant beaucoup pleuré la mort d’un fils. Agnès Ledig a perdu son petit garçon qui, atteint d’une leucémie en 2005, mourra un an plus tard. « Un choc, je me suis pris un camion en pleine face », se souvient-elle.

Durant ce calvaire, elle écrit deux pages chaque dimanche pour informer ses proches de sa semaine à l’hôpital. Le professeur du service la lit et l’incite à mettre ses notes en forme dans le but, un jour, de les faire publier…

Ne voulant pas écrire sur son expérience, elle se met au roman. Et, en 2010, Marie d’en haut est le Coup de cœur des lectrices de Femme actuelle et celui de l’éditeur Albin Michel.

Elle ressort alors des cartons son roman le plus personnel qui devient Juste avant le bonheur. « Et c’est le début du conte de fées », s’émerveille-t-elle. Le prix Maison de la presse et 460 000 exemplaires plus tard, l’ex-sage femme donne naissance à deux autres livres, dont On regrettera plus tard. Désormais, dans sa vallée alsacienne, elle se consacre totalement à l’écriture.

Écorchures

L’amour maternel qu’elle porte à ses deux enfants transpire dans les portraits de ses jeunes héros. Il y a d’abord ce fils de ferme de 14 ans qui, pendant la guerre, aide une femme à accoucher et ne la quittera plus.

Soixante ans plus tard, il y a Anna-Nina, 7 ans, qui vit dans une roulotte avec son père, Éric, jeune veuf. Dans la campagne vosgienne, un violent orage endommage leur maison sur roues et les contraint à demander asile à Valentine, une institutrice célibataire endurcie.

Autour d’elle, ce ne sont qu’histoires d’amours inachevées et personnages solitaires : sa grand-mère, sa mère, son vieux voisin Gustave, son collègue instituteur Gaël. Et maintenant Éric. Avec lui, Valentine aimerait aller plus loin, mais n’y arrive pas.

On regrettera plus tard d'Agnès LEDIG

La faute à une vieille histoire familiale dont elle prendra conscience au cours d’une « consultation émotionnelle », thérapie également suivie par l’auteure. Et, comme son héroïne, elle a été touchée par l’histoire de sa grand-mère qui, elle aussi, a attendu toute sa vie son mari, un « malgré-nous ». Ce n’est pas pour autant un récit autobiographique, car Agnès est heureuse en couple.

Elle voulait conter des amours qui se croisent, des histoires « forcément compliquées, nécessaires et naturelles. Mes personnages ont toujours des failles et s’accrochent entre eux par leurs écorchures. Comme du Velcro. »

Malgré toutes ces blessures, ce roman fait du bien, comme La vie est belle de Frank Capra (1948), son film culte. Le cinéaste américain n’étant plus, peut-on suggérer à Jean Becker, réalisateur des Enfants du marais (1999), d’adapter ce livre au cinéma ? En attendant la suite sur laquelle l’auteure s’est déjà penchée.

Yves Quitté

« On regrettera plus tard », d’Agnès Ledig, aux éditions Albin Michel, 19,50 €.