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Christophe André, Dons de sagesse

Publié le 3 juin 2016

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Ce qu’il y a de bien avec les écrivains brillants, c’est qu’ils vous simplifient les concepts compliqués. Ainsi, il suffit de lire Matthieu Ricard, Alexandre Jollien et Christophe André, pour se sentir plus intelligent.

En outre, ils donnent des pistes pour mieux vivre avec les autres. Et vous avez l’impression d’être meilleur. Sauf que ça ne fait pas de vous un moine bouddhiste, un philosophe ou un psychiatre zen !

Vous vous sentez tranquille et empli de bons sentiments. Mais aussi, un peu complexé sitôt refermé ce manuel moderne de catéchisme tendance « aimez-vous les uns les autres ». Car, à moins de s’adonner comme un forcené à la méditation prônée par ces poids lourds du bien-être et du développement personnel, le chemin est long pour construire la cohérence entre ces beaux préceptes et la vraie vie : la nôtre. Bien sûr, ces trois sages vont diront qu’ils sont eux aussi loin d’être parfaits et qu’il faut « faire des efforts ».

C’est d’ailleurs le leitmotiv de Christophe André, le psy de la bande, que nous rencontrons dans son petit cabinet du centre hospitalier Sainte-Anne à Paris où il consulte désormais à temps partiel. De sa voix calme et reposante, il nous rassure en postulant d’entrée que l’homme est (plutôt) bon par nature.

« Nul n’est méchant volontairement », affirme-t-il en écho de ses deux compères. Et de Socrate. Partageant le credo du surprenant Matthieu Ricard, qui a abandonné son poste de scientifique à Pasteur pour s’isoler vingt-cinq ans au Tibet avec un maître bouddhiste, il estime que « la majorité des aptitudes des humains vont plutôt vers l’altruisme et l’entraide car nous sommes une espèce sociale ».

Trajectoires

Ce n’est qu’après, « avec l’éducation et la culture, que l’égoïsme s’installe ». Quid alors de l’idée initiée par Freud que faire du bien autour de soi ressort d’un égoïsme déguisé ?

« Mais on confond motivation et conséquence ! » s’insurge l’auteur de Méditer jour après jour. On peut rendre service « sans calcul, juste par compassion ». Avant d’ajouter, façon George Clooney : « Et si après, on se sent mieux… So what? [et alors ? ndlr] »

L’altruisme, l’ego, la compassion, la cohérence, autant de thèmes chers à ces gardiens d’émotions positives qui ont tant peiné à condenser leur réflexion dans un seul volume. « La première version fait plus de 1 000 pages », nous avoue le psy. Il nous raconte aussi que l’idée vient d’Alexandre, ce fascinant philosophe porteur d’un handicap de naissance et actuellement en pleine retraite de zénitude familiale à Séoul.

À l’origine, Alex voulait écrire avec lui un guide pour réguler leur pathologie commune : l’anxiété. « Et puis Matthieu, le roc, est arrivé ! » Après des échanges de mails pour choisir les thèmes – la sagesse n’y figurait pas ! – ils se retrouvent dix jours en janvier 2015 dans une petite communauté bouddhiste de la vallée de la Dordogne où réside la mère de Matthieu.

Trois amis en quête de sagesse

Au programme : séance de travail de 10 heures à 13 heures. Déjeuner. Sieste puis balade. Et à nouveau, entretiens de 16 heures à 19 heures. Des discussions d’autant plus enrichissantes que nos trois intellectuels ont des formations et des trajectoires très différentes.

Avec en toile de fond la volonté de « donner des clés simples pour progresser, aider les autres, être de meilleure humeur et un bon humain au quotidien », résume Christophe André.

La tâche est ambitieuse, mais « l’expérience passionnante », se réjouit notre psy, ravi d’avoir « passé du temps et échangé avec le plus beau cerveau qu’il connaisse [Matthieu, ndlr] et un vrai philosophe antique et authentique, un geyser de joie et de chants [Alexandre, nldr] ».

Ces pros de la méditation en sont-ils ressortis plus sages ? Le thérapeute à l’écoute de la souffrance des autres et au service de leur mieux-être estime avoir « progressé ». Nous aussi, grâce à cette bible de psychologie positive, aussi abordable qu’érudite, qu’il « faut consulter par petites touches » pour espérer se bonifier comme ces trois amis de quinze ans.
Quand il y a du zen, il y a du plaisir ? À méditer…

Yves Quitté

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